Paysage

Phytosanitaires : les producteurs haussent le ton

Face à l’annonce d’une interdiction totale des produits phytosanitaires dans les jardins amateurs en 2022, les producteurs demandent un temps d’adaptation et militent pour une reconnaissance de la complémentarité entre les moyens de protection des plantes.

L’usine Scotts de Bourth (Eure) sert d’emblème à l’Union des entreprises de protection des jardins et des espaces publics (UPJ). Du fond de la campagne bas-normande, elle produit chaque année 20 à 25 millions d’ « unités consommateurs » d’herbicides, d’engrais ou d’insecticides, soit quelque 600 produits destinés à 40 % au marché français, et à 60 % aux autres pays européens. 82 salariés permanents assument cette tâche, un chiffre qui monte jusqu’à 170 en période de pointe.  Ces travailleurs ruraux, au service d’une production made in France, réalisés avec des matières premières souvent locales et des technologies européenne, symbolisent la cause de l’UPJ : « Réparties dans 12 régions, nos 32 entreprises totalisent 2000 emplois directs, et 12 500 emplois indirects », insiste son président Guillaume Roth.

 

Le bon élève puni

 

« L’adaptation à de nouveaux cadres réglementaires ne nous pose pas de problème en soi, dès lors qu’elle s’accompagne d’une réelle concertation et d’études d’impact économique », renchérit Freddy Hennet, directeur du site de Bourth, systématiquement classé dans le top ten mondial de la performance, parmi les 45 unités du groupe américain (et numéro 2 en 2013). Forte de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires, l’usine normande n’a pas attendu les nouvelles réglementations pour adapter son offre : « Au cours des 10 dernières années, la part du bio est passée de 15 à 25 % », poursuit le directeur d’usine.

« A quoi bon jouer le jeu de la réduction volontaire si les pouvoirs publics décident brutalement de l’interdiction » ? Lasse de prêcher dans le désert et de se trouver dans la position du « bon élève puni » selon l’expression de son président, l’UPJ a dénoncé les accords cadre de réduction programmée des produits phytosanitaires, en réaction contre l’échéance d’une interdiction totale en 2022.

 

Complémentarité

 

Dans le même temps, elle affine son argumentation, désormais relayée par l’Académie du biocontrôle, créée en 2013 et forte de la légitimité que lui a donnée la loi d’avenir pour l’agriculture et la forêt : le code rural définit les quatre catégories de produits et solutions rassemblés dans le terme « bio contrôle », utilisant des mécanismes naturels pour protéger les plantes, en association avec des approches agronomique, technique et chimique. « Allons-nous, du jour au lendemain, transformer en délinquants les jardiniers amateurs à partir de 2022, avant d’avoir finalisé la mise au point de solutions alternatives et d’avoir pris le temps de la pédagogie ? », interroge Jacques My, président de l’académie. Les professionnels redoutent un abandon pur et simple de nombreux jardins amateur, mais ne désespèrent pas totalement : « On nous entend mieux depuis que nous sommes devenus plus agressifs », constate Guillaume Roth. 

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