Profession

« Monochrome d’un artiste inconnu », chronique par Barbara Kiraly

Mots clés : Manifestations culturelles

L’opération « 1 immeuble, 1 œuvre » se propose de faire entrer par la grande porte l’art dans les bâtiments de logements. Une initiative qui laisse dubitative la chef du service « Immobilier » au « Moniteur » qui préfèrerait que l’innovation réside davantage dans la taille des appartements…

« La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale », disait Françoise Sagan. Investisseurs et accédants à la propriété pourront bientôt compter sur les promoteurs immobiliers pour les approvisionner en art et briller en société… s’ils acquièrent un logement chez l’un des treize professionnels engagés dans l’opération « 1 immeuble, 1 œuvre » du ministère de la Culture. Pour chaque bâtiment livré, les signataires commanderont une œuvre à un artiste et l’installeront au sein de l’opération. Objectif : proposer des « moments de respirations culturelles à l’heure où la vie en ville peut être compliquée », estime la présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers.

L’art pour souffler après une journée stressante ? On s’y verrait presque dans son logement neuf. Ou plus exactement, dans son hall d’entrée. A contempler le monochrome d’un artiste inconnu. Durant ces moments de grâce, les parties communes se transformeraient en sas de décompression. Bon, ensuite il faudra rentrer chez soi. Dans le trois pièces de 60 m² situé au-dessus de l’œuvre d’art, à nouveau le bruit. Car les enfants jouent dans le salon – et pas dans leur chambre… trop petite ! S’isoler ? Impossible dans la cuisine, elle est ouverte sur le salon-salle à manger. Reste la salle de bain, les toilettes ou la chambre à coucher. Bonjour tristesse ! Pas de possibilité non plus d’accrocher une œuvre d’art à ses murs : il n’y a pas le recul nécessaire. Et si la véritable innovation sociale consistait à proposer des logements plus grands ? Les inconditionnels de tartines se détendraient comme bon leur semble et pourraient étaler leur confiture – heu, pardon ! leur culture – tout à leur aise.

Chronique « Coup de griffe » publiée dans « Le Moniteur » n°5856, daté du 19 février 2016, page 27.

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