Profession

Nicolas Moreau, l’éloge de l’ombre

Mise en lumière d’un homme de l’ombre qui dirige, depuis juillet 2008, le bureau parisien de l’agence japonaise d’architecture Kuma & Associates.

Kengo Kuma, pilier de l’architecture contemporaine japonaise, est éclairé en permanence par la lumière médiatique internationale. Or « l’éloge de l’ombre » – intitulé d’un ouvrage référence de Junichiro Tanizaki – représente selon lui une « sagesse ». Visage sage, Nicolas Moreau incarne l’ombre du maître nippon en France. Du haut de ses trente ans, il dirige depuis juillet 2008 l’agence Kuma & Associates Europe à Paris (10ème arrondissement), entouré d’une dizaine de collaborateurs.

Le cadre de travail est plutôt zen; contrairement à son directeur qui, visiblement peu habitué à parler de lui, transforme rapidement en fumée le contenu de son paquet de cigarettes. Sa cousine Nathalie, plus âgée que lui, garde en mémoire l’image d’un « étudiant en architecture à la vie décalée pour cause de charrettes (…) et qui, aujourd’hui, est ancré dans la vraie vie d’une entreprise, avec des recrutements, des abonnements téléphoniques et l’Urssaf à gérer… bref, un ensemble de choses que l’on n’apprend pas à l’école ».

Costume multifonctions

Nicolas Moreau, pantalon et veston noirs sur chemise blanche, reconnaît que son costume « multifonctions » est parfois difficile à ajuster. Néanmoins, l’habit qu’il endosse volontiers est celui de « traducteur des rêves de Kuma San dans la réalité ». « Kuma San » (Monsieur Kuma) a « confiance » en « Nico San » (Monsieur Nico) pour mener à bien les projets de l’agence en France (*). Le second remercie le premier, auprès de qui il estime avoir « encore beaucoup à apprendre ». « C’est un travail d’équipe, il donne la première impulsion et nous développons librement une multitude d’options en rapport avec son langage architectural : la nature, la lumière ou encore la pixellisation, indique la voix française de Kuma. Rien que pour la plaque d’entrée de l’agence à Paris, nous avons cinq ou six possibilités. »

Avant d’arriver à la tête de l’antenne parisienne, Nicolas Moreau a commencé au pied de l’échelle à Tokyo, d’abord chez Sanaa « à éplucher le dossier du concours Louvre-Lens », puis chez Kengo Kuma « payé à l’heure pour réaliser des images 3D ». Il a été promu chef de projet lorsque l’agence Kuma & Associates a remporté coup sur coup plusieurs concours dans l’Hexagone. « A faire l’aller-retour une à deux fois par mois pour suivre les opérations, j’explosais de fatigue en vol, raconte-t-il. (…) En même temps, j’ai engrangé des ‘miles’ pour au moins deux ou trois allers-retours Paris-Nouméa… mais dont je ne profiterai probablement pas car je manque de temps libre. »

Histoire de famille

Privé de vacances depuis deux ans, Nicolas Moreau a pu faire courant novembre une escapade d’une semaine à Hong Kong – « une ville dans la jungle » selon lui – avec sa jeune épouse japonaise Hiroko, architecte elle aussi. « Notre amour est né au cours d’un premier voyage au Japon, lors d’un échange entre l’école d’architecture de Paris-Belleville et le Shibaura Institute of Technology; puis il s’est concrétisé au second voyage, parallèlement à mon mémoire de fin d’étude. » Un jour, « peut-être », ils créeront leur propre agence d’architecture.

Chez les Moreau, l’architecture est une histoire de famille : le père, Philippe, architecte urbaniste de l’Etat ; la mère, Marie-Hélène, architecte des bâtiments de France ; et le petit frère, Benoît, architecte. Ce dernier, lorsque son grand frère a voulu l’embaucher chez Kuma, a répondu : « Non, tu ne me payes pas assez cher! ». L' »ambitieux » a depuis monté son affaire. Dans cet arbre généalogique, seule la sœur aînée, Isabelle, a emprunté une autre branche. Elle enseigne à Londres la littérature française du XVIe siècle, et plus particulièrement le libertinage.

Décoration intérieure

Nicolas Moreau s’est engagé en architecture pour « quitter Bourges », sa ville natale. « C’était le chat ou moi! », plaisante cet « allergique aux bestioles ». « J’ai grandi dans une maison meublée d’objets d’époques et de styles différents, entre un buffet médiéval et des fauteuils des années 70 signés de designers italien ou finlandais dont je ne me souviens plus les noms. Aujourd’hui, mon intérieur parisien est décoré comme celui de n’importe quel mec de mon âge… avec du Ikea! »

Moins classiques en revanche, les ouvrages de littérature japonaise, que le jeune homme lit en français ou en anglais. « Le Japon, j’y ai mis le pied et maintenant je suis pris dans l’engrenage, avoue l’architecte. Si je devais avoir un deuxième métier, ce serait la gestion d’un restaurant japonais à Paris, avec de véritables fondues. Après avoir importé l’architecture japonaise en France, la cuisine! »

(*) Ces projets sont : le Fonds régional d’art contemporain (Frac) à Marseille, la Cité des arts et de la culture à Besançon, un immeuble mixte pour la Société d’économie mixte d’aménagement de Paris (Semapa) et un projet pour les champagnes Don Pérignon.

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