Règles d'urbanisme

Loi Littoral : c’est le désamour à la plage

Mots clés : Aménagement du littoral - Établissements pénitentiaires et judiciaires - Jurisprudence - Restaurant

Le tribunal administratif de Nice a examiné cette semaine le dossier des restaurants de plage tombés sous le coup de la loi de protection du littoral, emblématique de la volonté de l’Etat de faire cesser le bétonnage des côtes. Ces restaurants sont menacés de démolition. Décision mi-cotobre.

Gilles Esmiol fait partie des irréductibles de la Côte d’Azur qui refusent de démolir leur restaurant de plage, tombé sous le coup de la loi de protection du littoral. Le septuagénaire pourrait voir débarquer les bulldozers avant Noël.

Dans ce dossier examiné cette semaine par le tribunal administratif de Nice et emblématique de la volonté de l’Etat de faire cesser le bétonnage des côtes, le suspens va durer encore quelques semaines. Les juges doivent trancher d’ici mi-octobre.

Dans ses conclusions, le rapporteur public a demandé la démolition aux frais des plagistes de leurs établissements, parmi lesquels le restaurant « Chez Nounou » de M. Esmiol à Golfe Juan, sur 216 m2, avec douches, parasols, transats mais occupant la plage sans droit ni titre, selon l’Etat.

« J’ai acheté en 1973, j’ai payé tout ce qu’il faut pendant 44 ans et un jour, on tombe sous le coup d’un décret qui nous prive de notre outil de travail, vous avez vu çà où ?! », s’énervait-il après l’audience mercredi. Le vieil homme de 75 ans était antiquaire dans les années 1970, avant d’acheter son affaire qui datait des années 1930. On y servait du poisson frais, l’acteur Jean Marais y venait en ami. Une fresque carrelée en témoigne.

« M. Esmiol a acheté en connaissance de cause, il a pris un risque. Tous les actes ont été donnés à titre précaire. C’est malheureux, mais c’est comme çà! », affirme Serge Castel, le directeur départemental des territoires et de la mer, que le plagiste surnomme « le bourreau ».

Trois autres dossiers étaient examinés en même temps que celui de M. Esmiol, tous des restaurants en dur à Golfe Juan que la préfecture et la mairie de Vallauris voudraient remplacer en 2018 par des structures plus petites, démontées l’hiver. En deux mots: plus respectueuses de l’environnement et mises en concurrence.

 

« Etablissements démodés »

 

Aux juges administratifs, M. Castel a rappelé que « le décret plage a déjà onze ans de vie » et que la bienveillance de l’Etat avait assez duré.

« On est le dernier département à ne pas le respecter dans des proportions flagrantes. On nous opposait toujours +causez toujours, nous avons des droits acquis+ », a déploré M. Castel, regrettant « une situation de blocage et de gâchis: ils auraient pu concourir à une concession de plage ».

« Mon intérêt n’est pas de casser pour casser, mais avec des maires qui jouent le jeu, on arrive à avoir un meilleur produit », assure-t-il. Il ne tarit pas d’éloges des établissements de l’Hérault ou d’ailleurs qui ont su s’adapter, contrairement à certains établissements démodés de la Côte d’Azur où « en plus, on ne peut pas mettre une serviette sans se faire virer! »

Les avocats de la partie adverse, plan du cadastre en main, ont disputé le trait de côte séparant le domaine maritime du domaine privé, rappelé que le site du restaurant « Chez Nounou » était une plage artificielle engraissée à coup de tonnes de sable et promis de copieuses demandes d’indemnités.

La préfecture des Alpes-Maritimes a passé des marchés pour avoir assez de bulldozers en temps utile, car le tempo s’est brusquement accéléré. Une première plage a été rasée à Villefranche-sur-Mer en mars, puis le ponton d’un hôtel cinq étoiles, L’Impérial Garoupe au Cap d’Antibes, en juin. D’élégantes villas pourraient suivre, tout comme la très chic Paloma Beach de Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Pour les plagistes, soutenus par la puissance fédération patronale de l’hôtellerie Umih qui insiste sur les emplois créés l’été et le soutien au tourisme, il reste le recours aux élus locaux pour qu’ils fassent pression en haut lieu. Des années durant, et parfois encore aujourd’hui, les plagistes les ont régalés à l’oeil, reconnaît un gérant près de Nice.

 

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