Marchés privés

«Mieux armer les architectes pour répondre aux spécificités de la commande privée», Jean-François Authier, architecte

Mots clés : Architecte

En 2014, l’Ordre des architectes d’Ile-de-France a mis en place le Laboratoire des marchés privés. Animé par Jean-François Authier, entouré de Marine De La Guerrande et de Benjamin Colboc, élus de l’Ordre régional, il vise un double objectif : comprendre les attentes et les spécificités de la commande privée et formuler des propositions pour permettre aux architectes de mieux y répondre.

Pourquoi avoir créé le Laboratoire des marchés privés ?

Jean-François Authier: La commande privée est de plus en plus présente en Ile-de-France. Non seulement les budgets publics baissent mais la commande évolue. La ville qui, depuis les années 1980, s’est fabriquée avec la commande publique, se construit aujourd’hui beaucoup en partenariat avec le privé. Or, cette commande privée est plus complexe à comprendre. Elle ne se résume pas à un simple rapport entre donneur d’ordre et exécutant. Elle est plus diffuse, politique et économique. La création du Laboratoire des marchés privés est née de ce constat. Le travail d’échanges mené avec nos confrères et la maîtrise d’ouvrage vise à mieux cerner les spécificités de la sphère privée et à réfléchir à la manière dont les architectes peuvent adapter, développer leur panel de compétences et leur savoir-faire pour y répondre. Beaucoup de confrères se demandent comment ils peuvent réinventer leur métier, se diversifier. La commande privée peut constituer une réponse.

 

Qu’est-ce qui différencie fondamentalement la commande privée de la commande publique ?

J.-F.A.: La grande différence tient principalement au fait que dans le privé, l’architecte est un peu acteur de sa propre commande. Comme le cahier des charges, contrairement au secteur public, n’est pas gravé dans le marbre, il se retrouve dans une logique d’évolutivité, d’interactivité et de partage. Sa valeur ajoutée participe aussi à la définition des besoins.

 

Souvent, sur un même projet, les promoteurs font appel à un architecte de conception et à un architecte d’exécution. Pourquoi ?

J.-F.A.: L’ADN de la commande privée, c’est la sécurisation du modèle économique de l’opération. Le maître d’ouvrage privé considère qu’il prend moins de risque en isolant les métiers. Aller chercher des expertises le rassure. En réalité, les compétences des architectes leur permettent d’être fiables dans le suivi de chantiers. Ces missions, aujourd’hui trop souvent confiées à l’ingénierie ou peu suivies par les architectes, sont à «reconquérir» par notre profession. On le voit bien, tous les architectes qui ont renforcé leurs compétences techniques, de suivi de chantier, se voient valorisés au regard des marchés privés. Les agences qui ont compris cela peuvent ainsi prétendre à être des acteurs de la conception comme de l’exécution du projet.

 

Comment avez-vous travaillé ?

J.-F.A.: Pendant neuf mois, nous avons rencontré tous les partenaires des architectes dans l’acte de construire: les bureaux d’ingénierie, les AMO, les consultants, des experts dans des domaines spécifiques (environnement, etc.). Nous les avons interrogés sur leur perception de l’évolution de la commande et sur leur stratégie pour y répondre. Ensuite nous avons demandé à une quarantaine de confrères de réagir à ce premier état des lieux et de nous donner leur vision des bonnes pratiques. Il s’agissait soit d’architectes ayant une bonne culture du marché privé, soit d’architectes faisant à la fois du marché public et du marché privé. C’est toute cette démarche que nous restituerons le 15 avril. Nous souhaitons que cette soirée soit l’occasion d’un échange le plus ouvert possible avec les architectes et qu’elle permette également au laboratoire d’enrichir et de poursuivre ses travaux, toujours dans l’optique de parvenir à des propositions utiles et partagées par la profession ainsi que par les donneurs d’ordre privé.

 

Quelle est votre feuille de route pour les mois qui viennent ?

J.-F.A.: La seconde étape, qui a déjà débuté, consiste à rencontrer les maîtres d’ouvrage et donneurs d’ordre privés pour recueillir leurs attentes et mieux leur faire connaître l’étendue de nos compétences. L’objectif est de pouvoir, à terme, mettre en place une formation permettant à nos confrères de mieux comprendre les spécificités de la commande privée. Il s’agit aussi, à travers un certain nombre de propositions, de mieux les armer pour répondre aux exigences de cette commande privée. Ces propositions, en direction à la fois de nos confrères et des donneurs d’ordre, seront relayées au niveau national. Le laboratoire envisage de les rassembler dans un document de synthèse.

L’ambition du Laboratoire des marchés privés est de valoriser nos métiers ainsi que les compétences de l’architecte dans l’acte de construire. Et avec les marchés privés, il y a un formidable challenge à relever.

 

En savoir plus

Première soirée de restitution du «Laboratoire des marchés privés» de l’Ordre des architectes d’Ile-de-France, mercredi 15 avril à partir de 18h45 à la Maison de l’Architecture, 148 rue du Faubourg Saint-Martin (Xe).

Plus d’informations sur le site du Croaif.

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
Le Moniteur Boutique
Accéder à la boutique
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X