Entreprises de BTP

Patrick Liébus, président de la Capeb : « Les artisans qui se sont investis dans le Grenelle sont déçus »

Mots clés : Artisanat - Elections

Cette année, la traditionnelle assemblée générale de la Capeb, qui aura lieu les 11 et 12 avril à Paris, aura un tout autre visage. A 10 jours du premier tour de l’élection présidentielle,  les artisans débattront  avec les candidats de l’UMP, du parti socialiste et du Modem sur fond de ralentissement d’activité. Pour l’heure, Patrick Liébus, président de la confédération, prend position sur certaines mesures inscrites dans la récente loi de simplification et déplore la baisse de régime du Grenelle de l’environnement. Entretien.

L’Assemblée générale : les candidats de l’UMP, du PS et du Modem face aux artisans


Quels sont les temps forts de votre Assemblée Générale ?

Quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, l’occasion était trop belle d’inviter les candidats de l’UMP, du Parti Socialiste et du Modem, à présenter leurs projets pour le secteur artisanal du bâtiment. Chacun d’entre eux sera placé individuellement sous le feu des questions issues de notre Livre Blanc concernant le logement, l’entreprise et la fiscalité. L’autre temps fort sera la remise des diplômes aux artisans ou conjointes qui ont suivi la formation dispensée par l’Ecole des Cadres de la Capeb. Une formation importante à la prise de fonctions et à la gestion de l’entreprise qui ne désemplit pas avec les années : entre 80 et 90 personnes  à chaque session. Enfin,  dans l’après-midi à travers deux tables-rondes, nous réfléchirons aux solutions pour attirer les jeunes vers nos entreprises à l’heure du tout numérique.

 

S’il y avait trois propositions de votre Livre Blanc à retenir que vous aimeriez voir adopter par le prochain gouvernement, quelles seraient-elles ?

Parmi les propositions phares, la mise en œuvre d’une politique du logement continue et stable, avec un soutien de l’Etat vers les ménages me semble vraiment nécessaire. Tout comme il est urgent d’abaisser les charges de l’entreprise pour développer l’emploi et la croissance. Enfin, nous militons pour un ministère de l’Artisanat

 

Conjoncture


En cette fin de premier trimestre, confirmez-vous votre prévision de repli d’activité de 1% sur l’année 2012 ?

Oui. L’année a commencé sur de bonnes bases, dans la continuité de l’année 2011. Mais en février l’activité s’est ralentie avec la vague de froid qui a arrêté nos chantiers pendant 3 à 4 semaines. Ce sont d’abord les professions du gros œuvre qui ont été impactées. Le second semestre s’annonce encore plus tendu et même en recul, c’est pourquoi, pour le moment, nous restons sur un repli de 1 %.  La construction neuve a déjà amorcé un mouvement à la baisse, d’ailleurs plus tôt que prévu. Et la situation ne devrait pas s’arranger d’ici à la fin de l’année.  Rappelons que le Scellier se termine en fin d’année. Quant à l’activité en entretien- rénovation, elle devrait connaître une baisse, notamment en raison des effets des plans de rigueur décidés en 2011 : l’ECO PTZ plafonné à 30 000 euros, le recentrage du PTZ + sur le neuf et le crédit d’impôt développement durable ne facilitent pas le déclenchement de commande.

 

Quelle est l’évolution des carnets de commandes ?

Nous avons un volume de travail d’environ  1 à 3 mois.  Certaines entreprises spécialisées dans le second œuvre travaillent même à la semaine.  Cette baisse de nos carnets de commandes reflète assez bien le comportement actuel de nos clients.  A part ceux, notamment les investisseurs dans l’immobilier, qui commandent des travaux en urgence, de peur d’un changement de gouvernement, la plupart de nos clients sont dans une période d’attentisme.

 

La raréfaction des affaires en ce début d’année  implique-t-elle des  pratiques inhabituelles ?

De nombreux signes sont révélateurs d’une période difficile. Certaines entreprises viennent chercher les marchés là où il y encore un peu d’activité, parfois loin de leurs bases géographiques. Conséquence : une concurrence très forte sur nos marchés locaux traités à moindre prix. Dans la même logique concurrentielle, des entreprises spécialisées dans le secteur du neuf répondent maintenant à des marchés de réhabilitation, notamment en maisons individuelles. Par ailleurs, on remarque des entreprises qui se tournent vers l’embauche de salariés, venus plutôt d’Europe de l’Est, leur permettant de dégager une marge bien meilleure que si elles avaient fait travailler du personnel local. La raréfaction des affaires est également due aux intempéries de février qui ont amené certaines entreprises de 30 à 40 salariés, spécialisées en génie climatique, à mettre leurs salariés en congés.

