Entreprises de BTP

Moi, Olivier Loiseau, artisan abattu mais pas résigné, j’en appelle au président de la République

Mots clés : Artisanat - Droit du travail - Gouvernement

Contraint de démarrer l’année par des licenciements, Olivier Loiseau témoigne de ses difficultés au quotidien dans une lettre ouverte au président de la République.

Olivier Loiseau est un patron « normal ». A la tête d’une entreprise familiale créée en Vendée, en 1910, ce menuisier-charpentier fait partie de ces dirigeants dont le bâtiment peut s’enorgueillir. Des crises, l’entreprise en a connu. En 1985, elle a frôlé le dépôt de bilan, mais elle a rebondi sur le marché du particulier, puis sur celui, prometteur, de la maison bois.

Pourtant, l’avenir est à nouveau menacé. Après avoir tenté l’impossible pour faire survivre sa société, Olivier Loiseau a ­couché sur le papier ce qu’il avait sur le cœur. Il s’en dégage un texte brut et émouvant. La missive a été envoyée aux responsables politiques et économiques locaux. Depuis… plus rien.

Contacté par « Le ­Moniteur », Olivier Loiseau partage désormais son courrier avec le plus grand nombre, sous la forme d’une lettre ouverte au président de la République, ­François Hollande. Formulons le vœu que cet appel, que nous ferons parvenir à l’Elysée, soit pris en considération et qu’il aide nos dirigeants à mieux comprendre les entrepreneurs du BTP.

Cliquez sur la loupe en haut à droite pour agrandir.

 

Ci-desous, l’intégralité de la lettre :

 

Monsieur le Président,


Avant qu’elle ne disparaisse, je tiens à partager avec vous un petit bout de l’histoire de notre entreprise familiale Loiseau menuiserie-charpente. Une histoire dans laquelle se reconnaîtront sans doute beaucoup de PME dubâtiment…

Créée par mon grand-père Auguste Loiseau, il y a plus d’un siècle, notre société de menuiserie artisanale a connu des hauts et des bas au fil des décennies, et elle a toujours su aller de l’avant. Mais aujourd’hui, il n’est plus possible d’envisager l’avenir sereinement.

En raison de l’effondrement des marchés de la construction, le début d’année 2015 a été marqué par le licenciement de 4 personnes sur un effectif de 37 salariés, et il faudrait à présent supprimer 5 emplois supplémentaires. Je ne peux m’y résigner. Mon personnel compte également 9 apprentis. Dans cette situation, je sais que je ne pourrai pas les accompagner jusqu’à leur examen. Pour moi, c’est un véritable déchirement.

Je pense pourtant n’avoir pas démérité. Dès 1980, j’ai proposé aux salariés le congé de parternité d’une semaine pour permettre au jeune papa d’être avec sa famille à l’arrivée du bébé. Dès 1996, j’ai mis en place les 35 heures, avant que la loi nous y oblige. En 2000, j’ai été lauréat d’un concours national sur la gestion des déchets, le tri et le recyclage. Là encore, bien avant les objectifs et les obligations du Grenelle de l’environnement. En 2010, nous avons obtenu le label ECO Artisan.

Avec six entreprises des Pays de la Loire spécialisées dans la charpente et l’ossature bois, j’ai également participé à la création du groupement Axe 303, une structure qui nous a permis de soumissionner aux appels d’offres d’envergure, auxquels nous ne pouvions pas répondre seuls.


Aujourd’hui, Monsieur le Président, je m’interroge sur le sens des efforts que j’ai pu consentir tout au long de ma vie professionnelle. Comme la plupart de mes collègues, je subis la crise de plein fouet et les pouvoirs publics ne me sont d’aucun secours. Les annonces faites par le gouvernement (simplification, mesures fiscales, réduction des charges) tardent à se concrétiser et de nouvelles menaces se profilent, comme la réglementation sur la pénibilité…


Ceux qui font les lois n’ont-ils aucune connaissance des réalités ? Savent-ils combien il est difficile d’appliquer un texte mal conçu ? Et que dire des dépenses colossales engendrées par des lois inefficaces ?

Je vous donne mon point de vue de simple artisan charpentier et menuisier. Je n’ai aucune compétence politique, mais depuis trente-quatre ans, je suis devenu un « expert » de la survie au milieu d’avalanches administratives. On nous demande sans cesse des garanties, des assurances, des tonnes de qualifications, des certifications… Et tout ça pour se retrouver en appel d’offres face à des sociétés dont l’origine et les pratiques sociales faussent la concurrence, en leur permettant de proposer des prix toujours plus tirés vers le bas.

Comme tant d’autres, je suis aujourd’hui au bord du gouffre. Personnellement, je n’ai aucune garantie de l’emploi, je n’ai pas droit au chômage… Mais soyez persuadé, Monsieur le Président, que je vais tout faire pour sauver l’entreprise qui nourrit ma famille, celles de mes deux associés et de tous mes compagnons. Mon seul patrimoine, c’est ma maison. Il y a deux ans, je me suis déjà porté caution à titre personnel pour préserver la société. Avec un salaire mensuel de 2 500 euros/net, je ne dispose d’aucun capital pour faire face à la situation. Tout mon personnel connaît ma situation. Chez nous, la transparence a toujours été de rigueur. D’où cette lettre que je me permets de vous adresser. Si faire de la politique, c’est agir, alors je veux bien participer au redressement de notre économie, mais avec des gens de terrain et sur les vrais sujets qui concernent le monde de l’entreprise. Je suis prêt à en parler avec vous.

Un artisan abattu mais pas résigné,

 

Olivier Loiseau

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    Un autre temps.

    Apres l’émotion que suscite la lecture de cette lettre, arrive un premier constat aujourd’hui les modèles inculqués de progrès, de respect des hommes, des règles, ne sont malheureusement plus d’actualité. Olivier vous eussiez certainement mieux fait de réfléchir a faire croître votre capital, comme toutes nos élites savent le faire, plutôt que d’œuvrer pour l’amélioration du collectif. Mais peut on se refaire lorsque l’honnêteté vous possède. Aussi je vous prie de recevoir Monsieur Loiseau, mes remerciements et encouragements pour toutes vos actions. cordialement
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