Paysage

Phytosanitaires : les fournisseurs des jardiniers voient rouge

Mots clés : Démarche environnementale - Gouvernement - Monde du Travail

Ignorante ou menteuse : la ministre de l’Ecologie est la cible des industriels des produits phytosanitaires pour le jardinage à quelques semaines du vote définitif de la loi de transition énergétique. A en croire l’Union pour la protection des jardins et espaces publics (UPJ), le calendrier de l’interdiction des produits phytosanitaires pour le jardinage menacerait les 2 000 emplois directs de ses 32 membres.

Par un amendement attendu fin juillet lors de sa prochaine lecture à l’Assemblée nationale, la loi de transition énergétique devrait confirmer l’échéance du 1er janvier 2017 pour l’interdiction des pesticides dans les espaces et voiries publics. Pour les jardiniers amateurs, l’interdiction de vente s’appliquerait dès janvier 2016, tandis que la prohibition de la détention resterait fixée à 2022.

Selon les industriels de l’Union pour la protection des jardins et espaces publics (UPJ), l’amendement annoncé à l’article 18 bis de la loi résulterait d’une manœuvre destinée à empêcher le débat, dans le cadre de la procédure accélérée : l’approbation d’une légère modification de cet article, le 26 mai à l’Assemblée, n’aurait obéi qu’à l’objectif de rendre juridiquement possible la présentation d’une nouvelle mouture, lors de l’ultime vote du parlement.

 

Bon élève puni

 

Confirmée le 16 juin dernier par Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, l’accélération du tempo par rapport aux échéances posées en mai 2014 par la loi Labbé, télescope le plan Ecophyto 2, en phase de consultation publique. L’UPJ, qui a déserté la table de négociations de ce plan après le vote de la loi Labbé, dénonce une « mascarade », dont les jardiniers amateurs et professionnels constitueraient les premières victimes, alors même qu’ils ne contribuent qu’à raison de 5% au tonnage de produits phytopharmaceutiques répandus en France, loin derrière les agriculteurs.

 

« Ecologie de bazar »

 

« Nous n’avons pas attendu la loi pour faire évoluer nos produits. Depuis 2008, la part des produits phytopharmaceutiques dans notre production s’est réduite de moitié », plaide Guillaume Roth, président de l’UPJ. Forte de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 45 avec les collectivités locales, l’organisation adopte la posture du bon élève puni et du scientifique incompris : « Aucun politique n’accepte d’endosser la défense des produits phytosanitaires, alors qu’il n’y a pas de fondement objectif à l’opposition entre des soi-disant bons produits naturels, face à des mauvais produits de synthèse. La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ? A cette question posée cette année à l’épreuve de philo du bac, madame Royal donne l’exemple d’une réponse affirmative », attaque Guillaume Roth. Directeur de l’organisation, Jacques My dénonce « l’écologie de bazar » pratiquée par la ministre.

 

Seul contre tous

 

Face aux engagements vers le Zéro Phyto exprimés chez les distributeurs spécialisés, les entrepreneurs du paysage (Unep) et les services Espaces verts des collectivités (Hortis), l’UPJ ne désarme pas : « Les distributeurs spécialisés espèrent récupérer des parts de marchés détenues par les grandes surfaces alimentaires, les entrepreneurs profiteront de leurs dérogations pendant quelques années pour continuer à répandre nos produits et les collectivités multiplient les exceptions aux pratiques vertueuses qu’elles affichent dans leur communication », soutient le président. Même Plante et Cité ne trouve pas grâce aux yeux de l’UPJ : la dépendance aux subventions d’Etat entraverait la liberté d’expression de l’association qui réunit les acteurs publics et privés des espaces verts.

 

Joker bruxellois

 

25 000 emplois et 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires menacés dans la filière jardins, des industriels forcés à mettre la clé sous la porte dans des territoires ruraux, un pays désarmé face aux 18 ravageurs apparus depuis l’an 2000… L’avenir sombre redouté par l’UPJ a presque éclipsé les propositions du rapport « Avenir Jardin », rédigé par ce syndicat patronal avec l’association Promojardin, et présenté le 24 juin dernier à la presse : laisser en libre-service les produits sans étiquettes de dangerosité, y compris le fameux round-up ; pour les autres, étaler le calendrier de substitution ; développer une pédagogie du bio-contrôle en direction des jardiniers amateurs. Ces propositions peuvent-elles revenir à l’ordre du jour ? Après le vote de la loi française, l’UPJ espère déplacer la bataille à Bruxelles, compte tenu, dit-elle, de l’obligation de notification de ce type de mesures techniques à l’échelle européenne.

 

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