Environnement

Piéger le brouillard pour produire de l’eau potable

Mexico sera jusqu’au 22 mars la capitale mondiale de l’eau avec l’ouverture jeudi du 4è Forum mondial consacré à cette ressource indispensable, coûteuse et inéquitablement répartie. Cet événement est l’occasion de présenter quelques initiatives intéressantes dans le domaine. Reportage.

En haut du pré de l’école, deux grands filets noirs sont accrochés entre d’immenses poteaux de bois comme des écrans en plein air. En contrebas, une citerne verte alimente un petit robinet, point de ralliement incontournable avant le début des cours.

L’école de Marubeni, petit village de la province sud-africaine de l’Eastern Cape, en pays Xhosa, utilise des capteurs de brouillard pour s’alimenter en eau.
Le procédé est simple: lorsque le brouillard se prend dans le filet, des goutellettes se forment le long des fines mailles et ruissellent jusque dans une gouttière. Après être passées dans un filtre de sable, puis par des canalisations souterraines, elles aboutissent dans un réservoir.
L’eau, d’excellente qualité, sert d’abord à étancher la soif des élèves et de leurs professeurs. Elle est aussi utilisée pour l’irrigation d’un petit potager.
« Ca marche! », explique, presque encore étonné, Cornas Nomkopo, 44 ans, principal de cette école de 500 élèves accessible seulement par la piste.
« Avoir de l’eau à l’intérieur de l’école, c’est un changement énorme », explique-t-il, un « soulagement » pour les élèves qui sont dispensés du trajet quotidien vers la citerne du village.

Seule réserve de Nomkopo face à ces filets capteurs de brouillard: l’approvisionnement en eau est, par définition, irrégulier et imprévisible.
« En été, il y a toujours du brouillard, mais en hiver beaucoup moins », explique-t-il.

Une demi-douzaine d’écoles du Transkei bénéficient de ces « pièges à brouillard ». Avec des fortunes diverses.
Un peu plus à l’est, dans l’école Nomvalo, à Taleni, les filets de fonctionnent plus. Les tuyaux qui relient la gouttière au réservoir sont endommagés depuis des mois. Personne n’a les moyens de les remplacer.
« Cela a bien fonctionné pendant un an et demi, mais le problème c’est la maintenance », explique le principal, Vumile Dumela, 43 ans, désarmé.

Johan van Heerden, ancien professeur de météorologie à l’université de Pretoria, qui a conçu et fabriqué ces filets en s’inspirant d’une expérience similaire menée au Chili depuis la fin des années 80, reste convaincu du procédé. Mais admet un point de faiblesse: le passage de relais de quelques ingénieurs ou universitaires chevronnés aux communautés locales.
« C’est un excellent système pour des écoles isolées, mais nous n’avons pas été capables de mettre en place des équipes de maintenance efficaces », reconnaît-il.

L’idée d’exploiter le brouillard n’est pas nouvelle, mais elle fait son chemin avec lenteur.
Au début des années 70, l’armée sud-africaine a utlisé la méthode, avec succès, pour alimenter en eau une station radar placée sur une colline isolée. Puis l’eau courante est arrivée, les filets ont été retirés, l’idée est tombée dans l’oubli.
Au milieu des années 90, Jana Olivier, professeur au département des Sciences de l’environnement de l’Université d’Afrique du Sud (UNISA), à Pretoria, a décidé de ressusciter le projet.
« C’est tellement simple, tellement évident », s’enthousiasme cette universitaire qui veut développer cette technique « très peu onéreuse » alors que « le manque d’eau est un problème croissant dans le pays ».
Outre le Transkei, deux autres projets ont été lancés dans la province du Limpopo (nord) et sur la côte atlantique, au nord de la ville du Cap. Comme dans nombre de pays où l’expérience a été tentée, les débuts ont été très encourageants, l’installation dans la durée plus délicate.
Jena Olivier a conscience de ces balbutiements mais reste optimiste.
« C’est l’eau la plus pure qui soit », précise-t-elle, persuadée que « la toute petite confrérie » des chercheurs spécialistes du brouillard finira par s’agrandir.
Jérôme Cartillier (AFP)

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