Réalisations

Perpignan ouvre son musée d’art reliant deux hôtels particuliers du XVIIIe siècle

Mots clés : Architecte - Hôtels et pensions de famille - Manifestations culturelles - Musées - galerie

Le nouveau musée d’art Hyacinthe-Rigaud vient d’ouvrir ses portes. Une très belle transformation investissant deux hôtels particuliers du XVIIe et XVIIIe siècles en cœur de ville et qui offre un nouveau parcours de découverte. Visite avec son architecte, Stéphane Barbotin-Larrieu.

La réouverture du musée d’art en plein centre de Perpignan (Pyrénées-Orientales) est un événement: à cheval sur deux hôtels particuliers, le musée Hyacinte-Rigaud — peintre perpignanais du XIXe siècle — vient de rouvrir ses portes à la fin juin après trois ans de fermeture. L’architecte du patrimoine parisien Stéphane Barbotin-Larrieu décrit sa conception: «Le nouveau musée relie les deux hôtels particuliers implantés sur deux rues perpendiculaires. Nous avons eu la chance que les deux hôtels de Lazerme et de Mailly soient à quelques centimètres près à la même hauteur au premier étage, étage noble d’habitation. C’est par là que nous avons relié les deux bâtiments. L’hôtel de Lazerme est resté une demeure familiale jusqu’en 1973 et a été donné à la ville. Picasso y a séjourné dans les années au milieu des années 1950. En revanche, l’hôtel du comte de Mailly, gouverneur du Roussillon au XVIIIe siècle, a connu des occupations diverses, dont l’évêché, qui avait cloisonné et modifié les parois.

 

Démolitions intérieures

 

Nous avons effectué des démolitions intérieures pour y créer les volumes contemporains de l’exposition, notamment la circulation principale avec un nouvel escalier à grande portée (180 cm), qui irrigue les niveaux d’expositions et qui conduit au jardin suspendu, au premier étage. Un lieu d’agrément typique des grandes maisons perpignanaises. L’hôtel de Lazerme a été modernisé mais en gardant sa nature, ses sols en tomettes, ses ouvertures, son escalier monumental en pierre avec rampe de fer forgé. J’ai choisi de positionner l’exposition permanente au premier étage de plain-pied sur les deux hôtels. Le visiteur circule autour des cours et du jardin dans un parcours libre allant du gothique, au baroque et au XXe siècle.

 

Bois, béton, cayrou

 

Sur l’hôtel de Lazerme, nous avons gardé les structures porteuses en bois, en les renforçant pour avoir les charges requises en ERP (500 kg au m2). Nous avons également conservé les sols en tomettes et restauré un parquet en noyer à chevron. Sur l’hôtel de Mailly, nous avons opté pour un plancher connecté béton sur poutraisons bois existantes avec comme finition un plancher en chêne sur lambourdes aux étages. Les ouvertures sur la structure des bâtiments existants construits en cayrou (brique locale de 42/21/7 cm) ont nécessité des reprises en sous-œuvre en béton, pour respecter les règles parasismiques. Les unités de traitements d’air sont logées dans les combles. Deux ascenseurs créés dans l’hôtel de Mailly, assurent l’accessibilité des personnes à mobilité réduite (PMR) à tous les niveaux. Autre point fort du projet: une galerie vitrée sur plusieurs niveaux assure le lien entre les deux hôtels. La courette qu’elle traverse abritait sans doute la volière de l’ancien comte de Mailly»…

 

Focus

La genèse du projet et l’implication des services municipaux, par Michel Ramonet, ingénieur à la direction du patrimoine de la ville

«Le projet initial a démarré par une visite, à la demande du maire Jean-Marc Pujol sur l’ancien musée Rigaud, qui n’occupait qu’une partie de l’hôtel de Lazerme. Jugé trop petit, le maire avait envie de donner une impulsion à l’équipement et nous a demandé si l’on pouvait utiliser l’hôtel de Mailly, mitoyen, où ne restaient que quelques services culturels de la ville. Le relevé de géomètre a montré que les planchers du premier et deuxième étages étaient au même niveau. De là est venue l’idée de développer un musée d’art sur la totalité des surfaces de deux bâtiments. Nous avons fait appel au programmiste Mikaël Seban (qui a travaillé sur le programme du musée Carnavalet et Bonnat-Héleu à Bayonne, NDLR) et, avec la conservatrice du musée Hyacinte-Rigaud, Claire Muchir, et la direction de la culture, avons mis en place le programme sur ces deux hôtels. Suite à l’appel d’offres à concepteur, nous avons retenu la proposition de Monsieur Barbotin-Larrieu. Deux ans d’études et trois ans de travaux ont été nécessaires au projet final: 4 2OO m2 dont 2 5OO m2 de surface d’exposition, 1 OOO m2 de réserves et 7OO m2 de locaux administratifs et techniques. Les services municipaux ont assuré la conduite d’opération: suivi et respect du programme, du budget, des délais. Et nous avons coordonné les différents réglages (hygrométrie, température, éclairage, etc.) entre la fin des travaux et l’accrochage des œuvres. Par ailleurs, la direction informatique de la ville a mis en place l’informatique de gestion et la billetterie. Nous avons également mis en place un système de gestion énergétique pour que la direction du patrimoine de la ville puisse vérifier en temps réel les niveaux de température, d’hygrométrie, d’éclairage et puisse intervenir à distance sur la GTC. Au vu des fortes variations de températures de la ville, nous devons être aussi performants que les grandes métropoles sur la gestion économe des bâtiments «ERP» (établissement recevant du public): chaufferie gaz et des pompes à chaleur pour le rafraîchissement et la ventilation, tout l’éclairage scénographie en LED et une gestion technique centralisée (GTC) pour optimiser le temps d’occupation pour consommation les plus minimes possible.»

