Entreprises de BTP

Macron/Le Pen : programme contre programme

Mots clés : Elections - Travaux publics

Le Moniteur a interrogé durant la campagne électorale, les candidats à l’élection présidentielle sur leurs propositions pour le secteur du bâtiment et des travaux publics. Voici désormais face à face, celles des deux finalistes.

Logements neufs

Marine Le Pen : « Afin de ne pas casser le semblant de reprise (largement due à la baisse fugace des taux d’intérêt permise par la politique monétaire accommodante de la BCE), il faut pérenniser les dispositifs d’investissement mis en place.
La défiscalisation « Pinel », même si elle représente un coût de 360 millions d’euros en termes de recettes fiscales, est une nécessité face à l’effondrement de l’offre locative. C’est pourquoi je m’engage à reconduire ce dispositif. Par ailleurs, il faut faciliter l’accès à la propriété en renforçant les dispositifs de prêts aidés comme le PTZ dont les conditions sont trop contraignantes.
Il faut d’urgence lancer un grand plan de construction de logements financé pour partie par le Fonds de réserve des retraites, dont les fonds sont aujourd’hui investis sur les marchés financiers. »

Emmanuel Macron : « La priorité doit désormais porter sur la relance de l’offre, avant de revoir les dispositifs d’aide au secteur. Il faut veiller à cibler l’effort de construction là où le besoin de logement est le plus grand ; c’est pourquoi nous définirons des zones ou la construction est une priorité absolue. Le choc d’offre ne peut se limiter à des incitations fiscales nationales à investir dans des logements neufs. Il faut démultiplier l’effort de construction en assouplissant les contraintes juridiques, y compris en transférant la compétence des autorisations d’urbanisme au niveau intercommunal, voire à l’État qui devra prendre ses responsabilités en la matière, en recourant par exemple plus largement aux dispositifs de type « Opération d’Intérêt National », en délivrant les permis de construire, en détendant les règles de constructibilité au maximum et en accélérant les procédures, y compris en limitant les possibilités de recours. Par ailleurs, l’accès au logement en France passe aussi par le logement social. Nous le développerons notamment en mobilisant le parc privé, et nous ferons évoluer les règles d’attribution de logements sociaux vers davantage d’objectivité et de transparence. Nous maintiendrons la loi SRU (Loi Solidarité et Renouvellement Urbain) et nous poursuivrons la production de logements sociaux au même niveau et au même rythme que ces dernières années, en concentrant les aides de l’Etat sur les logements aux plus faibles loyers et dans les zones où la demande en logement social est la plus forte. Enfin, nous prendrons des mesures spécifiques pour favoriser l’accès au logement des jeunes. Nous construirons 80.000 logements pour eux : 60.000 logements pour les étudiants et 20.000 logements pour les jeunes actifs. »

 

Rénovation énergétique

Marine Le Pen : « J’engagerai un grand plan d’isolation thermique des bâtiments. Le besoin annuel est estimé à 5 milliards d’euros par an selon l’OFCE. Pour financer cela, il faut d’urgence augmenter la part de l’investissement public dans le PIB qui a chuté de 20% depuis 2010. L’investissement dans l’isolation des bâtiments sera, à terme, autofinancé car des gains importants se feront sur la facture énergétique. Parallèlement, il faut développer des prêts à taux zéro de la Banque de France pour les particuliers pour financer l’isolation thermique (c’est mon engagement n°132). Je maintiendrai aussi le taux réduit de TVA dans la rénovation énergétique.

Emmanuel Macron : « Nous engagerons un vaste plan de rénovation des logements : nous aiderons l’ensemble des ménages, et nous supprimerons les passoires énergétiques des propriétaires les plus précaires en 10 ans. Dès 2022, nous visons d’en rénover la moitié. Pour y arriver, un audit gratuit sera proposé à tous les propriétaires occupants en situation de précarité énergétique. Un fonds public prendra intégralement en charge les travaux des propriétaires les plus précaires, avec un remboursement au moment de la vente du bien. Nous transformerons aussi le Crédit d’Impôt Transition Énergétique (CITE) en prime immédiatement perceptible au moment des travaux et non l’année suivante, ce qui favorisait les ménages les plus aisés : ainsi, ceux qui engagent des travaux ne seront pas soutenus par l’État un an après leur décision, mais dès le moment où ils commencent leurs travaux. Enfin, nous soutiendrons l’association des travaux de maintien à domicile des personnes âgées avec les travaux de rénovation énergétique. »

 

Infrastructures

Marine Le Pen : « La qualité de nos infrastructures est en chute libre. La France est passée du 4ème rang en 2008 à la 10ème place en 2016 d’après le Forum Economique Mondial. La chute est encore plus brutale concernant les routes (elle est passée de la 1ère à la 10ème place) ou pour les infrastructures ferroviaires (de la 2ème à la 6ème). Cet effondrement est directement lié à la baisse de l’investissement public et au délaissement de la question depuis la crise. Il faut d’urgence établir un plancher de 4% du PIB d’investissement public par an. »

Emmanuel Macron : « Je donnerai la priorité à la modernisation et l’optimisation des infrastructures existantes, plutôt qu’à de nouveaux projets. Toute proposition nouvelle fera l’objet d’une analyse très rigoureuse de son plan de financement et de ses bénéfices au regard de ses conséquences environnementales et de son acceptabilité locale. Nous voulons privilégier les infrastructures qui ont un impact positif sur la croissance, la mobilité des travailleurs ou qui permettent de réduire des dépenses courantes. C’est pourquoi dans le Plan d’Investissement, 5 milliards seront consacrés aux transports et équipements collectifs locaux. Nous soutiendrons notamment la lutte contre les embouteillages en agglomération (où le déficit d’investissement est très important). Dans le plan pour la transition énergétique nous soutiendrons la rénovation thermique des bâtiments publics qui permet de réduire fortement les dépenses courantes.

