Logement

Point de vue – « Accessibilité : de la procrastination homicide et des tripatouillages normatifs irraisonnés…  » par Christian François

Mots clés : Accessibilité - Établissement recevant du public (ERP) ou assimilé - Handicap - Normalisation - Marquage CE - Risque sanitaire

Christian François, administrateur de l’Association Nationale Pour l’Intégration des personnes Handicapées Moteurs (ANPIHM) et spécialiste des questions d’accessibilité voit dans les dernières mesures de simplification des normes d’accessibilité et la mise en place de nouveaux délais de mise en conformité des établissements recevant du public avec la réglementation une source de danger pour la santé des personnes qu’elles soient en situation de handicap ou non.

Jusqu’alors, quand nous affirmions que comprendre l’accessibilité comme une revendication catégorielle des seules personnes dites handicapées était une erreur tant cette notion répond à l’intérêt général – à celui des « mamans avec poussettes » comme à celui des personnes âgées en perte de mobilité – jamais nous n’aurions imaginé devoir  étayer notre propos par un fait divers aussi dramatique que celui survenu le 21 août dernier à Montluçon.

A l’approche de la gare, un train a heurté une poussette dont une des roues était coincée entre les planches disjointes d’un passage piéton planchéié. Grièvement blessée, Kaila, trois mois, n’a pas survécu à ses blessures.

La justice, saisie, appréciera les faits et les responsabilités. Mais d’ores et déjà cependant, avec l’ordonnance du 26 septembre 2014, dont le versant « bouclier pénal rétroactif » se dévoile ici, les éventuels responsables semblent à l’abri de tout grief au motif de non-respect des règles d’accessibilité, puisque la dite ordonnance leur alloue neuf ans de délais supplémentaires.

Or, au vu des articles et photos du quotidien « La Montagne » et instruits de notre expertise d’usagers avertis nous ne doutons pas que la non-conformité, au titre de l’accessibilité, de cet ouvrage est la cause première de l’accident. Si ce  passage planchéié avait été mis aux normes « accessibilité » dans les délais impartis par la loi du 11 février 2005, la poussette n’aurait pas été accidentellement immobilisée par un plancher disjoint ou une lacune excessive et la petite victime serait toujours vivante.

Ce n’est pas « récupérer » ce drame que de l’évoquer pour attirer l’attention sur ce qu’il démontre à contrario : la symbiose vitale de la sécurité et de l’accessibilité. Si l’une de ces notions est amoindrie, la seconde ne peut qu’en pâtir.

Or, à la lecture du futur décret et de l’arrêté « modifiant les dispositions du code de la construction et de l’habitation relatives à l’accessibilité aux personnes handicapées des bâtiments d’habitation collectifs et des maisons individuelles neufs » (textes soumis à la consultation du Conseil national consultatif des personnes handicapées et pas encore publiés ndlr) – on s’aperçoit que les services du ministère du Logement répondent de manière aussi inconséquente qu’inacceptable aux seuls intérêts de ceux des acteurs de la construction qui accusent l’accessibilité de tous leurs maux conjoncturels.

 

Des...

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