Transport et infrastructures

Notre-Dame-des-Landes: les opposants bien décidés à passer outre le vote de dimanche

Mots clés : Gares, aéroports

Légitimé par un «oui» avec plus de 55% des voix et un bon niveau de participation (51%), le projet de transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes devrait redémarrer avec le lancement des travaux à l’automne. Sauf que les anti-aéroport semblent bien décidés à continuer la lutte par tous les moyens.

Sur le papier, tout est clair est limpide. Dimanche 26 juin, lors d’une consultation inédite voulue par l’exécutif pour sortir de l’impasse d’un dossier devenu ultrasensible et irrationnel, les électeurs de Loire-Atlantique ont dit «oui» à 55,17% au transfert de l’aéroport de Nantes sur le site de Notre-Dame-des-Landes. La participation s’est établie à un bon niveau (51,08%), taux dépassant par exemple celui du premier tour des régionales de décembre (50,36%). La participation a été particulièrement forte à Notre-Dame-des-Landes, où 3 électeurs sur 4 se sont prononcés, et sur les autres communes proches du futur aéroport.

Sans surprise, sur ce territoire qui subira les nuisances d’un tel équipement, le «non» l’a massivement emporté, alors que le «oui» domine partout ailleurs ou presque. A Nantes ou Bouguenais (la commune partageant l’aéroport actuel avec Saint-Aignan-de-Grand-Lieu), le «oui» l’emporte mais d’une courte tête. En revanche, sur la commune de Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, les habitants ont voté à 71,7% pour le «oui». Un résultat somme toute logique. Si le non l’avait emporté et que le projet était jeté aux oubliettes, la commune de Bouguenais avait un plan B pour poursuivre son développement ce qui n’était pas le cas pour Saint-Aignan-de Grand-Lieu. «Si l’aéroport reste, la commune est vouée à disparaître» déclarait récemment dans «Le Moniteur» son maire Jean-Claude Lemasson. «La commune est couverte à 100% par la loi littoral en raison du lac de Grand-Lieu et on ne peut construire que dans le centre-bourg survolé aujourd’hui par des avions à 85 mètres de haut. Si l’aéroport reste, il était prévu, qu’à l’horizon 2025, la zone B du plan d’exposition au bruit (PEB), aille au-delà du bourg, ce qui sous-entend qu’il deviendra inconstructible. On ne sera même pas autorisé à réhabiliter les bâtiments» s’inquiétait l’élu.

Le transfert de l’aéroport actuel à Notre-Dame-des-Landes ne signifie pas pour autant la fin des vols à Nantes Atlantique car la piste sera conservée pour les besoins de l’usine Airbus voisine à raison d’environ un vol de fret par semaine (cette faible fréquence permettra tout de même de lever les contraintes du PEB). En revanche, le foncier des parkings et locaux de l’aérogare sera utilisé pour accueillir des entreprises autour de l’IRT Jules-Verne et de la filière des matériaux composites et des énergies marines renouvelables. «Ces installations sont déjà convoitées par des industriels locaux qui ont besoin de 80 hectares supplémentaires» expliquait au « Moniteur » Dominique Duclos, élu de Bouguenais en charge du dossier.

 

Des travaux pour l’automne

 

Logiquement, les résultats de cette consultation devraient permettre de débloquer le projet. Dimanche soir, le président François Hollande s’est «félicité du succès de cette consultation, comme en témoigne la participation importante» et a promis que le résultat du référendum «sera respecté».

«Le gouvernement fera appliquer le verdict des urnes. Les travaux préparatoires à la réalisation du nouvel aéroport s’engageront dès l’automne prochain, dans le plein respect des réglementations nationale et européenne», a confirmé le Premier ministre, Manuel Valls.

Plus prudent, Vinci Airport, concessionnaire de la nouvelle plateforme aéroportuaire n’a pas fait montre de triomphalisme et s’est contenté de diffuser un communiqué factuel rappelant les résultats. «Avec une participation de 51,08%, ce scrutin confirme la volonté des riverains de voir ce transfert d’infrastructure réalisé» indique ce communiqué qui rappelle que «suite à ce résultat et selon la volonté du Premier ministre, les travaux pourraient débuter à l’automne prochain».

Les élus du Syndicat mixte aéroportuaire «attendent maintenant que le gouvernement respecte sa parole et fixe sans délai le calendrier opérationnel du démarrage des travaux». Même son de cloche dans les milieux économiques. Concernant l’engagement des travaux, la CCI Nantes-Saint-Nazaire insiste sur le fait «qu’elle sera attentive au respect effectif» de l’annonce du Premier ministre.

 

Démocratie à géométrie variable

 

De fait, les opposants confirment qu’ils n’entendent pas abandonner. Rien de surprenant du côté des zadistes, mais pour le moins étonnant chez élus écologistes qui semblent ne pas vouloir reconnaître l’avis des habitants les plus concernés. Certes, les opposants dénonçaient une «pseudo-démocratie» avec un «périmètre incohérent, une question biaisée, l’inégalité de moyens, la brièveté de la campagne et des informations tronquées». Tous ces arguments auraient alors pu servir pour appeler au boycott de la consultation. Les anti-aéroports auraient pu logiquement revendiquer une (probable) abstention massive. Or, ils ont accepté le jeu démocratique et mené une campagne particulièrement active sur les réseaux sociaux et dans les médias. Pas de chance pour eux, ils ont perdu. Assez nettement en plus.

Mais, à l’image d’un débat idéologique et partisan dominé par une grande mauvaise foi dans les deux camps, l’attitude des opposants est sans ambiguïté. Dans un communiqué, le Collectif d’élu-e-s opposé-e-s au projet de Notre-Dame-des-Landes (CéDpa) estime que ce n’est pas le vote démocratique mais «la logique et l’honnêteté intellectuelle qui doivent aboutir à une remise à plat totale du projet». Après avoir appelé les habitants à voter, ces élus estiment maintenant «qu’on ne peut pas parler de démocratie à propos de ce projet qui est fondé sur des mensonges».

Parmi les opposants au projet, seul le Front national indique se plier au résultat du vote. Même si personne n’est dupe de la posture électoraliste de cette décision, le parti d’extrême droite déclare «respecter le choix des électeurs de la Loire-Atlantique». Un comble !

Pour Bruno Retailleau, président de la région Pays de la Loire et du syndicat mixte aéroportuaire, «la démocratie ne peut pas être à deux vitesses et à géométrie variable en fonction des résultats». « Il ne peut être accepté de la part d’élus des comportements contraires aux valeurs de la République» a-t-il commenté en visant directement les élus EELV.

De leur côté, les principales associations anti-aéroport vont donc poursuivre leur lutte notamment par des recours juridiques. Jusqu’alors, toutes les décisions de justice (environ 150) leur avaient été défavorables mais le CéDpa rappelle que «l’infraction enclenchée par l’Europe n’est pas réglée et ne pourra l’être à l’automne». Même chose pour «les recours sur les espèces protégées et la zone humide qui ne sont pas tranchés».

Enfin, pour remobiliser leurs troupes, les opposants au projet appellent à un rassemblement les 9 et 10 juillet à Notre-Dame-des-Landes. Visiblement persuadés de leur bon droit, ils ont décidé de nommer ce rendez-vous, les «Semailles de démocratie».

 

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