 

Investissements

Marine Le Pen : « L’investissement à long terme droit être en priorité financé par l’investissement public. L’OCDE estime qu’une hausse annuelle de l’investissement public de 0,5% du PIB (10 milliards d’euros) pourrait être financée par le déficit pendant plusieurs années sans accroître la dette publique ! Ces infrastructures engendrent d’importantes externalités positives pour l’économie marchande. Cependant, les acteurs privés pourraient être associés à certains projets par le biais de project bonds ».

Emmanuel Macron : « L’investissement de long terme doit bien entendu être en parti porté par la puissance publique, notamment les collectivités locales. Dans un contexte de taux bas et de croissance encore faible, la puissance publique doit faire un effort exceptionnel d’investissement, notamment pour réussir la transition numérique et énergétique. C’est le sens du plan d’investissement de 50 Mds € sur 2018-2022 que je prévois et qui comportera notamment 4 Mds € pour la rénovation des logements (division par deux en 5 ans du nombre de passoires thermiques) et 4 Mds € pour la rénovation thermique des bâtiments publics.

 

Territoires

Marine Le Pen : « Il faut une réforme territoriale et institutionnelle qui créera des synergies, clarifiera la répartition des compétences et supprimera les doublons. Renforcer les Grandes Régions ou les métropoles irait à l’encontre des intérêts de la France et favoriserait le projet de l’UE, qui veut faire l’impasse sur l’échelon national. Il faut au contraire renforcer la cohérence territoriale avec un État stratège sur le modèle de la DATAR des années 60, qui sera naturellement actualisée et adaptée aux exigences de notre temps. La région restera un échelon de coordination avec tous les acteurs locaux : autorités déconcentrées, départements, communes, usagers, acteurs économiques…

Emmanuel Macron : « D’abord, nous changerons de méthode, en demandant, via un pacte quinquennal État/collectivités, un effort d’économies aux collectivités locales sans baisser les dotations à court terme. Cela permettra d’éviter les à-coups brutaux sur l’investissement local. Nous donnerons dans ce pacte de la visibilité sur 5 ans aux collectivités, ce qui permettra de programmer les investissements et de les mener à bien. Enfin, je rappelle que dans le plan d’investissement que je prévois pendant le quinquennat, 5 Mds € seront consacrés aux transports et aux équipements collectifs locaux. »


Commande publique et PME 

Marine Le Pen : « Je souhaite mettre en oeuvre un véritable patriotisme économique. Il est impossible d’instaurer un quelconque patriotisme économique dans le cadre de l’Union européenne qui interdit tout traitement préférentiel aux entreprises nationales. Par ailleurs, mon projet économique peut se résumer ainsi : « les TPE-PME d’abord ». C’est pour cela que je souhaite leur réserver une part dans la commande publique. Je souhaite aussi réserver les marchés publics aux entreprises françaises si l’écart de prix est raisonnable. C’est ce que font les Etats-Unis depuis le Buy American Act : les marchés publics sont réservés aux entreprises nationales si l’écart de prix est de 12%. Le plan de relance de Barack Obama avait même porté l’écart à 25% ! Mais ceci passe par une remise en cause des règles de l’Union européenne.

Emmanuel Macron : « La réforme des marchés publics que j’ai conduite permet d’améliorer l’accès des PME à la commande publique. Nous poursuivrons les efforts par tous les moyens possibles : en améliorant et en harmonisant la documentation et les critères méthodologiques d’attribution des marchés ; en simplifiant et en accélérant les processus d’attribution (interface unique par famille d’achats au sein de la sphère publique) ; en mettant en place une stratégie de communication à l’échelle nationale et régionale sur les processus d’attribution des marchés publics ; en développant une programmation pluriannuelle cohérente éclairant sur les besoins des acteurs publics ; et en accroissant la transparence par l’uniformisation du reporting des administrations centrales et des collectivités, la publication de l’ensemble des contrats de marchés publics, l’information sur les délais fournisseurs liés à la commande publique. »

 

Travail détaché

Marine Le Pen : « En 2013, il y avait 92.000 travailleurs détachés dans le BTP. Sans compter les 300.000 non déclarés ! Ils exercent une concurrence déloyale envers les travailleurs français puisque les entreprises qui y ont recours ne versent pas de cotisations sociales en France. C’est pourquoi je m’engage à supprimer sur notre territoire l’application de la directive détachement. »

Emmanuel Macron : « Le problème principal du détachement, c’est la fraude. Les outils de lutte contre la fraude ont été récemment renforcés, notamment via la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (« loi Macron »). Les contrôles se sont multipliés et atteignent 1500 par mois actuellement. Il faut maintenir cette pression, accentuer encore les contrôles, notamment le soir et le weekend, et faire appliquer les sanctions. Parallèlement, la France doit défendre la révision rapide de la directive européenne sur le détachement, afin, d’abord, de faire respecter le principe « à travail égal, salaire égal » dans toute la chaîne de sous-traitance et, ensuite, de plafonner, à un an au maximum, la durée du détachement autorisé.

 

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