Environnement

Montée des mers : le littoral français sur la voie de l’adaptation

Mots clés : Aménagement du littoral

La traduction du changement climatique dans les politiques d’aménagement du littoral français a franchi une étape ce 25 mars, avec la restitution du rapport intitulé « Changement climatique et niveau de la mer : de la planète aux côtes françaises ».

« Un mètre d’élévation du niveau de la mer suppose un rehaussement deux à trois fois plus important des infrastructures côtières, si l’on veut conserver le même niveau de service ». Co-auteur du volume 5 du rapport sur « le climat de la France au XXIe siècle » et représentant le bureau recherche géologique et minière (BRGM), Gonéri Le Cozannet a conclu sur ces chiffres son intervention du 25 mars au ministère de l’Ecologie, lors de la conférence de restitution du document de 68 pages, consacré au niveau de la mer sur les côtes françaises.

 

La montée des eaux s’accélère

 

Certes, l’échéance reste incertaine, pour la période 2081–2100 : 26 à 55 cm dans le scénario le plus volontariste, 45 à 82 cm en cas de poursuite des tendances actuelles. « Et le recul du trait de côte ne commence réellement qu’au-delà d’1 mètre », précise Gonéri Le Cozannet. Mais l’aggravation du phénomène ne fait guère de doute : « Oui, je pense qu’on peut parler d’une accélération, car d’un côté, l’augmentation de la température océanique marque une pause depuis 10 ans, mais de l’autre, la fonte des glaces s’accélère », déclare Anny Cazenave, autre co-auteur du rapport, représentante du Centre national d’étude spatiale (Cnes).

 

Les bas-normands se mobilisent

 

La prise de conscience nationale, orchestrée par les cinq rapports sur « Le climat de la France au XXIe siècle », trouve désormais son prolongement dans les collectivités les plus directement concernées : « La mise en place d’un cadre de gestion durable de la bande côtière a réuni l’unanimité du conseil régional en octobre 2012 », se félicite Muriel Jozeau-Marigné, conseillère régionale de Basse-Normandie déléguée au littoral, soit 470 km de côtes entre le Mont-Saint-Michel et la Baie de Somme. « L’idée d’une gestion durable se substitue à celle de la défense contre la mer », résume Muriel Jozeau-Marigné.

 

Gouffre financier

 

D’une expression à l’autre, se cache un gouffre financier infranchissable : « Entre les 15 000 habitations et les 2 000 kilomètres de routes côtières, une délocalisation coûterait 15 milliards d’euros », annonce l’élue. L’irréalisme d’une telle dépense pousse les territoires à imaginer des politiques d’adaptation, stimulées par un appel à projets lancé en octobre dernier : « Dans chacune des cellule hydrosédimentaire qui structure notre littoral, les collectivités concernées ont répondu », se réjouit Muriel Jozeau-Marigné. Et de conclure : « On peut imaginer que des terrains aujourd’hui voués à la culture maraîchère se reconvertissent en prés salés, et transformer ainsi un défi en opportunité ».

 

2016-2020 : entrée dans le dur

 

L’idée d’anticiper les changements climatiques se trouve au centre d’un premier plan quinquennal d’adaptation qui arrive à échéance fin 2015, et qui a encadré la publication des cinq rapports sur le climat de la France au XXIe siècle. « L’évaluation démarrera dans les prochains jours, en vue d’une présentation au conseil national de la transition écologique », annonce Nicolas Beriot, secrétaire général de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), qui a animé la conception et suivi la mise en œuvre du plan. Sans préjuger des orientations à venir pour la période 2016-2020, il laisse imaginer une « entrée dans le dur », avec des volets réglementaire et financier ainsi qu’une priorisation et des actions pilotes.

 

Elite scientifique mondiale

 

L’effervescence croissante autour de la conférence mondiale sur le climat, qui se déroulera fin décembre à Paris, a inspiré les commentaires de Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, à l’issue de la restitution du rapport : « Vos travaux donnent à voir la réactivité de la communauté scientifique que vous représentez, dans la perspective d’une mise en commun internationale. L’élite scientifique du climat, bien présente en France, contribue à la crédibilité du pays, pour accueillir la conférence de Paris », s’est réjoui la ministre. Des littoraux au réchauffement global, Ségolène Royal n’a pas manqué de rappeler les plus récentes déclinaisons de sa politique : installation, en janvier, du Comité national du trait de côte ; envoi, la semaine dernière au secrétaire général de l’ONU des propositions de l’Union européenne sur le chemin de l’adaptation au changement climatique et à l’atténuation de ses effets.

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  • - Le

    Dormez braves gens, on veille pour vous ...

    15 000 habitations me semble bien peu! Je ne doute pas que des spécialistes se soient penchés sur les comptes, quoi que … 15 milliards, oui c’est beaucoup, mais comme sous-entendu dans le 1er commentaire, c’est probablement bien en dessous des besoins et coûts finaux réels. E même si c’était vrai, quel mépris de ne ramener tout ça qu’à des réalités (supposées?) économiques! Quid de la biodiversité, de la détresse des populations locales concernées, des peuples beaucoup plus concernés que nous (bangladais, indiens, indonésiens, …) Comment ne pas comprendre que corriger ne suffira pas, le laisser croire c’est continuer l’incitation à la gabegie des ressources et, pire encore, à la perpétration des crimes de pollution généralisée. « Il n’existe que 2 choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… Mais pour l’univers je n’ai pas de certitude absolue » dixit Albert EINSTEIN
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  • - Le

    Ca nous a déjà couté le double

    Selon le cabinet Ubyrisk Consultants, spécialisé dans l’étude des risques naturel, les catastrophes naturelles ont couté 30 Milliards € la France depuis 2001. Par ailleurs, en tendance, la hausse s’accélère à 120 millions/an. Quelle facture d’ici 2080 ? Finalement 15 milliards ce n’est pas si exorbitant que ça !!
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