Logement

Migrants : l’Etat financera le camp de Grande-Synthe

Mots clés : Etat et collectivités locales - Risque sanitaire

Damien Carême, le maire de Grande-Synthe, qui avait pris la responsabilité de construire avec Médecins sans frontières (MSF) un camp pour 1 500 migrants, est en train de rallier les plus sceptiques à sa cause.

Comme quoi lorsqu’on a des convictions il ne faut jamais lâcher. C’est le principal mérite de Damien Carême, le maire de Grande-Synthe (communauté urbaine de Dunkerque), qui, face à la vague migratoire qui a déferlé sur sa commune, et par-delà les obstacles technocratiques, a fait ce qu’il « estimai(t) devoir faire ». Car, depuis le 7 mars dernier, date du transfert des 1 500 Kurdes irakiens du camp sauvage du Basroch vers celui de la Linière, mis en place en un temps record par la municipalité grand-synthoise et MSF, le vent a tourné en faveur de la désobéissance. Il y a un mois, une commission de sécurité avait pourtant bien failli faire capoter le déménagement en cours en dépit du fait que le camp de la Linière répond aux normes de l’ONU. Ayant relevé 14 points de défaillance, les contrôleurs émettaient, en effet, un avis défavorable à l’ouverture d’un établissement recevant du public (ERP) au profit des migrants. Mais Damien Carême, qui redoutait par-dessus tout se retrouver avec deux camps sur les bras, avait tenu bon, le préfet n’allant pas, de son côté, jusqu’à tout stopper.

Un mois après jour pour jour, le même préfet ressortait tout sourire, jeudi 7 avril, d’une nouvelle visite du camp de la Linière en compagnie des deux sénateurs du Nord Gaëtan Gorce et Jacques Legendre. Le matin, une réunion de travail s’était tenue en préfecture en présence du procureur de la République et de représentants des forces de l’ordre, du Grand port maritime de Dunkerque (GPMD), de la CUD, de la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) et de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), afin de mettre en place un comité de pilotage du camp, selon le souhait du ministre de l’Intérieur.

 

Rencontre Cazeneuve – Carême


La semaine précédente, Bernard Cazeneuve avait reçu, dans la plus grande discrétion, Damien Carême place Beauvau, lui faisant part de l’arbitrage favorable du Premier ministre à une prise en charge du coût de fonctionnement du camp de la Linière et demandant dès lors au maire de Grande-Synthe d’établir un chiffrage très précis. Le ministre de l’Intérieur avait également invité Damien Carême à poursuivre les travaux de mise en sécurité du camp. « Le dossier de financement sera prêt la semaine prochaine, précise l’élu. Et la mise en sécurité du camp sera effective dans quelques jours, le temps de faire tester des mesures compensatoires.» Deux points seulement restent à solutionner sur les 14 relevés par la commission de sécurité. Celle-ci réclamait une distance minimale de 5 m entre deux cabanons pour éviter la propagation du feu en cas d’incendie. Puisqu’il n’est pas question de tout démonter, du Placoplatre BA 13 recouvert d’une peinture ignifugée devrait être posé sur les cloisons « communicantes ». Quant à la palissade qui doit être mise en place pour protéger le camp de l’autoroute qui le borde, elle fait actuellement l’objet de recherches au sein d’un bureau d’études, notamment en ce qui concerne la question de la prise au vent

Pendant ce temps, la vie s’organise petit à petit au sein du camp, où des bénévoles viennent chaque jour faire l’école aux enfants. En concert jeudi soir à Grande-Synthe, la chanteuse Yaël Naim a tenu à visiter la Linière. Le trompettiste Ibrahim Maalouf a pour sa part invité 30 migrants à son spectacle et même convié un musicien du camp à se produire sur scène avec lui ! Damien Carême a tout simplement donné le mode d’emploi pour accueillir dignement des migrants, dont l’afflux ne fait sans doute que débuter, nonobstant les accords passés avec la Turquie. L’Etat peut s’en féliciter. Dans les couloirs de la République, il se murmure d’ailleurs que Calais, jusqu’à présent plus préoccupée par l’ouverture d’un parc d’attractions, voudrait désormais un camp identique. Le vrai « Héroïc land », c’est certain, est à Grande-Synthe !

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