Aménagement

Permis de construire annulé pour la Fondation Louis Vuitton à Paris

Saisi par l’association Coordination pour la sauvegarde du bois de Boulogne, le tribunal administratif de Paris, par un jugement du 20 janvier 2011, a annulé le permis de construire du bâtiment dessiné par Frank Gehry et destiné à accueillir la Fondation Louis Vuitton pour l’art contemporain dans le Jardin d’Acclimatation du bois de Boulogne.

Jean-Charles Alphand (1817-1891), ingénieur des Ponts et Chaussées est resté célèbre pour avoir participé aux travaux d’embellissement de Paris lancés par Haussmann sous Napoléon III. Il a notamment contribué à l’aménagement du bois de Boulogne dont une allée, située dans le Jardin d’Acclimatation, porte aujourd’hui son nom. Ironie de l’Histoire, cette allée-hommage au grand urbaniste est à l’origine d’un jugement du tribunal administratif de Paris du 20 janvier, qui annule le permis de construire du fantasque bâtiment de la Fondation pour l’Art Contemporain Louis Vuitton, imaginé par l’architecte canadien Frank Gehry et projet architectural majeur pour Paris.

Voie publique ou pas ?

C’est l’association Coordination pour la sauvegarde du bois de Boulogne qui a demandé (et donc obtenu) l’annulation de ce permis de construire délivré le 8 août 2007 par Bertrand Delanoë. Comme le souligne la Ville de Paris dans un communiqué, « le principe du projet et son parti pris architectural ne sont nullement remis en cause », c’est en réalité la modification en juin 2010 du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) (voir focus) et du plan d’occupation des sols (POS) de Paris qui a motivé la décision du tribunal administratif de Paris.
Ce dernier a considéré que le permis de construire ne respectait pas les dispositions de l’article ND 6 du règlement du POS, selon lesquelles « l’implantation doit être suffisamment en retrait d’une voie pour permettre la réalisation d’une isolation paysagère du bâtiment, sauf si l’environnement justifie une implantation en bordure de rue ». Constatant d’abord que le bâtiment projeté est situé « soit en limite soit en surplomb de l’allée Alphand », voie desservant le jardin d’acclimatation, le bois de Boulogne et le futur musée, et estimant ensuite que « l’environnement boisé du terrain d’assiette du projet ne peut permettre de justifier l’implantation en bordure de rue », le tribunal administratif a donc annulé le permis de construire.

Retard

De son côté, la Ville de Paris (condamnée par ailleurs à payer 1000 euros à l’association requérante), conteste le caractère de « voie publique » de l’allée Alphand, jugeant « qu’elle n’en a ni le statut ni la fonction » et a donc décidé de faire appel de ce jugement en demandant son sursis à exécution. En attendant, les travaux doivent s’arrêter (voir focus) et la mairie de Paris se résoudre à « mettre le site en sécurité ». En cas de confirmation en appel du jugement du tribunal administratif, la situation se compliquerait encore pour ce chantier qui a déjà pris du retard (première ouverture annoncée d’abord pour « juin 2011 » puis pour « fin 2012 »). Il faudrait en effet modifier le PLU et le POS de Paris, une opération longue, trop longue peut-être.
Qu’en aurait pensé Jean-Charles Alphand?

 

 

Retrouvez ci-dessous l’intégralité du jugement.

Focus

Articles N6 et N7 du PLU annulés

Par une décision du 18 juin 2010, le Conseil d’Etat a annulé les articles N 6 et N 7 relatifs à l’implantation des constructions par rapport aux voies et limites séparatives dans la zone N, (zone naturelle et forestière), où le projet de construction se situe. Le Tribunal était dès lors tenu d’examiner la légalité du permis de construire au regard des dispositions du règlement du plan d’occupation des sols (POS) de Paris remises en vigueur par l’annulation partielle du PLU. Selon l’article ND 6 du règlement du POS « l’implantation doit être suffisamment en retrait d’une voie pour permettre la réalisation d’une isolation paysagère du bâtiment, sauf si l’environnement justifie une implantation en bordure de rue ». Dans le cas de la partie de la Fondation Louis Vuitton bordant l’allée Alphand du Bois de Boulogne, le tribunal administratif de Paris à jugé qu’elle n’était pas en conformité et annulé le permis de construire.

Focus

Le point sur le chantier

Le Moniteur faisait dans son n°5580 du 05 novembre 2010, le point sur le chantier :

« Le « vaisseau dans les arbres » voulu par Bernard Arnault, président de LVMH, s’élève peu à peu au cœur du Bois de Boulogne, à Paris. Conçu par l’architecte canadien Frank Gehry, l’ouvrage audacieux est destiné à abriter des espaces muséographiques. Par ses formes courbes multiples, son architecture affiche depuis sa conception une grande complexité d’exécution. L’infrastructure en béton armé du bâtiment s’élève progressivement au-dessus de la paroi moulée de 450 m de longueur qui la contenait depuis septembre 2009. Avant l’été prochain, elle aura été recouverte par « l’iceberg », immense coque de métal multiface de 9 000 m2, vaste entrelacs de volumes irréguliers, revêtus de 16 000 panneaux courbes de béton fibré à hautes performances (Ductal) et de 6 000 m2 de verrières cintrées. L’ouvrage s’élèvera alors à 26 m au-dessus du sol avant d’être définitivement coiffé de vastes voiles de verre sérigraphiés culminant à 46 m au-dessus de la canopée et maintenu à distance par des bracons en mélèze. Achèvement des travaux prévus fin 2012.
Maître d’ouvrage : Fondation Louis Vuitton pour la création ; maîtrise d’œuvre : Gehry Partners (architecte) avec Studios Architecture (architecte local) et Setec Bâtiment (exécution) ; entreprise générale : Vinci Construction France (Petit, GTM, Dodin Campenon Bernard). »

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