Environnement

LGV SEA: Lisea montre patte verte

Mots clés : Démarche environnementale - Entreprise du BTP - Gouvernement - Transport ferroviaire

Le site de Mesea à Villognon (Charente), filiale de Vinci en charge de la maintenance de la LGV SEA, a marqué le 28 février, la dernière ligne droite de la LGV avant sa mise en service le 2 juillet. L’occasion pour les officiels, dont le président de la République, de saluer, de manière unanime, le projet pour ses vertus économiques, structurantes pour le territoire. Et environnementales. Lisea, le concessionnaire de la ligne qui s’étend sur 340 km, treize communes, six départements et trois régions a travaillé sur son empreinte environnementale. Une emprise sur laquelle 223 espèces ont été répertoriées.

Comme la loi l’y oblige, le maître d’ouvrage doit dans un premier temps éviter de détruire, ensuite réduire et enfin compenser (ECR). Dans le cadre de la LGV, Lisea a créé 800 ouvrages pour la faune. «Nous avons réalisé des corridors de déplacements au niveau des lieux de passage en dessous et au-dessous de la ligne pour la traverser, explique Thierry Charlemagne, directeur environnement et développement durable chez Lisea, avec l’installation de pierres et de souches pour faciliter le passage des reptiles et insectes.» Pour le reste, il a fallu compenser, une réglementation qui date de 1976, mais qui a, jusqu’à présent, été peu appliquée. Elle a été renforcée par la loi Biodiversité en août 2016 qui fixe une obligation de résultat.

Lisea a dû trouver 3 500 ha pour recréer la biodiversité impactée par le chantier: 1 700 hectares sont validés, 600 sont examinés par les services de l’Etat et 1 200 ha sont en cours de diagnostic. Lisea a acheté des terrains à proximité du chantier (20%) ou établi des conventions avec des propriétaires agricoles (80%) afin qu’ils accueillent et préservent la biodiversité. «Le propriétaire doit mettre en œuvre des modalités de gestion du site, comme dans le cas de l’outarde canepetière (perdrix), retarder la fauche pour protéger les petits ou laisser une parcelle enherbée pour permettre la prolifération des insectes», détaille Thierry Charlemagne. Selon Lisea, les résultats semblent encourageants. «On constate que les populations se stabilisent, mais nous restons prudents, car le délai est court.» C’est d’ailleurs la principale difficulté que pointe Thierry Charlemagne, «on a sous-estimé le temps nécessaire pour le partenariat et les diagnostics écologiques, il faut plus d’un an pour mettre les mesures en place.» Alors parler des résultats est effectivement précoce, même si Lisea a travaillé sur les mesures compensatoires dès le début des travaux. Car il y a des imprévus. Comme au marais de la Virvée (Gironde), où une parcelle identifiée par Lisea a été cédée à un agriculteur. Sans compter que «nous ne sommes pas sûrs d’y arriver du premier coup», ajoute le directeur. Pour certaines espèces fragiles, comme le vison d’Europe, 70 ha impactés donnent lieu à 700 ha compensés.

 

Le sénat surveille

 

La commission d’enquête sénatoriale sur la réalité des mesures de compensation des atteintes à la biodiversité s’est d’ailleurs rendue à Galgon sur la restauration d’une zone humide de 10 ha quelques jours avant l’inauguration. Auditions et visites permettront au président de la commission Jean François Longeot (UDI-UC) et au rapporteur Ronan Dantec (EELV) d’établir un rapport qu’ils présenteront le 10 avril. Les sénateurs s’intéressent également à l’A65, à la plaine de la Crau et au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. «On ne peut plus tolérer la perte de la biodiversité, a commenté Ronan Dantec, et on se rend compte que ces mesures arrivent trop tard. Il faut les mettre en place en amont du projet.» Et les résultats ne pourront être évalués que dans plusieurs années. Cette affaire va d’ailleurs occuper Lisea, chargée du suivi des mesures compensatoires, jusqu’en 2061, le temps de la concession. Les Sénateurs souhaiteraient la création d’une vraie stratégie. «On préfère qu’il y ait de la cohérence écologique plutôt que de la consommation de terres agricoles au pied de l’ouvrage, il faut créer du génie écologique», estime Ronan Dantec. Ils espèrent, à terme, proposer une loi qui soit plus applicable pour préférer l’évitement aux mesures compensatoires. «Demain, si les maîtres d’ouvrage ont une vision plus claire, ils viseront plus la réduction.»

 

Un territoire disponible en régression

 

Pour la Sepanso, les mesures compensatoires ne remplacent pas la perte, «même si elles peuvent être bien pensées», reconnaît Philippe Barbedienne, directeur de la Sepanso Aquitaine, fédération régionale des associations de protection de la nature. Et ces mesures peuvent même se montrer vertueuses lorsqu’elles incitent les agriculteurs à protéger la biodiversité. «C’est moins négatif que ça ne pourrait l’être», s’en étonne même Philippe Barbedienne. «Le territoire disponible est en régression», s’inquiète-t-il tout de même. Il constate d’ailleurs que toutes les mesures prises par Lisea n’ont pas empêché la condamnation en septembre 2016 de Cosea, la structure chargée des travaux, et de son sous-traitant pour le terrassement DTP pour exécution de travaux nuisibles à l’eau et au milieu aquatique et non déclaration de l’incident. «C’est un seul site sur 340 km de ligne et Cosea a mis en œuvre des mesures correctives en consolidant la berge et en agrandissant les bassins d’assainissement», se défend Thierry Charlemagne. «Il est important d’étudier l’utilisation de l’existant, insiste la Sepanso car notre territoire n’est pas une ressource renouvelable et on arrive à la limite.» L‘association a d’ailleurs déposé l’un des six recours contre le décret d’utilité publique des lignes Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax.

 

Focus

Deux fondations pour aller plus loin

Lisea a créé les fondations Biodiversité et Carbone, respectivement destinées à la conservation et la restauration du patrimoine naturel le long du tracé et aux économies d’énergie. Chacune est dotée de 5 millions d’euros pour soutenir des projets. La fondation Biodiversité accompagne 104 projets liés aux inventaires, à la restauration ou à la sensibilisation du grand public. La fondation Carbone finance des opérations de rénovation énergétique ou des projets agricoles, comme la mise en culture de la luzerne, plante qui fixe l’azote dans le sol. La fondation a également lancé un appel à projets auprès d’étudiants de Bordeaux et Poitiers pour proposer une application destinée à trouver une solution aux usagers pour parcourir le «dernier kilomètre» jusqu’à la destination finale, à cause duquel, ils renoncent parfois à prendre le train.

 

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