Entreprises de BTP

«Ne cassons pas les prix, l’activité reviendra», Marie-Ange Gay-Ramos, nouvelle présidente de la FFB 33

Mots clés : Apprentissages - Enfance et famille - Etat et collectivités locales

A 39 ans, la jeune dirigeante de l’entreprise familiale Etrelec basée dans l’agglomération de Bordeaux veut faire passer le message positif : ne cassons plus les prix, au risque de fragiliser l’avenir des métiers et sa capacité de formation. Elle succède à la tête de la Fédération du bâtiment de Gironde à Bruno Garabos, élu le 23 octobre dernier président de l’UMPI-FFB.

Quel est votre parcours avant d’arriver à la tête de la FFB de Gironde ?

Marie-Ange Gay-Ramos: Après un BTS, je me suis formée dans l’entreprise familiale d’électricité Etrelec fondée par mon père en 1981 à Blanquefort (Gironde). Puis, j’ai suivi la formation de l’école supérieure des jeunes dirigeants (dont elle est sortie major en 2001, NDLR). Il y a trois ans, j’ai pris la direction générale de l’entreprise, mon père est le président. Etrelec compte actuellement 20 salariés pour un chiffre d’affaires de 1,6 million d’euros. Notre activité se répartit à égalité entre marchés publics et privés. Parmi nos réalisations récentes, la rénovation du marché des Douves à Bordeaux et une maison de retraite de PRO BTP à Gradignan.

 

Que représente la FFB 33 ?

M.-A. G.-R.: La Fédération départementale compte 715 adhérents sur 3500 entreprises ayant des salariés. Mais nous représentons 11 000 salariés sur les 26 000 salariés, soit 40% des effectifs du bâtiment. C’est un tissu très représentatif, qui va des majors aux PME et aux petites entreprises dans tous les secteurs.

 

Quelle est la conjoncture du bâtiment en Gironde ?

M.-A. G.-R.: En tant qu’entrepreneur, sur l’agglomération bordelaise, l’activité est relativement soutenue. Mais nous connaissons depuis quelques années un problème croissant de prix bas. Notre premier souci est de lutter contre la concurrence déloyale, qui provient souvent d’entreprises aux abois face à la crise et qui cassent les prix au-delà du nécessaire. C’est une grave erreur. Si les prix remontent, les entreprises se retrouveront face avec des budgets publics établis sur des références trop basses. Qui ne laissent aucune marge de manœuvre.

 

Quel est votre premier message en tant que présidente ?

M.-A. G.-R.: Le premier message s’adresse à la fois aux collectivités, maîtres d’ouvrage privés et entreprises du bâtiment: arrêtons la spirale des prix cassés ! Les prix bas ne permettent pas d’assurer la pérennité d’une entreprise ni la qualité de ses prestations. Pratiquer le juste prix est dans l’intérêt de tout le monde.

 

Vous semblez très sensible à la concurrence déloyale ?

M.-A. G.-R.: Oui, parce que tout est lié. Nous n’avons rien contre les travailleurs détachés, à partir du moment où ils sont dans la légalité, déclarés et que les entreprises paient leurs charges en France. Ce n’est pas le cas. Les 30 000 pertes d’emplois du bâtiment cette année en France en témoignent.

 

Vous parlez de spirale négative sur les prix ?

M.-A. G.-R.: D’un côté certaines entreprises qui répondent à la baisse habituent les collectivités à des prix trop bas. Un phénomène entretenu aussi par la peur des maîtres d’ouvrage qu’un recours retarde leur projet si elle ne retient pas l’entreprise moins disante. Il faut arrêter d’avoir peur, nous retrouverons de l’activité. Autre phénomène de crise, un nombre croissant d’entreprises du bâtiment ne veut plus répondre aux marchés publics. Quand on se retrouve systématiquement deuxième ou troisième alors que l’on a tiré les prix au plus juste, on ne peut plus répondre. Si on tient à l’avenir de son entreprise.

 

Quel rôle peut jouer la FFB dans ce problème des prix ?

M.-A. G.-R.: Notre rôle est pédagogique auprès de toutes les entreprises du bâtiment sur la spirale des prix cassés qui rognent la rentabilité, mettent en péril la qualité de la mise en œuvre et ne permettent plus de former des jeunes. Et puis, c’est aussi auprès des maîtres d’ouvrage que nous agissons. Avec Laurent Debord, notre secrétaire général, nous organisons des rencontres avec les maîtres d’ouvrage. On leur démontre que le prix bas n’est pas la solution, qu’il génère des problèmes de qualité, de durabilité des bâtiments. Ce que l’on croit gagner dans la construction à moindre coût, on le perd en malfaçons et en maintenance accrue. Nous préparons actuellement des conventions qui misent sur la qualité et permettent d’éviter de retenir des offres anormalement basses. Le problème c’est que le Code des marchés publics ne donne pas de définition exacte de l’offre anormalement basse.

 

Comment réagissent les maîtres d’ouvrage à ces propositions ?

M.-A. G.-R.: Avec certaines collectivités, avec les bailleurs sociaux, le plus souvent la qualité de la prestation est au rendez-vous. Mais certains maires, qui ont le pouvoir de délivrer les permis de construire, se sont fait élire sur de l’urbanisme très maîtrisé. Du coup, promoteurs, bailleurs sociaux se plaignent des règlements d’urbanisme trop contraignants qui retardent les choses. Alors que la demande est là, on observe une forte diminution de la commande publique, certes impactée par la baisse des budgets locaux. Mais certains y sont plus sensibles. Avec la région Aquitaine par exemple, la FRB prépare une convention pour lutter contre les offres anormalement basses et la concurrence déloyale.

 

Pourquoi les clauses d’insertion posent problème selon vous ?

M.-A. G.-R.: Avec les clauses d’insertion, on recrute des jeunes pas formés, peu payés et qui ne vont pas forcément rester dans le métier. C’est obligatoire et cela peut aider sur un chantier. Mais à condition d’y intégrer également des apprentis. Sinon les clauses pourraient contribuer à l’effondrement qu’on observe actuellement sur l’apprentissage.

 

Votre message se veut néanmoins positif pour l’avenir…

M.-A. G.-R.: Et oui, si à 39 ans, je ne pensais pas à un avenir positif, quand le ferai-je ? Plus sérieusement, notre région et notre département bénéficient de nombreux atouts. Le conseil départemental de la Gironde, par exemple, est sensible à nos arguments, d’emplois de proximité et de formation. Il a pris l’initiative de privilégier les PME dans la commande publique. C’est très positif. Nous entrons en discussion avec l’établissement public Euratlantique, dont le périmètre constitue la plus grosse opération d’aménagement du sud de la France et pour 20 ans ! Il faut que les entreprises girondines s’y intéressent, que les PME s’y qualifient. L’appel d’offres sur les immeubles bois lancé par Euratlantique a mobilisé pas mal d’architectes et d’entreprises nationales mais aussi locales. Sur les grandes opérations, il faut que nous soyons présents, parce qu’il y a également des chantiers qui peuvent être réalisés par des entreprises locales. Quand cela est possible, il faut le privilégier. C’est notre message.

 

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