Paysage

Permaculture : la forêt comestible élargit l’horizon du Bec-Hellouin

Mots clés : Chapiteaux, tentes, structures - Établissements industriels, agricoles, ICPE - Rénovation d'ouvrage

Une forêt comestible de 3,4 hectares, plantée en mars, complète la ferme du Bec-Hellouin (Eure), un des modèles de la permaculture en France. Baptisée « paysage de résilience », cette extension tente de renouer avec les systèmes agro-sylvo-pastoraux qui ont presque disparu du territoire français, alors qu’ils continuent à faire leur preuve dans de nombreux pays.

Une nouvelle phase de l’aménagement de la ferme du Bec-Hellouin s’est ouverte en mars dernier. Depuis sa création en 2004 dans un fond de vallée réputé impropre à toute autre plantation que celle des pommiers à cidre, le site a déjà démontré la productivité d’une parcelle de 1800 m2. « 1/10ème d’hectare cultivé à la main produit autant qu’1 hectare avec un tracteur, ce qui permet de libérer les 9/10ème de la parcelle pour la renaturer », résume Charles Hervé-Gruyer, l’ancien marin reconverti en paysan pour créer la ferme normande avec son épouse Perrine, ex-juriste. Le volet « renaturation » s’est ouvert ce printemps avec la plantation de la forêt comestible de 3,4 hectares, également désignée par l’expression « Paysage résilient ».

 

Le retour du chemin creux

 

« Au point de départ du projet de paysage résilient, un tableau réinterprète la figure ancestrale du chemin creux », explique Louise Géhin, directrice de l’Institut Sylva (porté par AgroParisTech avec 13 partenaires), qui coordonne le second programme de recherche engagé au Bec-Hellouin entre 2015 et 2018. Colonne vertébrale de la forêt comestible, le chemin prend forme par le pelletage de terres envoyées sur ses bordures, puis aussitôt paillées et plantées de haies fruitières qui servent de corridor écologique. Cette voie dessert un pré-verger destiné aux 45 moutons et aux chevaux qui apprécient l’écorce des arbres, mais aussi deux clairières en plein champ, exploitées par traction animale, et dédiées aux légumes avides de lumière ainsi qu’aux céréales qui produiront le pain de la famille Hervé-Guyer. Au bout du chemin, les mares contribuent à l’équilibre écosystémique de l’ensemble.

 

De l’intensif à l’extensif

 

L’arrivée du mode extensif, moins productif, illustre une idée force de la permaculture : celle de l’adéquation du projet aux ressources humaines disponibles. Après la démonstration de productivité consolidée par un premier programme de recherche entre 2011 et 2014, et popularisée en 2015 par le film « Demain », de Cyril Dion et Ménalie Laurent, les exploitants de la micro-ferme, accompagnés par la région Normandie avec des financements de BPI France, entendent tester un système agro-sylvo-pastoral.

 

Co-création homme nature

 

D’une étape à l’autre, la méthode ne change guère : « la Co-création, entre l’homme et la nature », résume Charles Hervé-Guyer. L’impulsion humaine, à travers le dessin initial, renvoie au rôle éminent du design, dans le projet permacole. Au cœur des premiers aménagements de la micro-ferme, l’île jardin et le jardin mandala amènent chaque visiteur du Bec-Hellouin au plaisir de la contemplation d’une œuvre où se lisent l’itinéraire de l’ancien marin et sa relation fraternelle avec les cultures du monde.

 

 

L’étude des interactions complexes entre les composantes du système permacole fait partie des objectifs clé de l’Institut Sylva. Louise Géhin en pointe deux autres : la durabilité des résultats enregistrés dans le premier programme, et la biodiversité engendrée par des systèmes de cultures fondées sur la complémentarité entre les strates et les variétés végétales. « Nous avons déjà recensé 45 espèces d’abeilles sauvages, dont 9 spécifiques au site », s’enthousiasme l’ingénieure Environnement.

 

Bilan scientifique en 2018

 

Outre le rapport scientifique, la restitution du programme, en 2018, inspirera le manuel technique dont Charles Hervé-Guyer a entamé la rédaction, mais aussi les formations professionnelles dispensées sur le site. « Une part croissante de paysagistes et d’urbanistes y participent », note le créateur de la micro-ferme, régulièrement sollicité pour participer à des projets d’agriculture urbaine, en tandem avec des paysagistes concepteurs.

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
Votre avis ?
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X