Entreprises de BTP

«Nous travaillons à la création d’un «lot 0» pour renforcer la sécurité sur nos chantiers», Philippe Deveau (BTP 13)

Mots clés : Entreprise du BTP - PME

Elu depuis peu à la tête de la Fédération du BTP des Bouches-du-Rhône (BTP 13, 800 adhérents, 24 000 salariés), dirigeant d’une PME aixoise (Médiane, 50 personnes), Philippe Deveau, évoque ses priorités et notamment la lutte contre les vols et les dégradations sur chantiers.

Vous venez de prendre la présidence de la plus importante fédération départementale de Paca dans un contexte difficile pour la profession et les entreprises…

Philippe Deveau: L’année 2015 a été, en effet, la pire qu’a connue le bâtiment depuis des décennies avec une baisse de la commande publique particulièrement ressentie dans les TP, des mises en chantiers de logements en chute… Sur cinq ans, nous atteignons une baisse cumulée de l’activité de 25%. Aujourd’hui les carnets des commandes sont à six mois et la baisse des prix persiste. Dans ce contexte très dégradé, seuls le privé et l’entretien ont soutenu quelque peu le marché et il faut saluer dans cet environnement économique très dégradé, les efforts des entreprises pour maintenir à flot les effectifs salariés. Nous espérons que 2016 marquera un retournement de conjoncture, grâce notamment aux effets du redémarrage du marché de l’immobilier.

 

Quels sont vos dossiers prioritaires à la Fédération du BTP 13 ?

P. D.: La Fédération du BTP des Bouches-du-Rhône a été pilote sur de nombreux dossiers: la lutte contre les fraudes au détachement de salariés européens, l’opération «ras le vol», dispositif de prévention et de lutte contre le blocage des chantiers, initié en partenariat avec les forces de police, de gendarmerie et la justice. Ce dispositif est aujourd’hui étendu à tout le territoire et il a débouché sur la création, dans les Bouches-du-Rhône, par le parquet, d’un Groupe local de traitement de la délinquance (GLTD), destiné à venir en aide aux entreprises qui subissent sur les chantiers, vols, dégradations, intimidations et racket. Ce dispositif fonctionne et des auteurs de tels faits ont déjà été poursuivis, jugés et condamnés. La prochaine étape, et le dossier sur lequel nous travaillons actuellement à Marseille, avec les pouvoirs publics, les bailleurs sociaux, dans le cadre notamment des chantiers Anru, est la création dans les marchés de travaux d’un «lot 0» ou «lot sûreté». Ce lot supplémentaire confiera aux maîtres d’ouvrage l’ingénierie, la mise en place et le pilotage des mesures de sûreté et de sécurité des personnels sur les chantiers. Nous espérons qu’il pourra être mis en œuvre dès 2016 sur des premiers chantiers.

 

Avec une telle mesure, n’y a-t-il pas un risque d’augmenter encore les coûts de construction ?

P. D.: Nous ne le pensons pas. Les entreprises mettent déjà en œuvre sur les chantiers des dispositifs de sécurité qui ont un coût et, en les confiant aux maîtres d’ouvrage, ils seront simplement gérés différemment. Nous évaluons entre 60 000 et 120 000 euros le budget sécurité d’un chantier de logements. Le sujet est vraiment important pour nos entreprises et ce sera le thème de notre prochaine assemblée générale, le 22 octobre, en présence du préfet de police des Bouches-du-Rhône, Laurent Nuñez.

 

Comment réagissez face à la montée du détachement de salariés dans le BTP ?

P. D.: C’est un motif d’inquiétude majeur car si rien n’est fait c’est le modèle même de nos PME traditionnelles qui est menacé. Il y aurait actuellement 300 000 travailleurs détachés en France et ce chiffre va passer à 700 000 en 2017. Il faut bien comprendre qu’avec le détachement, on obtient un avantage financier qui varie de 10% lorsqu’il est légal à un coût de main-d’œuvre divisé par trois lorsqu’il y a fraude ! Nous refusons que des individus soient utilisés pour dégager de tels avantages financiers et nous allons poursuivre le combat. L’arsenal juridique (loi Savary, loi Macron) s’est renforcé pour lutter contre les fraudes au détachement. Mais les contrôles sur chantier, en particulier le soir et le week-end demeurent insuffisants. Dans le département, nous avons proposé aux pouvoirs publics de nous appuyer sur une disposition du CCAG (cahiers des clauses administratives générales) pour donner la priorité à la main-d’œuvre locale, compte tenu du taux de chômage plus élevé que nous connaissons ici par rapport à l’ensemble du territoire.

 

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