Profession

Pascale Guédot, la discrète

Pour l’architecte parisienne, voir sa médiathèque d’Oloron-Sainte-Marie décrocher l’Equerre d’argent 2010 est « agréable». Pas pour le soudain coup de projecteur que cela jette sur sa personnalité réservée mais parce que cette reconnaissance vient la rassurer. Au moins «momentanément».

Pascale Guédot commence ces journées de bonne heure. « A l’heure des entrepreneurs, explique-t-elle. Ils se lèvent tôt ». Elle tempère toutefois, dit qu’elle « n’habite pas loin ». Il lui faut une poignée de minutes, souvent en traversant le parc des Buttes-Chaumont, pour rejoindre chaque matin son agence dans le quartier de la Mouzaïa. Elle est installée dans ce joli coin du XIXe arrondissement de Paris depuis bientôt vingt ans, depuis la création de son atelier. Le 29 de la rue Miguel-Hidalgo est d’ailleurs un nid d’architectes où Pascale Guédot a, entre autres, pour voisin son confrère Bruno Mader. Celui-ci connaît bien ses habitudes matinales : « Elle est toujours la première arrivée et elle démarre ses journées très fort en passant des tas de coups de fil, raconte-t-il. Elle est très énergique. C’est stimulant de travailler à proximité d’une architecte comme elle ».

« Les choses se sont faites comme ça »

A l’entendre, architecte, Pascale Guédot l’est devenue au gré des opportunités. Né en 1960 à Pau, elle avait commencé par la fac de médecine « mais je suis tombée amoureuse d’un étudiant en architecture alors j’ai suivi ». Elle étudie un temps à Toulouse, époque pendant laquelle elle avoue avoir surtout amélioré sa pratique de « la planche à voile et du ski. Et un jour Henri Ciriani est venu faire une conférence au Mirail. Je me suis alors dit qu’il était peut-être temps de se mettre au travail. » Elle part donc poursuivre sa formation auprès de lui, à Paris-Belleville et en sort diplômée en 1986. Après plusieurs années d’agence, elle crée la sienne en 1991. « Il fallait que je m’installe car avec Olivier Chaslin, nous avions remporté un concours». Pascale Guédot n’aime pas beaucoup se livrer alors elle dit juste que « les choses se sont faites comme ça ».

« Il faut la pousser pour qu’elle fasse la promotion de son travail »

Bruno Mader confirme ; sa consœur n’aime pas particulièrement parler d’elle ou de son œuvre. « Il faut la pousser pour qu’elle fasse la promotion de son travail. Pour elle, contacter une revue pour faire publier un de ses bâtiments, c’est contre nature. Et même quand nous parlons de ses réalisations, souvent elle change de sujet ». Alors que pour lui, la preuve de la qualité de sa production n’est certainement plus à faire. « Tout le monde est frappé par sa grande maîtrise, dit-il. Ses bâtiments sont très simples, épurés. »
Pourtant Pascale Guédot doute : « Je suis très angoissée à l’idée de mal faire alors je vérifie beaucoup. Nous faisons énormément de maquettes. Et je voyage aussi. Je pars avec mon mètre. Il m’est déjà arrivé d’aller en Allemagne ou en Suisse pour m’assurer d’une dimension. » « Elle est extrêmement exigeante sur les projets, et d’abord avec elle-même », renchérit Bruno Mader.

« C’est compliqué d’être satisfait »

Un tel souci de bien faire et de remettre en cause forcément prend du temps. « C’est pour ça que je ne construis pas beaucoup », remarque-t-elle. Pascale Guédot admet que « c’est compliqué d’être satisfait ». Si bien qu’elle trouve « agréable » de voir sa médiathèque d’Oloron-Sainte-Marie couronnée par l’Equerre d’argent. « C’est un prix important. Si bien que ça me désangoisse sur la valeur de mon travail… Au moins momentanément ». On imagine sans mal qu’en revanche la célébrité que cela rapporte, les interviews, les compliments la mettent mal à l’aise. Enfin pas tous. L’amoureux du temps des études, aujourd’hui architecte à Pau, est resté un ami. Pascale Guédot sourit : « Il a été un des premiers à m’envoyer un SMS de félicitations. »

 

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