 

Quel est l’impact de l’augmentation du taux réduit de TVA à 7% ?

Il a marqué les esprits des consommateurs qui ont vu là un signal négatif et supplémentaire alourdissant les mesures de rigueur prises en fin d’année. Même si certains clients ont préféré avancer la date de leurs travaux pour bénéficier de l’ancien taux, il n’en demeure pas moins que nous allons commencer maintenant à subir les premiers effets du taux réduit augmenté à 7%. Notre plus grande inquiétude se porte sur l’avenir de ce taux de TVA, qui pourrait être relevé jusqu’à 10% par le prochain gouvernement dans le cadre du redressement du déficit public. C’est une épée de Damoclès au- dessus de nos têtes, clients comme artisans.

 

Trésorerie/Banque/Délais de paiement


Quel est l’état de vos trésoreries ?

Elles sont très fragiles. Je suis d’ailleurs intervenu auprès de l’Union des caisses de France Congés Intempéries BTP pour qu’elle débloque rapidement  une partie du remboursement des salaires que nos entreprises ont eu à verser, alors que nos chantiers étaient à l’arrêt. Par ailleurs, alors que les trésoreries sont déjà très tendues, beaucoup d’entreprises se voient déclassées par la SFAC (organisme de crédit) et ne peuvent plus acheter chez leurs négociants sans payer comptant.

 

Comment sont vos relations avec les banques ?

Elles ne sont pas évidentes, malgré les recommandations gouvernementales. Les banques ne nous soutiennent pas dans nos problèmes de financement et de trésorerie. D’ailleurs, René Ricol, coordinateur de l’ensemble des dispositifs de soutien aux entreprises, a  demandé récemment au médiateur du crédit  que les banques prennent des mesures d’accompagnement pour les entreprises en difficulté. Et  je suis assez optimiste quant à l’avenir de ce soutien.

 

La loi de simplification du droit du 22 mars donne la possibilité aux  entreprises de suspendre leurs travaux après 15 jours de vaine mise en demeure. Qu’en pensez-vous ?

C’est ridicule !  Quelle entreprise  se risquerait à appliquer une telle mesure sans s’attirer les foudres du client, sans mettre en jeu sa réputation et sans se voir appliquer des intérêts de retard pour un chantier non terminé dans les temps. Cette disposition n’est pas adaptée aux relations qu’entretiennent les artisans avec leurs clients. La solution que nous préconisons, pour les marchés avec les particuliers, est d’indiquer sur les devis le montant des intérêts à verser en cas de retard de règlement.

 

Emploi/Formation


Les entreprises artisanales ont préservé l’emploi l’an dernier, tirant sur leurs trésoreries. Qu’en est-il cette année ?

Le contexte économique n’est pas propice à l’embauche. Si les entreprises vont essayer de maintenir leurs effectifs, elles ne remplaceront pas leurs les compagnons en fin de carrière, n’y n’engagerons d’apprentis, faute de travail.

 

Est-ce que le dispositif « zéro charge » pour l’embauche d’un jeune de moins de 26 ans, qui reprend du service à titre exceptionnel pendant 6 mois, est une bonne mesure de soutien à l’emploi ?

Ce dispositif, qui n’est pas nouveau puisque créé en 2008, a fait ses preuves. Il permet en effet à certaines de nos entreprises d’accélérer leur décision de recruter un jeune en s’exonérant des charges. Mais, cette disposition n’est vraiment valable qu’en période d’activité.

 

Concernant la pénibilité, les entreprises artisanales n’entrent pas dans le champ contraignant de pénibilité, mais l’accord de branche signé fin décembre incite l’ensemble des entreprises du secteur à s’inscrire dans cette démarche. Que compte faire la Capeb ?

Nous insistons sur la prévention, question sur laquelle nous avons beaucoup travaillé. Il faut mieux former et aider les entreprises à améliorer les conditions de travail. Cela évitera que l’on taxe systématiquement le bâtiment de métier pénible. Iris-ST, pôle d’innovation « Santé-Sécurité » au travail, dédié à l’artisanat du bâtiment, vient de terminer, avec l’OPPBTP (Organisme professionnel de prévention du BTP), une série de fiches didactiques par métier, pour mieux conseiller les petites entreprises du bâtiment.