Le financement est essentiellement municipal, pour 1O,36 millions d’euros TTC, avec des aides du Feder (2,18 millions d’euros), de la Drac (1,2 million d’euros), de la région (1,2 million d’euros) de la communauté urbaine (1,14 million d’euros) et le mécénat pour le retable de La Trinité (5O OOO euros).

 

Focus

Intervenants

Maîtrise d’œuvre: Atelier architecture Barbotin Larrieu, architecture et muséographie (Paris); SLH Ingénierie, BET structure, fluides, thermiques et SSI (Pérols); Philippe Votruba, économiste et vérificateur des monuments historique (Paris); Atelier Polygraphik, graphisme, signalétique, scénographie et mobilier (Lille); Cristina Menegazzi, conservation préventive (Paris).

Entreprises: Sole Et Fils,  démolitions, gros oeuvre, structure, VRD, restauration des façades, jardin/espaces Verts (Perpignan); Sop34, charpente et couverture (Saint-Georges-D’orques); Quinta, menuiseries bois intérieures et extérieures, cloisonnement, doublage, faux plafond (Saint-Estève); Société pyrénéenne de miroiterie (SPM), serrurerie (Bompas); Saper, peinture, sols souples (Saleilles); MBF, sols scellés et faïence (Saleilles); Cegelec Perpignan, électricité courants forts et faibles, chauffage, ventilation, climatisation, plomberie, sanitaire (Perpignan); Thyssenkrupp, ascenseur (Montpellier); Boscher Signalétique et Image, graphisme et signalétique (Couëron); Equimuseus, mobilier spécifique (Lisbonne, Portugal).

Prestataires: Mikaël Seban, programmiste (Paris); ACCB66, OPC (Rivesaltes); Quassi, CSSI (Perpignan); Qualiconsult, bureau de contrôle (Perpignan).

 

Focus

Un peu d’histoire

Dans le courant du XVIIe siècle, les futurs Hôtels de Mailly et de Lazerme sont des habitations privées. A partir de 1688, l’Hôtel de Mailly est loué pour en faire la résidence du lieutenant général, commandant en chef de la Province. Les travaux d’aménagement vont se succéder au long des XVIIe et XVIIIe siècles. Mais, c’est le comte de Mailly, lieutenant général à partir de 1749 et presque sans discontinuer jusqu’en 179O, qui imprime sa marque sur l’édifice. A la même période, l’hôtel donnant sur la rue de l’Ange appartient à la marquise de Blanes. C’est l’époque des Lumières et le Maréchal de Mailly et la Marquise de Blanes y contribuent en animant la vie intellectuelle locale. En 1836, l’Hôtel de Mailly est acheté par l’Etat pour en faire le palais épiscopal. En 1827, l’hôtel donnant sur la rue de l’Ange a été acheté par Joseph de Lazerme. L’hôtel est le théâtre d’une riche vie culturelle dans les années 192O, autour de l’homme de lettres Carlos de Lazerme. Dans le second après-guerre, son fils en fait l’un des hauts lieux de la Résistance, puis y reçoit de nombreux artistes, au premier rang desquels, son ami Picasso. Après les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la Ville rachète l’Hôtel de Mailly. Le second étage est utilisé dès 1914, par le conservatoire de musique. Après le départ du conservatoire, une partie des locaux est utilisée par la cinémathèque eurorégionale – Institut Jean-Vigo. En 1973, le comte de Lazerme vend son hôtel particulier pour y transporter le musée des beaux-arts Hyacinthe-Rigaud. Depuis 199O, la plupart des espaces ont été libérés, ou utilisés pour les bureaux et quelques réserves du musée Rigaud. Source: Mairie de Perpignan.

 

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