Entreprises de BTP

Logement et fractures territoriales : la FFB s’invite dans le débat

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Politique du logement

Pour son 5e sommet de la construction, la Fédération Française du Bâtiment a choisi un sujet qui devrait sans nul doute être inscrit dans les programmes des candidats à la présidentielle de 2017 : les conséquences sur la politique du logement de la fracture territoriale. En réunissant des experts et en proposant des pistes de réflexion, elle entend ainsi peser dans les débats politiques.

La fracture territoriale est partout. Indiscutable et tellement visible. C’est justement ce mouvement qui ne cesse de s’accentuer que la FFB a voulu mettre au cœur des éclairages pour son 5e sommet de la construction, le 19 mai. Les intervenants, experts et professionnels, ont donc tenté de répondre à la question : « Logement : quelles solutions face aux fractures territoriales ». «Je suis frappé du désarroi, voire du sentiment d’abandon que beaucoup ressentent, a précisé Jacques Chanut, président, lors de son discours d’ouverture. La pression des besoins et le tropisme des prix font que l’attention se focalise trop souvent sur les zones tendues, en général, et sur la région parisienne, en particulier. Sans nier en rien l’ampleur des difficultés rencontrées dans ces secteurs, aujourd’hui, nous allons parler d’une autre France. Elle connaît des situations de marchés très différenciées, qui appellent des solutions tout aussi différenciées… A l’heure où vont s’engager les débats sur l’avenir de notre pays, ce sujet sera, à n’en pas douter, à l’ordre du jour des projets présidentiels pour la France ».

 

Les 4 France(s)

 

Les inégalités territoriales ne datent pas d’hier, mais la crise a accentué le phénomène.
Le premier constat est une France qui se dépeuple, à part quelques zones qui voient leur population augmenter. Quelques chiffres donnent l’ampleur du mouvement : entre 2004 et 2009, 26% des jeunes de 20 à 25 ans ont changé de département, 22% des personnes de 25 à 40 ans et 8% de celles de 40 à 55 ans. Ces mobilités ont accentué les déséquilibres existants entre les territoires, en défaveur des régions industrielles traditionnelles et au profit d’un arc atlantique attractif.

Hervé Le Bras, socio-démographe, directeur de recherches à l’Institut national d’études démographiques (Ined) identifie quatre France(s) :
– une France « marchande dynamique », constituée principalement des métropoles où se concentrent 25% de la population ;
– une France « marchande en difficulté », rassemblant des territoires toujours productifs mais en déclin (Mulhouse, Montbéliard, Reims, Troyes…) et qui ne créent pas d’emplois ;
– une France « non marchande dynamique »,  dominante en termes de surfaces, qui vit de tourisme, de retraites et de salaires publics (Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Bretagne…) ;
– une France « non marchande en difficulté » située principalement dans le nord-est du pays et faite de territoires si frappés par le déclin industriel qu’ils dépendent essentiellement de l’injection de revenus sociaux » (12% de la population).

« La fracture s’exprime également au niveau du seuil de pauvreté et au niveau du mode d’habitation : propriétaires, locataires en privé ou en social », reconnaît Hervé Le Bras, qui ajoute que la majorité des propriétaires se trouvent dans l’Ouest et le Sud-Ouest, alors que le Nord de la France est marqué par un habitat en HLM. Jean-Claude Driant, économiste, professeur à l’Ecole d’urbanisme de Paris, rappelle que le creusement des inégalités remonte à la fin des années 1990 avec une forte évolution des prix de logements et du coup, un accroissement du coût d’entrée à la propriété. Et d’indiquer qu’avec un budget de 200 000 euros, on peut s’offrir un 240 m2 à Saint-Etienne et un 25 m2 dans le 5e arrondissement de Paris. Autre constat : une ségrégation des âges liés au logement. « 15% des jeunes vivent dans les grandes villes, les 30-50 ans habitent en anneau des grandes villes et les plus de 50 ans se rapprochent des centres villes ». 

 

Reconquête de l’existant

 

« Il existe un décalage entre les territoires avec des départs de population, ce qui impacte le logement, précise Benoist Apparu, maire de Châlons-en-Champagne et ancien secrétaire d’Etat au logement. La désindustrialisation depuis 40 ans et la restructuration des armées depuis 15 ans ont vidé le grand quart Nord-Est du pays, au bénéfice du Sud et de l’Ile-de-France et ont eu pour conséquence une dégringolade des prix et une forte vacance : un logement sur dix est désormais vide à Châlons ».

Si la situation est un peu différente à Annonay en Ardèche, son maire Olivier Dussopt (président de l’Association des petites villes de France) constate les mêmes effets : une forte vacance du centre historique. « Nous voulons faire du cœur de ville un lieu d’habitat attractif et diversifié. L’objectif est de privilégier le renforcement urbain à l’intérieur de la ville, en utilisant en priorité les espaces urbains existants : logements vacants, friches, dents creuses », explique-t-il, tout en se réjouissant de constater que le territoire gagne en population, après des années de perte.


Quelles solutions ?

Elles sont multiples, comme le sont les situations des territoires et les besoins locaux. Benoist Apparu estime « qu’il faudrait arrêter de produire pour se concentrer sur l’ancien, or le marché pousse à faire du neuf » ; il a d’ailleurs demandé aux deux bailleurs sociaux de son territoire d’acheter des immeubles et de monter une opération Anru avec pour objectif de faire une reconquête sur l’ancien. Dans le même ordre d’idée, il préconise de mieux cibler le prêt à taux zéro (PTZ) : un PTZ pour l’ancien sur zones détendues et un PTZ pour le neuf sur les zones tendues, et « faire des politiques du logement différenciées pour s’adapter aux territoires ».

« Il faut arrêter de raisonner en chiffres ; les 500 000 logements neufs ne veulent pas dire grand-chose, il faut mieux se focaliser sur les besoins et y répondre », souligne Jean-Claude Driant, qui plaide pour la mise en place de politiques urbaines « certes coûteuses » avec de l’ingénierie technique et financière, à l’instar de ce qui est mené en Belgique et en Allemagne. Pour Hervé Le Bras, il ne faut pas opposer zones détendues et métropoles ; ces dernières présentant des avantages incontestables ; « les jeunes se socialisent dans les grandes villes ». « L’emploi est à penser en terme de couples actifs ». Et de pointer une idée qui s’appuie sur le phénomène actuel de mobilité du travail, celle de faire venir les travailleurs nomades. A condition bien sûr que ces zones en difficulté retrouvent de l’attractivité et que tous les territoires soient égaux face au numérique.

Tous s’accordent sur un point : « c’est à partir d’une véritable politique que l’on pourra diminuer la fracture ».

 

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