Construction Numérique

Numérique dans le bâtiment : Bertrand Delcambre attend le budget public pour dégainer

Mots clés : Gouvernement

Quand le montant du budget public consacré au projet sera connu, l’ « ambassadeur du numérique dans le bâtiment » précisera les actions à engager. Pour l’instant, il dresse un état des lieux.

 

 

 

Nommé en juin dernier « ambassadeur du numérique dans le bâtiment », Bertrand Delcambre a invité les professionnels à faire part de leurs propositions et de leurs attentes avant de proposer à la ministre Sylvia Pinel une feuille de route pour le développement du numérique dans la construction. Il fait le point pour Le Moniteur sur les premiers enseignements de cette consultation.

 

Pourquoi le ministère du Logement se mobilise-t-il pour le déploiement du numérique dans la construction ?

 

Dans le cadre du programme « objectif 500 000 logements », le groupe de travail « Innovation » animé par Alain Maugard, et auquel j’ai participé, a insisté sur la nécessité de développer le numérique dans la construction. Une proposition qui a rapidement convaincu Sylvia Pinel. La ministre considère que le développement du numérique est de nature à  entraîner une rupture positive dans un monde de la construction dont le moral est aujourd’hui au plus bas. Il peut aussi constituer un facteur d’attractivité pour les jeunes dans ce secteur. Dès 2012, le conseil d’administration du CSTB, dont j’étais alors président, a attiré l’attention des ministères sur la mobilisation pour le numérique en Grande-Bretagne, avec l’obligation dès le 1er janvier 2016 d’utiliser le BIM (building information modeling) dans les marchés publics d’une certaine taille. Les Allemands sont aujourd’hui au même stade que les Français dans ce domaine, conscients que les Etats européens doivent se préparer à la généralisation du numérique suite à une directive parue en janvier 2014.

 

Comment les professionnels ont-ils répondu à votre appel à contributions ?


La lettre de mission de la ministre insiste sur la nécessité d’ « embarquer » tous les professionnels dans le développement du BIM, thème central du projet. Le site Internet mis à leur disposition, dès ma nomination, pour exposer leurs attentes et propositions a recueilli des contributions au-delà de nos attentes. Outre ces 75 propositions écrites, dont un tiers émane des organisations professionnelles, j’ai rencontré plusieurs dizaines d’acteurs du secteur. Tous ont apprécié le signal donné par l’Etat. S’ils estiment que le sujet reste aujourd’hui une affaire d’initiés, encore au stade de la découverte pour beaucoup, ils jugent nécessaire un effort de généralisation. Même les majors, qui se sont familiarisés avec le BIM notamment à l’international, éprouvent le besoin d’une impulsion forte pour entraîner leurs partenaires et leurs filiales. Pour l’ensemble des professionnels, la rupture sera plus forte que celle de l’arrivée de l’informatique dans les années 1980 car le caractère collaboratif du BIM a un impact sur l’organisation du projet.

 

Quelles sont les premières pistes dégagées ?


Il faut d’abord donner envie à tous de se lancer. Pour montrer la voie, nous devrons faire un effort de communication et de pédagogie en rendant publics les retours d’expérience. Nous allons pousser de grands donneurs d’ordre publics à augmenter le nombre de projets réalisés avec le BIM. Ces actions pourraient être menées, notamment, dans le cadre du PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture). La vocation de ce service interministériel, rattaché à la Direction générale de l’Aménagement du Logement et de la Nature (DGALN) au ministère de l’Ecologie et à celui du Logement, est en effet de soutenir la recherche et l’expérimentation dans les domaines de l’urbanisme, de l’architecture et de la construction.

Après avoir donné envie aux professionnels, il faudra les aider à passer à l’acte. La première difficulté à surmonter est financière. L’investissement dans les machines et les logiciels est de plusieurs milliers d’euros par poste de travail, auxquels s’ajoutent les efforts de formation. Même si un premier mastère spécialisé vient d’être créé par l’École des Ponts ParisTech, l’École spéciale des travaux publics (ESTP) et leurs partenaires, c’est encore trop peu pour la formation initiale. Du côté de la formation continue, je salue des initiatives locales telles que celle de Domolandes, pôle de compétitivité landais qui va mettre à la disposition des professionnels une plateforme numérique. Cet espace-atelier va permettre la conception, la construction ou la présentation virtuelle de produits et bâtiments grâce aux outils de maquette numérique.

Pour les petites entreprises, je crois beaucoup à la formation en ligne, par exemple via les « mooc » (massive online open course). Quelques formules existent déjà.

 

Des travaux de normalisation sont-ils nécessaires ?


Les modèles de données doivent être uniformisés. Il faut éviter que chacun produise ses propres définitions en mutualisant, stabilisant à l’échelle française, voire européenne, des formats neutres d’échanges de données. Le format IFC (Industry Foundation Classes), norme ISO, est à promouvoir mais il reste encore largement à compléter et à préciser en termes d’usages. Et les éditeurs de logiciels ne jouent pas toujours le jeu en poussant des solutions propriétaires. L’information sur les produits, pour être intégrable à la maquette numérique, doit aussi être organisée de manière normalisée. L’AIMCC (Association des industries de produits de construction) porte un projet de norme pour permettre l’utilisation des catalogues numériques des fabricants dans la maquette numérique.

 

Quel pourrait être le rôle des pouvoirs publics ?


L’information technico-réglementaire, qui existe déjà sous forme numérique (le Reef du CSTB, la base Kheox du Moniteur) devrait entrer dans l’ère du superviseur de contrainte. De tels outils documentaires, associés à la maquette numérique, pourraient envoyer une alerte lorsque le projet n’est pas compatible avec la réglementation. L’Agence Qualité Construction produit de son côté des mémos 3D des pathologies eux aussi intégrables dans les outils de supervision des projets.

Le carnet numérique de suivi et d’entretien du logement, intégré à la loi sur la transition énergétique, sera beaucoup plus riche et en continuité avec les phases de conception et de construction si l’approche numérique s’est généralisée sur toute la chaîne.

 Les pratiques administratives devront aussi se moderniser, avec notamment la mise en place du permis de construire numérique.

 

Quel est le calendrier de votre programme ?


Le programme opérationnel pour accélérer le déploiement des applications et innovations numériques dans le processus de construction devrait s’étendre sur deux à trois ans. Nous devrions savoir dans quelques semaines quel budget public peut être mobilisé. Nous pourrons alors préciser les actions à engager. Nous comptons également sur la mobilisation des territoires.

 

 

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