Transport et infrastructures

LGV : « Ni Bordeaux, ni Toulouse, ni Montpellier n’ont vocation à être des terminus », Jean-Louis Chauzy, président du Ceser Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

Mots clés : Transport ferroviaire

Suite à l’avis favorable du conseil d’Etat, la déclaration d’utilité publique des lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax vont être signée dimanche 5 juin par Alain Vidalies, le secrétaire d’État chargé des Transports. Mais la question du financement reste entière. Ardent défenseur de l’infrastructure, Jean-Louis Chauzy, président du Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) de la nouvelle région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, milite pour trouver des nouveaux modes de financement.

Vous êtes président du Ceser de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, mais aussi de l’association Eurosud Transport, qui œuvre pour le désenclavement du grand Sud-Ouest. A ce titre, vous avez organisé le 31 mars dernier un colloque intitulé «Innover pour financer les grandes infrastructures du sud-ouest européen». Que s’est-il passé depuis ?

Jean-Louis Chauzy: Avec les principaux élus du Sud-Ouest, ainsi que Bruno Cavagné, président de la fédération nationale des travaux publics, et Michel Colombié, représentant de la chambre de commerce de Midi-Pyrénées, nous allons être reçus le 22 juin au ministère des Transports. L’enjeu est de mettre en place un comité de financement du Grand projet du sud-ouest (GPSO) le plus tôt possible. Lors du colloque du 31 mars dernier, j’ai salué la mobilisation de tous autour du projet. Maintenant que nous sommes unis pour mettre en œuvre les décisions prises, il faut reprendre l’action. Depuis le 31 mars, des groupes de travail se sont réunis pour avancer sur des solutions de financement innovantes. Il n’est pas possible que Toulouse, quatrième agglomération de France, ne soit pas desservie par le TGV. Ni Bordeaux, ni Toulouse, ni Montpellier n’ont vocation à être des terminus. Or, ces trois villes figurent parmi les villes les plus attractives de France. Leur croissance démographique en est la preuve.

 

Quelles sont les solutions de financement sur lesquelles vous avez travaillé ?

J.-L. C.: D’abord, le contexte a changé. Les collectivités ne pourront pas financer le GPSO, dont le coût était estimé en 2012 à plus de 9 milliards d’euros, sur les bases envisagées en 2008. La crise des finances publiques et la dette de la SNCF ont favorisé ces dernières années l’émergence de PPP ou concessions pour les infrastructures ferroviaires. Le modèle de financement de la LGV Sud Europe Atlantique (SEA) Tours-Bordeaux, qui a coûté 8 milliards d’euros, ne sera pas retenu car trop complexe. En parallèle des fonds propres apportés par Lisea, le plan de financement prévoit une subvention publique de 3 milliards d’euros versée par les collectivités, l’Etat, l’Europe, sans compter la contribution à hauteur de 1 milliard de SNCF Réseaux. Je ne bannis pas ce mode de financement. Mais sur la LGV Tours-Bordeaux, 57 collectivités font partie du cercle des financeurs. C’est trop. Certaines de ces collectivités se sont même retirées car déçues de la lenteur du projet de LGV Bordeaux-Toulouse. Au 31 mars, il manquait 700 millions d’euros sur leur part ! Et l’Etat lui-même est en retard. Une solution serait d’allonger la durée du prêt pour rendre la charge plus supportable pour les collectivités. C’est possible puisque la Caisse des dépôts a porté son financement à 45 ans pour le Grand Paris. Tout comme Alain Rousset, président de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, je pense que le prêt doit être en adéquation avec la durée de vie de l’infrastructure. On pourrait raisonner sur un siècle.

 

Avec Alain Rousset, Carole Delga, présidente de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, mise sur les fonds européens. Qu’en pensez-vous ?

J.-L. C.: Carole Delga propose plutôt des participations croisées: de l’Etat, de l’Union européenne, des collectivités. Il faut aussi imaginer des ressources fiscales à partir de taxes locales spécifiques. La taxe sur les bureaux n’est pas que pour le Grand Paris ! Sinon, l’Union européenne doit en effet être sollicitée avec comme argument que les LGV de Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse permettront de relier le sud-ouest de la France au reste de l’Europe. C’est ainsi que nous intégrons la poursuite de la LGV entre Montpellier et Perpignan, puis la liaison Toulouse-Narbonne pour assurer à la fois la continuité de l’axe Atlantique-Méditerranée et les interconnexions vers l’Espagne. Mais l’Union européenne a promis un milliard d’euros pour faire le lien avec le Pays basque.

 

Le 31 mars dernier, vous avez insisté sur la nécessité de diversifier les sources de financement en évoquant les fonds souverains. Pouvez-vous en dire plus?

J.-L. C.: Il faut utiliser à plein les nouveaux instruments financiers de l’Europe, de la France, mais aussi ceux des investisseurs privés. Il y a donc les prêts de la Caisse de dépôts et ceux de la Banque européenne d’investissement. S’ouvre également la possibilité de faire appel à des fonds souverains étrangers pour boucler les financements. Quatre fonds souverains ont été retenus par la Caisse de dépôts pour participer aux montages financiers de grandes infrastructures ou de grands équipements. L’un d’entre eux participera à hauteur de 1 milliard d’euros au financement du Grand Paris. L’argent ne manque pas. Reste à bien bâtir le montage financier du projet le plus efficace. Il faut aussi le soutien de l’Etat comme cela est le cas avec la société du Grand Paris.

 

Focus

Président sortant du conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) de Midi-Pyrénées, Jean-Louis Chauzy a été élu, le 27 janvier, à la présidence du conseil de la nouvelle région LRMP. Né à Rodezet âgé de 68 ans, il a intégré le conseil économique et social en 1983. Dans le cadre de son nouveau mandat, il a mis une priorité sur les enjeux de la mobilité: le transport collectif, la LGV mais aussi le fret ferroviaire.

 

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