Profession

Nicolas Michelin, bâtisseur et débatteur

Au moment de se voir remettre une mention spéciale au prix de l’Equerre d’argent, l’architecte raconte tout ce qui le passionne en dehors de son métier : son histoire familiale, l’art contemporain… Il avoue aussi son appétit de discussions. Même, ou plutôt surtout, si elles sont houleuses.

« Michelin comme … ? » Pendant longtemps, Nicolas Michelin n’a pas aimé répondre à cette question. Mais, oui, bien Michelin comme la célèbre marque, toutefois «de la branche de la famille qui a fait autre chose », précise l’architecte parisien, avant d’embrayer sur cette histoire d’aïeux qui le « fascine » : les deux frères, André et Edouard, qui lancent leur affaire de pneumatiques en 1889 et puis les descendants d’André qui prennent une autre voie. Son grand-père, chef d’orchestre et clarinettiste. Son père, architecte et sa mère, infirmière. Né le 26 janvier 1955 à Paris, Nicolas Michelin, sixième d’une famille de neuf enfants, aurait donc suivi l’exemple paternel. « Mon père a beaucoup construit de logement social, notamment à Epinay, avec les cités d’Orgemont et Saint-Gratien.»

Musique et physique

En réalité, Nicolas Michelin a aussi hérité de son grand-père. Il aurait pu comme lui devenir clarinettiste. D’ailleurs il joue encore, à l’occasion, quand sa sœur pianiste le pousse, lors de petits concerts. Du côté de sa grand-mère paternelle, les Puiseux, des astronomes, lui est aussi venu un intérêt pour le ciel. Après son bac, Nicolas a fait des maths et de la physique pendant deux ans, dans une ambiance de grève permanente post-68. Et après «avoir tourné autour de la question », il est entré en première année d’architecture en 1974.
Nicolas Michelin résume son CV: il a travaillé en libéral dès sa sortie de l’école puis s’est associé à Finn Geipel au sein de LABFAC dans les années 90 avant de créer l’A/NM/A en 2000 avec Cyril Trétout et Michel Delplace. Des chantiers, il parle peu. Il cite la couverture des Arènes de Nîmes en 1999 ou évoque l’école nationale supérieure d’Art décoratifs réalisée en 1994 à Limoges surtout parce que «c’est Jules Michelin, le père d’André et Edouard qui l’avait créée à l’origine ».

Professeur et auteur

Nicolas Michelin raconte plutôt ses activités parallèles. « J’en ai toujours eu de liées avec l’art contemporain. » Il y a eu l’école d’art de Rueil-Malmaison où il a commencé comme professeur de dessin pour enfants pour arrondir les fins de mois avant de finir directeur d’une institution qui avait gagné en ampleur. Il y a notamment lancé un centre d’art. Il en a installé un autre à l’école d’architecture de Versailles qu’il a dirigée jusqu’en 2009. «Ce n’est que depuis l’an dernier que je ne fais que de l’architecture », remarque-t-il.
« Que » ? Ce serait compter sans ce projet d’espace d’exposition pluridisciplinaire pour lequel il cherche un lieu et faire l’impasse sur multiples passions, comme marcher en forêt, jouer de la musique ou écrire des livres. Nicolas Michelin en a publié plusieurs, beaucoup dont le titre commence avec un grand A : «Avis », « Alerte ! » et le dernier en date « Attitudes ». Il y raconte ses projets comme d’autres feraient le récit d’une aventure. «Je m’adresse d’abord à des gens qui ne sont pas architectes », explique-t-il.

Discussion et réflexion

Les mêmes sans doute qu’il aime rencontrer dans les réunions de concertation, y compris si la discussion devient houleuse. Lui qui admet avoir une réputation d’homme «austère et pas très rigolard » est en effet avide de débattre, d’expliquer les choses au grand public. « J’adore ça ! Même si le public est hostile. Plus c’est stressant, plus ça me plaît. » Dans l’entourage de l’architecte, on décrit sa « rare capacité à communiquer, mais pas dans l’excès. Il n’est ni dans l’artifice ni dans le superficiel ». Alors pour fêter ses 10 ans, l’A/NM/A s’est offert en novembre dernier quatre jours de manifestations à grands renforts de débats et d’art contemporain.
Pour Nicolas Michelin, cela relève de l’évidence : « L’architecte est à la charnière de beaucoup de problématiques. C’est bien qu’il participe à faire avancer les choses en matière sociale, technique, d’usages… et qu’il ne pense pas qu’à faire une œuvre. C’est à nous de susciter la réflexion.» Et donc aussi de se mouiller, de révéler des lenteurs ou dénoncer des abus de normes. Même si cela ne lui doit pas que des sympathies.

www.anma.fr

 

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