Culture

Paul Chemetov, architecte décoré et malmené

Mots clés : Architecte - Gouvernement - Manifestations culturelles

L’architecte Paul Chemetov s’est vu remettre, mardi 28 juin, dans les locaux de son agence parisienne du XIIIe arrondissement, les insignes de Commandeur de la Légion d’honneur par Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture et de la Communication.

La République française a le goût du paradoxe. Elle distingue un architecte parmi les plus fameux et laisse planer la menace des pelleteuses sur une partie de son œuvre. Ainsi, Paul Chemetov, 87 ans, a reçu, mardi 28 juin, à Paris, les insignes de Commandeur de la Légion d’honneur tandis que la Cour d’appel doit se prononcer prochainement sur l’autorisation de démolition du bâtiment de la CPAM de Vigneux-sur-Seine (Essonne), conçu par le récipiendaire en 1972 et inscrit à l’inventaire général du patrimoine culturel de l’Ile de France depuis 2005.

Cette situation a été pointée par l’ancien ministre de la Culture et de la Communication, Jean-Jacques Aillagon, venu passer autour du cou de Paul Chemetov le ruban moiré de la cravate rutilante au cours d’une cérémonie organisée au cœur même de l’agence désormais fameuse du square Masséna (Paris, XIIIe). Il a publiquement regretté le sort promis à la CPAM après avoir déclaré, un brin fataliste, que « l’architecture, c’est aussi l’art, le grand art, d’accommoder les restes ».

Et il a rappelé devant l’assistance choisie où on reconnaissait, entre autres, Yves Laffoucrière, directeur général d’Immobilière 3F, Catherine Jacquot, présidente du Conseil national de l’ordre des architectes, Agnès Vince, directrice chargée de l’architecture, adjointe au directeur général des patrimoines du ministère de la Culture et de la Communication, Jean-Pierre Duport, ancien délégué général à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar), ancien préfet de la région Ile-de-France, ou Guy Amsellem, président de la Cité de l’architecture et du patrimoine, que l’œuvre de Paul Chemetov ne pouvait pas se résumer à ce seul ouvrage.

 

« Vous avez signé le territoire »

 

Il a donc égrainé la liste des bâtiments qui ont jalonné la vie de leur auteur, parmi lesquels le ministère de l’Economie et des Finances (Paris, XIIe), l’ambassade de France à New Delhi (Inde) et la réhabilitation de la Grande galerie de l’évolution du Muséum national d’histoire naturelle (Paris, Ve). L’ancien ministre a tenu à saluer la conception de la piscine des Halles (Paris, Ier). « Je l’ai fréquentée pendant longtemps, a-t-il confié. J’y ai même sauvé un maître-nageur de la noyade, moi qui suis pourtant un piètre brasseur, ce qui m’a valu une carte d’accès à vie et l’honneur d’utiliser le vestiaire des maîtres-nageurs. »

« A votre manière, a-t-il enfin souligné pour saluer le véritable héros de la journée, vous avez signé le territoire. Comme avec la Méridienne verte, ce long alignement d’arbres qui traverse la France de Dunkerque à Prats-de-Mollo, seulement visible du ciel, que vous avez imaginée pour célébrer le passage à l’an 2000. Et vous avez toujours prêté une attention totale aux usages et respecté les usagers en refusant de reproduire des modèles archaïques. Vous avez fait du logement l’exercice civique par excellence. Il vous a permis de concrétiser l’idéal de solidarité et de liberté qui anime votre engagement. L’exigence de progrès social implique, pour vous, l’exigence de progrès architectural. »

 

« L’architecture n’est pas un métier »

 

Dans sa réponse, Paul Chemetov a loué le temps qu’on doit laisser au temps pour comprendre le monde et évaluer la qualité du travail mené. Et de citer Rudy Ricciotti : « Ce que le temps nous lègue, on appelle cela mémoire. C’est irréductible et majeur. Je pense que la conservation et la création ne sont pas opposées. Le temps vous pousse et le temps vous tire. C’est irréversible ! »

« L’architecture n’est pas un métier mais une relation au monde pour le transformer », a-t-il fini alors qu’à l’extérieur, à peine plus loin, les derniers participants à la onzième manifestation contre le projet de loi El Khomri sur le droit du travail se dispersaient dans les alentours de la place d’Italie (Paris, XIIIe) destination finale de leur cortège.

Puis, une fois repliés les feuillets de son discours qu’il a remisés dans la poche de son costume d’un bleu bien plus foncé que celui de ses yeux, Paul Chemetov a glissé : « Aujourd’hui, j’avais une mauvaise voix. J’étais un peu trop ému. » Et, montrant l’exemple, il a lancé: « Bon, maintenant, il faut boire ! »

 

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