Paysage

Philippe Journo, le promoteur commercial qui aimait les arbres

Promoteur commercial et amoureux des arbres, Philippe Journo a attendu la cinquantaine pour donner la pleine mesure de son sens des affaires et de sa passion pour les arts.

Pas de trêve à la veille de l’ascension pour Philippe Journo : vers 19 h45, il rentre au pas de course de l’Assemblée nationale, lobbying oblige. Trois rendez-vous l’attendent de l’autre côté de la Seine, place Vendôme, où siège la Compagnie de Phalsbourg. Tout en engageant la conversation avec Paysage Actualités, le président fondateur vérifie que son assistante n’a rien oublié, dans le cartable qu’il emmène demain matin, pour prendre son avion de 7 h 50. Un pont studieux attend l’homme qui dément l’adage selon lequel seules les femmes sauraient conduire plusieurs tâches simultanément.

 

Droit à la beauté

 

Car tout en saluant les architectes du projet « 1000 arbres », son troisième rendez-vous de fin de journée, Philippe Journo se concentre sur chaque question et n’en traite aucune à la légère. Pas même celle qui concerne les litiges en cours avec des entreprises de paysage. Il rappelle le nom de chacune d’elles et les raisons des contentieux, avant de revenir vers ce qui constitue l’essentiel à ses yeux : le droit à la beauté. Appliqué aux chantiers de centres commerciaux périphériques, cette exigence implique une attention à chaque détail d’exécution, et un suivi personnel des chantiers : autant de pratiques qui bousculent les habitudes du milieu.

 

Manifestes paysagers

 

Avec Ma Petite Madelaine de Chambray-lès-Tours inaugurée le 26 avril après un investissement de 46 millions d’euros sur 12 hectares, la Compagnie livre son troisième projet manifeste en quatre ans. La première rupture s’est produite en 2012 à Beacouzé, dans la périphérie d’Angers : « En une seule opération, nous avons pu exprimer notre vision. Tout le monde s’attendait à un échec. L’an dernier, plus de 7 millions de personnes s’y sont rendues », rappelle le promoteur dans l’entretien à paraître dans l’édition de mai de Paysage Actualités. Waves, livré deux ans plus tard au sud de Metz, connaît une trajectoire comparable, avec une fréquentation en hausse de 11 % entre les premiers trimestres de 2015 et 2016.

 

Fidélité

 

Depuis 2012, Philippe Journo a emmené le même concepteur paysagiste dans ces trois grandes réalisations : Paul Arène, également confirmé dans le projet 1000 arbres, lauréat et emblème de la consultation municipale Réinventer Paris. « Une grande complicité m’unit à Paul, qui, parfois en compagnie de mon fils, m’a associé au choix des arbres et fait découvrir les extraordinaires pépinières Bruns, Van den Berk, Lappen… ». Le promoteur revendique sa fidélité, dans les affaires comme dans la vie. L’aventure ne fait que commencer : toujours actionnaire unique de la Compagnie, Philippe Journo cible le Central parc de Valvert, sur cinq hectares à Sainte-Geneviève des bois dans l’Essonne, Sofia Antipolis, Rennes, Plaisir, The Village à Lyon, et Madrid, sa première implantation internationale. L’architecture et le paysage, à travers la gestion de l’eau et les plantations, se trouvent au centre de chacun de ces projets.

 

Art et business

 

Avant de concilier l’amour des arbres et la promotion d’immeubles commerciaux périphériques, Philippe Journo a emprunté quelques détours : né à Tunis en 1961, diplômé de l’Essec en 1986, il crée trois plus tard la Compagnie de Phalsbourg sur une activité d’achat et de revente d’entreprises en difficulté. En 1998, la reprise de l’enseigne Connexion l’amène à découvrir le business model de l’urbanisme commercial, avec ses corollaires déprimants : « L’achat de produits discount implique un environnement cheap ». Dans l’inégalité des consommateurs au regard de la beauté, Philippe Journo voit une contradiction avec l’article 1 de la déclaration des droits de l’homme. Il décide alors d’y remédier, d’abord dans la transformation au long cours d’une zone existante de la banlieue parisienne, avant de frapper le grand coup de l’Atoll d’Angers.

 

Intransigeance

 

Sa prédilection pour l’art se révèle dans la même période : implantée dans la prestigieuse place Vendôme à Paris à partir de 2010, la Compagnie cofinance jusqu’en 2012 la restauration de la façade de l’Ecole des beaux-arts, située à 10 mn à pied. En 2011, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand remet à Philippe Journo le titre de Grand sponsor et l’insigne de chevalier des arts et des lettres. Quant au soin du détail appliqué aux arbres, le promoteur l’a appris dans l’aménagement intérieur de son nouveau siège social, lors de l’implantation de l’acacia à feuilles persistantes qui trône dans le patio : « La livraison est intervenue avec quatre heures de retard, je n’ai pas pu y assister, mais j’ai tout de suite compris que quelque chose clochait, dans la perception des deux tiges qui se prolongent en cinq rameaux. Il m’a fallu une semaine pour comprendre et exiger que le fournisseur ne revienne de la région de Rotterdam, pour corriger l’implantation d’un quart de tour »… Ses visiteurs ne peuvent que tirer leur chapeau au maître d’ouvrage intransigeant.

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