Energie

Nice Grid, un démonstrateur en phase de démarrage

Après deux années de préparation, le démonstrateur de quartier solaire intelligent Nice Grid entre en phase opérationnelle. ERDF va pouvoir tester l’effacement et le stockage d’énergie sur une zone urbaine pendant les deux prochaines années.

La région de Nice bénéfice d’un grand avantage avec un soleil abondant une très grande partie de l’année mais pâtit en parallèle de son statut de péninsule électrique. En effet, une seule ligne de 400 kV alimente la côte d’Azur et Nice étant en bout de ligne, la tension sur le réseau est parfois très forte. L’injection d’une quantité de plus en plus importante d’énergies renouvelables, intermittentes et décentralisées, principalement du photovoltaïque peut accentuer la fragilité du réseau. Ce sont ces conditions atypiques ainsi qu’une forte volonté politique locale qui ont incité le gestionnaire de réseau de distribution ERDF à se lancer en 2011, sur le territoire de Carros près de Nice, dans un démonstrateur de quarter solaire intelligent baptisé Nice Grid, unique au monde de par sa configuration.

 

 

Expérimentation d’un stockage de grande puissance

Sa principale spécificité par rapport aux autres démonstrateurs qui fleurissent un peu partout dans le monde, c’est l’expérimentation d’un stockage de grande puissance (1 MW pendant 30 minutes) fourni par Saft couplé à un convertisseur de puissance bidirectionnel, le MaxSineTM eStorage, fabriqué par Alstom. Après deux années de travail de conception du démonstrateur, ces deux éléments centraux du projet ont été livrés en fin d’année dernière et tester afin d’être aujourd’hui opérationnels. Visuellement, rien de bien impressionnant dans ces deux containers de semiremorque de taille identique mais techniquement, c’est du haut niveau.

Ce dispositif permet de stocker de l’électricité quand elle est produite et de la réutiliser lors des pics de consommation mais il permet aussi de pallier l’intermittence des énergies renouvelables. D’autres batteries plus petites sont ajoutées à différents endroits (dans la maille du réseau de distribution et chez les particuliers) du système ultérieurement. Le prix des batteries (1 000 ¤/kWh) reste encore un obstacle au déploiement de ces technologies même s’il s’oriente à la baisse. « Dans Nice Grid, l’objectif est de valider le modèle technique, pas le même économique », a souligné Laurent Schmitt, vice-président smart grid d’Alstom Grid lors d’une présentation, mi-février, du démonstrateur. ERDF a néanmoins prévu de réaliser en 2016 un bilan coût/bénéfice du projet. Le projet ne se résume cependant pas à du stockage d’électricité, il est beaucoup plus complexe. Il implique notamment la population locale. En effet, plus de 2 000 compteurs Linky ont été installés sur la zone pour récupérer les données. Plusieurs centaines de ménages, plus impliqués, seront même amenés à s’effacer lors des périodes de pointes tout comme des industriels. « Pour que notre action soit visible par RTE, nous devons trouver une capacité d’effacement de 3,5 MW, a expliqué Christophe Arnoult, directeur du projet Nice Grid. Actuellement, sept industriels se sont engagés à nos côtés qui représentent 2,1 MW de capacité d’effacement. »

 

Recruter une centaine de clients équipés de photovoltaïques pour participer au démonstrateur

 

Par ailleurs, la ville de Carros compte 2,5 MWc de puissance installée en solaire photovoltaïque et EDF est chargé de recruter une centaine de clients équipés de panneaux photovoltaïques pour participer au démonstrateur. Pour l’instant, seule une vingtaine a donné suite. Grâce à la plateforme logicielle de gestion du réseau d’Alstom, le NEM (Network Energy Management), ERDF pilotera cette zone depuis son poste de contrôle de Toulon. La veille, le gestionnaire d’énergie collectera les prévisions de production solaire, les prévisions de consommation et les contraintes techniques du réseau électrique de distribution, il identifiera les risques de surtensions et déterminera un programme optimal d’application des flexibilités (effacement, stockage) pour équilibrer l’offre et la demande. Les clients, particuliers et entreprises, volontaires pour s’effacer seront dotés d’équipements permettant l’effacement de certains usages électriques et seront prévenus la veille par SMS d’une situation nécessitant l’arrêt momentanée de certains de leurs équipements. Le projet testera en outre une zone dite d’îlotage disposant d’une génération photovoltaïque autonome et de moyens de stockage spécifiques. Elle pourra ainsi être déconnectée du réseau principal pendant une durée limitée.

Ce projet d’un durée de 4 ans et de 30 millions d’euros est un des six projets du programme européen Grid4UE ayant pour but d’expérimenter le potentiel des réseaux intelligents dans le domaine de l’intégration des énergies renouvelables, de l’autoconsommation des réseaux, de stockage d’énergie, de l’efficacité énergétique et des solutions d’effacement. « La réglementation française doit aussi être adaptés pour intégrer ces nouveaux réseaux afin de déterminer notamment qui est le responsable d’équilibre et comment rémunérer le stockage, ajoute Laurent Schmitt. Le retour d’expériences de Nice Grid permettra aussi d’éclairer ces aspects-là. »

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    Le communiqué de presse gagnerait à être relu par des techniciens. On apprend que c’est l’injection de renouvelables qui pourrait fragiliser le réseau ! Comme si le recours massif au chauffage électrique en France (la moitié des convecteurs européen sont en France) n’était pas le responsable essentiel, en plus de la situation de PACA Est en bout de ligne. Au passage, il serait peut-être de temps d’arrêter de parler d’intermittence des énergies renouvelables. Elle ne sont pas intermittentes mais variables et prévisibles. Le convecteur électrique lui est intermittent. Pour le prix des batteries, c’est plutôt 1000 € / kW.
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