Dans la loi de simplification Warsmann, une mesure retouche la définition d’artisan et introduit la qualité d’artisan qualifié. Qu’en pensez-vous ?

Cette mesure pose un problème de fond, puisque l’utilisation du terme « artisan » sera possible suite à une simple démarche administrative d’immatriculation au Répertoire des métiers, alors que, jusqu’à présent, la qualité d’artisan ne pouvait être utilisée que lorsque le chef d’entreprise justifiait de la détention d’un diplôme de niveau V ou, à défaut, de six ans d’expérience professionnelle. Ceci reste toutefois à relativiser pour les activités réglementaires au titre de la sécurité des consommateurs (loi Raffarin de 1996) et dont le secteur du bâtiment fait partie.

Il n’y a donc pas lieu d’agir ?

Si car cette mesure de la loi Warsmann va galvauder l’image de l’artisan auprès du grand public. Nous avons 18 mois, délai d’application de la mesure, pour trouver une solution à cette initiative malheureuse du gouvernement, prise à la va-vite, sans concertation et totalement « à contre-emploi » des valeurs qui fondent l’artisanat du bâtiment.

 

Les artisans et le Grenelle de l’Environnement


La Capeb ressent-elle un essoufflement du Grenelle de l’Environnement, comme l’a constaté dernièrement le Conseil Economique Social et Environnemental ?

Nathalie Kociusko-Morizet démissionnaire et non remplacée à la tête du ministère de l’écologie, l’absence d’éco-avantages pour les clients qui font réaliser des travaux de rénovation énergétique par des artisans qualifiés « Reconnu Grenelle Environnement »,une fiscalité qui n’est plus incitative alors que le bâtiment est l’un des piliers du Grenelle,  voilà autant  de signaux négatifs  envoyés depuis quelques mois par le gouvernement et qui montrent bien une baisse de régime dans le processus du Grenelle.  Il y a une grande incompréhension et déception chez nos artisans, qui ont investi, en temps et en hommes, qui ont suivi les formations FEEBAT et se sont qualifiés ou sont devenus ECO Artisans.  Ils ont répondu présents quand l’Etat leur imposait de fortes exigences dans ce domaine, il est donc indispensable maintenant de les accompagner !

 

Malgré tout, les artisans seront-ils prêts pour l’entrée en vigueur de l’éco-conditionnalité au 1er janvier 2014 ?

 Les entreprises ont compris leur intérêt et continuent à s’y préparer ; l’éco-avantage trouve toute sa place ici. La campagne de communication « Reconnu Grenelle de l’Environnement » lancée par l’Ademe autour des signes de qualité a dynamisé le renouvellement de la marque ECO Artisan (attribuée pour 3 ans et renouvelable tous les ans). A fin mars, 2 388 artisans portaient la marque.

 

 

(1) L’UCF CI-BTP assure la gestion et le paiement des congés payés ainsi que les déclarations et l’indemnisation du « chômage intempéries » des salariés du BTP en France.

Focus

L’artisanat du bâtiment en chiffres

380 000 entreprises, soit 98% des entreprises du bâtiment
992 000  salariés et non salariés, soit 67% des effectifs du bâtiment
85 000  femmes salariées
80 000 apprentis, soit 81% des apprentis formés dans le bâtiment
77 milliards de chiffre d’affaires, soit 63% du CA de la branche
6,5 milliards de CA dans la performance énergétique, soit 15% du marché de l’entretien amélioration des artisans
1,63 milliard d’investissements
30% des marchés publics

Focus

Au programme de l’Assemblée générale du 12 avril

09h00    Intervention : « L’artisanat du bâtiment face aux élections sous la Ve République »
par Pascal Perrineau, Professeur des universités, politologue et Directeur du CEVIPOF
09h45    Débats : « Les plateformes électorales à l’épreuve de l’artisanat du bâtiment »
avec les candidats (ou leurs représentants) de l’UMP, du Parti Socialiste et du MODEM
14h30    Intervention : « Bien connaitre les jeunes à l’heure du tout numérique » par Alain Mergier, sociologue et Directeur de l’Institut WEI
15h15    Tables rondes :
« Ces jeunes dans la vie professionnelle : comment les accueillir dans nos entreprises ?»
« Ces jeunes dans la vie syndicale : comment les accueillir dans nos CAPEB ? »

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