Construction Numérique

Marseille : la rocade L2 existe déjà en BIM

Mots clés : Architecture - Entreprise du BTP - Réseau routier

A la différence du secteur du bâtiment, il n’existe pas à ce jour de formats neutres et de standards prêts à être utilisés pour les infrastructures. Sans attendre leur développement,  le pari du BIM pour ces ouvrages consiste à extrapoler à partir des architectures logicielles existantes les processus décrits dans d’autres industries. Un pari engagé par les équipes de Bouygues et d’Egis sur le projet de la rocade L2 de Marseille.

Dans le cadre d’un partenariat public privé (PPP), l’état a attribué en octobre 2013 au groupe Bouygues Construction et à ses partenaires, le contrat pour la réalisation de la conception, de la construction et de la maintenance pendant 30 ans de l’autoroute urbaine – dite Rocade L2 – à Marseille. L’exploitation restera sous la responsabilité des services de l’état. Cette infrastructure longue de 10,9 km, répond à des exigences de voies rapides urbaines. La moitié du tracé coté est, consiste à achever les travaux commencés il y a plus d’une dizaine d’années, notamment la mise aux normes des ouvrages de génie civil existants ou partiellement réalisés. La partie nord du projet est à construire entièrement. Le tracé complet, qui comprend de nombreuses tranchées couvertes à réaménager ou à créer, doit évidemment se connecter aux voiries existantes, s’adapter aux contraintes hydrauliques et garantir un haut niveau de sécurité.

Le premier enjeu de ce projet est d’établir un lien de confiance entre ces équipes sur l’avancement du projet et sur leurs préoccupations réciproques.  « Nous avons donc créé un espace de partage en temps réel des données en cours de conception, véritable système d’information sur la progression de la conception du projet », indiquent Christophe Castaing, directeur du projet BIM by Egis, et Pierre Benning, directeur informatique chez Bouygues TP en charge de l’implémentation du BIM sur le projet.

Il faut ensuite déterminer l’usage et des objectifs communs : autrement dit, ce système d’information doit s’inscrire dans la réalisation de taches précises, prévues dans le contrat, et permettre des gains. Ainsi le partage des informations, au titre de la coordination, avant la validation définitive de la conception, est mis au service des équipes en charge des phases de réalisation. Celles-ci peuvent anticiper la phase suivante, apporter très en amont leurs besoins et leur expertise, ainsi que leurs remarques sur les éléments conçus par les partenaires. «  A des phases cruciales du projet nous avons proposé la réalisation de livrables innovants. En l’occurrence, une maquette numérique en remplacement de livrables papiers, ce qui engendre des possibilités nouvelles de concertation avec les autorités de tutelle, telle que la Direction des Routes », souligne Christophe Castaing.

 

Vérifier la faisabilité des règles de fonctionnement de l’espace partagé

 

« La mise au point d’un tel système d’information dans le cadre d’un projet en cours de réalisation, nous a obligé à déployer une architecture informatique fiable basée sur des outils traditionnels du marché, tout en établissant une méthodologie et des principes propres au BIM, explique Pierre Benning. On vient donc substituer à la logique des plans, organisés par calques, une organisation d’objets structurés par familles dans leur espace réel. » Une telle structuration permet, d’une part, de définir le contenu des informations attendues en vue de créer les scénarios de détection de collisions ou de conformité et, d’autre part, d’initier des workflows (authentification des auteurs, niveau de développement, échéance de livraison des données 3D…) qui s’imposent dans le fonctionnement quotidien.  Ainsi, la revue de maquette par les bureaux d’études permet de vérifier le contenu de la maquette numérique et la cohérence des données, puis autorise la revue de projet par la direction de projet, qui valide alors les choix de la conception en conformité avec le contrat indique Simon Bonne, directeur technique DTP Terrassement. Le projet a permis de vérifier la faisabilité des règles de fonctionnement de l’espace partagé (1). Il a aussi permis de préciser les besoins d’évolution de ces règles pour les infrastructures.

 

Le BIM comme outil de contrôle de la cohérence des données

 

La priorité a été mise sur un outil dédié à l’ingénierie concourante, collaborative et partagée : cela nécessite une organisation qui fait vivre une maquette numérique, mise à jour immédiatement, au fil de l’eau de la conception. Car ce n’est pas l’étape de validation qui détermine la  production de la maquette numérique, mais, au contraire, c’est le niveau de maturité synthétisé par la maquette qui participe à la décision de produire les livrables traditionnels (plans, listes,…)  décrits dans le contrat. Le système d’information dont fait partie la maquette numérique est devenu un outil de contrôle de la cohérence des données (existantes et en cours de conception) véritablement opérationnel, valorisant des gains immédiats pour tous les acteurs du contrat.

Ce projet sera  présenté lors du BIM’s Day, organisé par Mediaconstruct le mercredi 18 juin, à Paris autour de cas concrets d’usages de maquette numérique du bâtiment.

 

 

Focus

BIM Infrastructure : une initiative de travail collaboratif

Le groupe Bouygues et ses partenaires se sont associés au groupe Egis pour son expertise en termes d’ingénierie et de maintenance des ouvrages. L’acquis des projets de recherche sur le BIM pour les infrastructures (COMMUNIC[1] puis MINnD[2]) – auxquels ces groupes ont participé – a été décisif : avoir la connaissance et la compréhension des expériences existantes dans d’autres secteurs, tant en s’appuyant sur l’expérience accumulée sur des projets d’infrastructures antérieurs (la nouvelle route du Littoral à la Réunion, le 3° Pont d’Abidjan ou d’autres), autorise à être ambitieux et opérationnels, à expérimenter tout en garantissant la fiabilité exigé par le contrat. L’objectif de cette association autour de la L2 est d’accompagner les processus de conception et de construction avec de nouvelles utilisations des outils logiciels et de nouveaux processus de décision, dans un réel environnement de travail collaboratif.



[1] COMMUNIC : www.communic.fr, projet de recherche ANR (2006-2010)

[2] MINnD : www.minnd.fr , Projet National du MEDDE, démarré en mars 2014, labellisé Advancity.

(1) Ces règles s’appuient sur le guide mis au point au Royaume Uni avec la norme BS1192 pour le bâtiment.

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