Transport et infrastructures

LGV contre « trains du quotidien », le début de la fin pour le Bordeaux-Toulouse ?

Mots clés : Établissements pénitentiaires et judiciaires - Etat et collectivités locales - Gares, aéroports - Jurisprudence - Transport ferroviaire

Il y a d’abord eu l’annulation par le tribunal administratif de Bordeaux de la déclaration d’utilité publique des aménagements de la future LGV vers Toulouse, un des tronçons qui prolongerait la ligne Sud Europe Atlantique entre Tours et Bordeaux. Une nouvelle qui a atterré les élus locaux. Et puis il y a eu l’inauguration de la LGV, le retard incroyable d’une rame vers Toulouse et le discours d’Emmanuel Macron sur l’importance des « trains du quotidien » et l’effort à fournir sur la modernisation des voies, «une priorité». L’avenir du « GPSO » est plus que jamais incertain.

Depuis mars dernier et une déclaration de Guillaume Pépy, président de la SNCF, sur France Inter, interprétée comme une remise en question du chantier de la future LGV Bordeaux-Toulouse, le vent semblait tourner pour ce projet très attendu dans le Sud Ouest. Et puis l’annulation de la déclaration d’utilité publique par le tribunal administratif de Bordeaux – qui a notamment mis en avant les incertitudes liées aux modalités de financement du projet et à la répartition entre les partenaires – est venue enfoncer un clou suplémentaire dans le cercueil.

 

Des collectivités engagées et une expertise sur le financement en cours

 

Carole Delga, présidente de la région Occitanie, Jean-Luc Moudenc, président de Toulouse Métropole, et Georges Méric, président du conseil départemental de la Haute-Garonne, ont aussitôt réagi via un communiqué de presse commun. «Nous souhaitons qu’un appel soit formé contre ce jugement qui nous semble mal fondé. (…)», déclarent-ils. Les élus de Nouvelle-Aquitaine confirment et demandent «solennellement à l’Etat, à M. le préfet de région et à SNCF Réseau d’œuvrer dans les meilleurs délais pour faire appel de cette décision». Requête entendue par le gouvernement puisqu’Elisabeth Borne, ministre des Transports, a annoncé deux jours après la décision du tribunal administratif que l’Etat allait faire appel. Les ministres des Transports et de l’Ecologie, présents à Bordeaux, le 1er juillet à l’occasion de l’inauguration de la LGV Tours-Bordeaux, ont tout de même rappelé que «le fait de trouver des promesses non financées est regrettable» pour Elisabeth Borne. «Il faut un montage financier solide, faire des choix et ne pas confondre vitesse et précipitation», a estimé quant à lui Nicolas Hulot. Avant d’ajouter: «nous devons écouter les élus, mais ils doivent comprendre notre point de vue qui est pragmatique. Nous ne sommes pas des magiciens.» Elisabeth Borne et, plus tard, le président de la République Emmanuel Macron ont également rappelé l’importance des trains du quotidien et l’effort à fournir sur la modernisation des voies, «une priorité», selon la ministre des Transports.

«Cette décision, se fondant sur une supposée incertitude sur le financement de cette opération et notamment «la part de financement apportée par l’Union européenne et les collectivités territoriales» est d’autant plus étonnante que les aménagements ferroviaires au sud de Bordeaux viennent de faire l’objet de la part de l’Union européenne d’un financement de 8,519 millions d’euros dans le cadre du dernier appel à projets sur le «mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE)», indiquent Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine et Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole et maire de Bordeaux, dans un communiqué de presse.

Les deux élus ont également rappelé dans un courrier adressé au préfet de région Pierre Dartout, le 15 juin dernier, leur «engagement sans faille en faveur du développement des lignes à grande vitesse au nord et au sud de Bordeaux». Par ailleurs, depuis juillet 2016, deux experts indépendants, missionnés par le ministère des Transports, Benoît Weymuller, du conseil général de l’environnement et du développement durable, et Alain Bodon, de l’Inspection générale des finances, planchent sur différentes pistes de financement pour boucler un budget estimé à 7,5 milliards d’euros, hors tronçon Bordeaux-Dax. Les résultats de cette étude doivent être connus la semaine prochaine.

Et en ce qui concerne, la fracture LGV et train du quotidien, Carole Delga, présidente de la région Occitanie, a réagi dimanche 2 juillet: «Je partage avec Emmanuel Macron un combat, celui d’agir pour les transports collectifs du quotidien. D’ailleurs, c’est ce que nous faisons chaque jour en région avec les TER. Nous négocions quotidiennement avec SNCF un service de meilleure qualité et des horaires respectés pour les usagers. Nous avons organisé les états généraux du rail et de l’intermodalité, uniques en France, qui ont rassemblé citoyens, usagers, cheminots et élus, et qui ont acté à la fois plus de trains du quotidien et la réalisation des deux LGV Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan. Les deux sont complémentaires: la réalisation de ces deux lignes nouvelles libérera des sillons pour une meilleure circulation des TER sur les lignes actuelles aujourd’hui saturées.»

 

Une ligne essentielle

 

«Quatre ans après le rapport dit «Duron» qui indiquait que la première LGV prioritaire de France était la ligne Bordeaux-Toulouse, l’Etat doit donc prendre ses responsabilités. Cette ligne est essentielle pour le développement de la quatrième ville de France et la région la plus attractive de ce pays. Il n’est pas acceptable que près de 4 millions de nos concitoyens soient privés de ligne à grande vitesse et restent à près de cinq heures de Paris», s’insurgent les élus d’Occitanie.

«Le Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest n’a de sens que s’il est prolongé en direction de Toulouse et de l’Espagne. Le rail est essentiel. Sans une ligne à grande vitesse, Toulouse sera contrainte de construire un deuxième aéroport. C’est un combat que nous devons mener», déclarait Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine le 22 juin, à l’occasion de la présentation des festivités du week-end pour l’arrivée de la LGV Tours-Bordeaux. Propos qu’il a réitérés lors de son discours à l’occasion de la cérémonie d’inauguration de la LGV SEA. «L’Etat a pris un engagement en 2013, tout comme Emmanuel Macron durant sa campagne. Il a toujours été dit que Tours-Bordeaux-Toulouse était un tout, rappelle Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, également présent à Bordeaux ce week-end, les collectivités de Midi-Pyrénées ont d’ailleurs financé la LGV SEA à hauteur de 320 millions d’euros.»

 

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