Environnement

Murs maraîchers et toits fruitiers : les immeubles se muent en exploitations agricoles

Mots clés :

Architecture

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Monde du Travail

Les toits de Brooklyn produisent déjà plusieurs centaines de tonnes de fruits et légumes frais chaque année. L’agence d’architecture Spark propose d’aller plus loin avec un concept d’immeuble maraîcher, dont l’entretien et les récoltes offriraient un emploi agricole à plus de 100 de ses occupants.

200 m² sur le Centre Robert Doisneau dans le 18ème arrondissement, 600 m² sur l’Hotel Pullman du 15ème arrondissement, tomates, poireaux et salades poussent au-dessus de la tête des Parisiens sans que ces derniers ne s’en aperçoivent. Le maître d’œuvre de ces potagers urbains est l’entreprise Topager. Comme son nom l’indique, elle propose aux maîtres d’ouvrage d’implanter un toit de légumes couvert par une garantie décennale.

Encore anecdotique aujourd’hui, la production de légumes et fruits sur les immeubles pourrait bien, demain, se retrouver dans les supermarchés parisiens.

 

Du toit à l’assiette

 

Outre-Atlantique, de tels projets ambitieux ont déjà vu le jour. Pionnier de l’agriculture en toiture, les Fermes Lufa ont installé 3 000 m² de serres sur un immeuble de briques montréalais en 2010. 70 tonnes de légumes et de fruits sont produits sur ce toit chaque année. Leur nouvelle installation de 4000 m²  au sommet d’un immeuble tertiaire de Laval délivre annuellement 120 tonnes de produits frais.

En été, les cultures permettent de limiter la surchauffe du bâtiment et, en hiver, les calories de l’air vicié évacué du bâtiment servent à chauffer les serres. La culture en toiture se fait en symbiose avec l’occupation de l’immeuble.

« Nous démontrons que les grandes fermes sur les toits urbains et péri-urbains sont une manière commercialement viable de nourrir les villes », explique Mohamed Hage. Pour  le fondateur des Fermes Lufa, il suffirait de couvrir de serres les centres commerciaux de Montréal pour produire de quoi alimenter en fruits et légumes les 1,7 millions d’habitants de la ville.

Les Québécois ne sont pas les seuls à manger quotidiennement des légumes produits sur leurs toits. Les deux serres implantées sur le toit de deux immeubles de Brooklyn– plus de 3000 m² de surface agricoles au cœur de New-York – permettent de produire, chaque année, d’après « Gotham greens », concepteur de ces toits agricoles, 300 tonnes de légumes frais.

 

 

« Nous sommes des paysans qui vivent en appartement. Nous voyons des champs là ou d’autres ne voient que des toits ». Le slogan de la compagnie new yorkaise, les Fermes Lufa, semble annoncer la mutation de l’enveloppe des immeubles en surface agricole et l’émergence de vocation paysannes au cœur des mégalopoles. 

 

Des murs potagers pour occuper les singapouriens âgés

 

Avec son concept baptisé « Home Farm », l’agence d’architecture Spark souhaite aller plus loin en proposant un bâtiment qui soit à la fois une réponse à la problématique de la sécurité alimentaire des mégalopoles et au vieillissement de la population. Entièrement recouverte de légumes et de fruits, la « Home Farm » permet à ses occupants âgés de profiter de leur retraite pour devenir des agriculteurs urbains.

Proposé pour Singapour, cité-Etat d’Asie du Sud Est où 90% de la nourriture est importée, l’immeuble dessiné par les architectes de Spark dispose de toitures maraîchères et ses façades accueillent des linéaires de culture hydroponique, où la terre est remplacée par un substrat. Alimentés avec une solution contenant les nutriments nécessaires à la croissance des végétaux, ces tubes, disposés tout le long du bâtiment, permettent de faire de l’immeuble une véritable exploitation agricole intensive. Les terrasses, qui longent chaque étage, assurent un accès pour l’entretien et les récoltes.

Ces 7500 m² d’enveloppe hydroponique permettraient de produire près de 30 tonnes de légumes par mois et d’offrir un emploi à temps partiel à près de 200 personnes. Et les 5800 m2 de maraîchers plantés en terre  au rez-de-chaussée occuperaient plus de 100 personnes à temps partiel et  fourniraient une récolte  mensuelle de plus de six tonnes.

 

 

Conçu pour Singapour, où le gouvernement souhaite réduire la dépendance alimentaire, la « Home Farm » est présentée par ses concepteurs comme une solution pour toutes les grandes villes.

 

Paris sous les fraises

 

A Paris, la municipalité souhaite également faire figurer la ville lumière dans le peloton de tête des capitales potagères. Elle a lancé l’appel à projets « végétalisations innovantes » et retenu, en mai dernier, le projet de cultures sur immeubles proposé par l’Association française de culture hors sol. Cette dernière prévoit d’implanter 1 000m² d’un système modulaire de membranes de végétalisation verticale, confectionnées à partir de déchets et alimentées par des engrais biologiques,  sur les murs et la toiture d’un immeuble de logements sociaux de la Société immobilière d’économie mixte de la Ville de Paris, dans le XXème arrondissement. Peut-être que bientôt sur les étals des marchés parisiens, nous  trouverons des « fraises d’HLM du XXème », des « haricots de la Défense » ou encore des « asperges de la Tour Montparnasse » … 

 

 

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    Murs maraîchers et toits fruitiers

    Des légumes et des fruits en ville, c’est formidable ! Mais quid de leur qualité nutritionnelle éventuellement liée à la pollution actuelle de l’air des villes ? Des études faites en Allemagne, je crois, sur les légumes de potagers urbains, ne sont pas très encourageantes. D. Bon
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