Transport et infrastructures

Lyon-Turin : les élus locaux se mobilisent contre la pause

Mots clés : Etat et collectivités locales - Gouvernement - Mobilier urbain - Transport ferroviaire

Alors que s’ouvriront le 19 septembre les Assises de la mobilité, onze élus de Savoie et de Haute-Savoie ont interpellé la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Favorables à la liaison ferroviaire entre Lyon et Turin, ils s’inquiètent de la « pause » annoncée début juillet dans les grands projets d’infrastructures, Lyon-Turin compris, et entendent faire valoir leurs arguments afin d’aller au bout de ce chantier en cours.

La « pause » dans les grands projets d’infrastructures, annoncée au début de l’été, n’a pas fini de faire parler. Après les élus des Hauts-de-France concernés par le canal Seine-Nord, ou ceux d’Occitanie qui attendent la LGV entre Bordeaux et Toulouse, c’est au tour des représentants des collectivités locales de Savoie et de Haute-Savoie d’interpeler le gouvernement. Ils sont 11 à avoir signé une lettre (1), envoyée en début de semaine à la ministre des Transports, Elisabeth Borne, pour défendre « leur » grand projet : la liaison ferroviaire entre Lyon et Turin.

Rappelant que les travaux sur la section transfrontalière, le tunnel, sont en cours, les élus s’interrogent quant à la position du gouvernement et demandent « de lever le plus rapidement possible les incertitudes qui pèsent » sur la réalisation de la liaison. Car devant le Sénat, le 20 juillet, la ministre s’était montrée consciente du poids et de l’importance des financements européens (40%) et italiens (35%) dans la construction du tunnel. Les élus soulignent d’ailleurs que « toute remise en question mettrait en péril le bénéfice d’un cofinancement européen ». Pour autant, « d’autres propos tenus considèrent que le Lyon-Turin pourrait faire l’objet d’une pause », notent les signataires. Ce qui n’est pas envisageable pour ces élus, car « cela fait bien longtemps que le Lyon-Turin a dépassé le stade de projet en attente de lancement ».

 

La menace d’une France mise à l’écart

 

Conscients des « difficultés qui peuvent exister pour mobiliser les ressources financières, sur le long terme, afin de pourvoir au financement de l’ensemble des infrastructures de transport en France », les représentants des collectivités en appellent à différents arguments afin de défendre le Lyon-Turin. Parmi eux, ils notent que cette infrastructure « inscrite dans les réseaux transeuropéens » est « le seul ouvrage souterrain sur l’axe Est-Ouest, celui-ci devant être en mesure de se connecter aux grands ports européens », et de former un « axe performant depuis la péninsule ibérique, l’Angleterre et la France, pour relier durablement par le sud de l’arc alpin l’Europe de l’Est ». La liaison leur apparaît également indispensable car le tunnel actuel reliant Modane à Bardonecchia « date de 1853 », sa mise en service de 1871, et est un « ouvrage inadapté aux transports de demain », soulignent-ils.

A les lire, cela serait d’autant plus pénalisant que les autres pays alpins construisent des infrastructures souterraines pour le fret. Et de citer l’Autriche, l’Italie, la Slovénie. Ou encore la Suisse qui « à elle seule vient d’inaugurer deux tunnels ferroviaires majeurs sous les Alpes, alors même que son réseau ferroviaire historique était en capacité d’assurer l’essentiel des transports de marchandises en transit ». Et ils entendent contrer l’argument des opposants selon lequel le Lyon-Turin n’aurait pas d’effet sur le report modal du transport de marchandises en précisant cet exemple : «  En 2016, année de la mise en service du Gothard, la Suisse a connu un niveau record de transport international de marchandises… tout en établissant parallèlement un record à la baisse du nombre de poids-lourds franchissant les Alpes, désormais sous la barre du million de véhicules ».

 

Répondre aux besoins pour le report modal et le transport de voyageurs

 

Par ailleurs, pour les élus, le Lyon-Turin serait en capacité de répondre à « l’exigence de satisfaire aux besoins de transport du quotidien », érigée en priorité par le gouvernement. Ils assurent en effet qu’il solutionnerait des « question de dessertes de voyageurs y compris à l’échelle régionale, grâce à une mixité d’usage des infrastructures créées ».

En d’autres termes, le seul frein potentiel pour ces élus signataires est la question du financement. Quoique même cet argument ne semble pas les convaincre puisque « la part française a été ramenée à 200 millions d’euros annuels sur dix ans ». Quant aux solutions financières pour parvenir à couvrir ces frais, ils tiennent à rappeler des pistes déjà évoquées, comme le soutien à la révision de la directive Eurovignette. Les Assises de la mobilité, prévues à partir du 19 septembre, doivent justement permettre de remettre sur la table la question du financement des infrastructures.

 

(1) Les onze signataires sont : Hervé Gaymard, président du Conseil départemental de la Savoie ; Michel Bouvard, vice-président du Conseil départemental de la Savoie, délégué au Lyon-Turin ; Michel Dantin, maire de Chambéry et député européen ; Xavier Dullin, président de Chambéry métropole Cœur des Bauges ; Christian Monteil, président du Conseil départemental de la Haute-Savoie ; Jean-Luc Rigaut, maire d’Annecy et président du Grand Annecy ; Jean-Pierre Vial, sénateur de la Savoie ; Emilie Bonnivard, députée de la Savoie ; Patrick Mignola, député de la Savoie ; Eric Fournier, vice-président du Conseil régional, maire de Chamonix-Mont-Blanc et président de la communauté de communes de la vallée de Chamonix-Mont-Blanc ; Yves Durbet, président du Syndicat du pays de Maurienne

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