Entreprises de BTP

Les travaux publics broient du noir

Mots clés : Monde du Travail - Travaux publics

Activité en baisse, recul des marchés conclus, difficulté à se faire payer… Les entrepreneurs des travaux publics n’ont pas le moral. Et les perspectives brossées par Patrick Bernasconi, président de la FNTP, n’incitent pas à l’optimisme. Pour 2012, 6 000 emplois sont menacés.

«Tous les indicateurs des travaux publics sont passés au rouge». Le 12 juillet, Patrick Bernasconi, président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), a dressé un bilan fort sombre de la conjoncture et des perspectives dans le secteur. Sur les cinq premiers mois de l’année, les travaux réalisés affichent un recul de 2,7% (en euros constants). Les heures travaillées par les ouvriers permanents et intérimaires sont en baisse de 7,5%. Et l’avenir ne s’annonce pas flamboyant avec une baisse des marchés conclus de 16%. Ce qui conduit la FNTP à revoir ses prévisions d’activité à la baisse pour 2012 : au lieu de -1% prévu en décembre dernier, le recul serait plutôt de -3% (en euros courants). Et ce, sans tenir compte des difficultés que rencontrent les collectivités locales pour financer leurs projets.

Sur le front de l’emploi, la FNTP annonce qu’à un an d’intervalle, 2 000 emplois permanents ont été détruits et que l’on atteindra 6 000 emplois sur 2012. Soit une destruction de 20 000 emplois au cours des cinq dernières années.

 

Davantage de clients mauvais payeurs

 

Déjà mises en tension par des prix bas, les trésoreries des entreprises sont mises à mal par d’importants retards de paiement des clients. « Les exemples se multiplient, assure Patrick Bernasconi. Je n’ai jamais vu une si mauvaise opinion des entrepreneurs sur les allongements des délais de paiements ». Et de citer l’exemple de l’agglomération de Perpignan qui, suite à la perte d’une ligne de crédit de 20 millions d’euros chez Dexia fin 2011/début 2012, a arrêté de payer les titulaires des marchés. «A ce jour, un tiers des arriérés n’a pas été réglé».

Faut-il encourager les entreprises à réclamer des intérêts moratoires ? «Certainement, répond Patrick Bernasconi. Mais la situation est telle que nombre d’entreprises risquent de déposer le bilan avant d’avoir pu faire aboutir leurs démarches !». Traduction concrète de la situation : selon les chiffres de BTP Banque, les demandes de concours de trésorerie ont augmenté de 18% au premier semestre.

 

Pas d’avenir pour l’attelage Caisse des Dépôts-Banque Postale

 

Pour Patrick Bernasconi, les arbitrages rendus par le gouvernement dans les prochaines semaines vont être décisifs pour l’activité des travaux publics.

D’abord s’agissant du financement des collectivités territoriales. Patrick Bernasconi ne croit pas du tout en l’avenir de l’attelage Caisse des dépôts/Banque Postale pour prendre la relève de Dexia. «On nous l’avait promis pour début 2012, puis pour la fin du premier trimestre, maintenant l’échéance est portée à fin 2012 ! » déplore-t-il. «Ne serait-ce que par les difficultés qu’il a à se mettre en place, le projet fait la preuve qu’il n’est pas crédible. Passons à un autre schéma et créons un établissement public qui profitera des forces vives et du savoir-faire de Dexia sans avoir à supporter son passif».

La FNTP propose la mise en place d’une «Banque publique de l’investissement local» sur le modèle de la défunte CAECL (Caisse d’aide à l’équipement des collectivités locales). Ironie de l’histoire, cet établissement public avait été privatisé en 1987 pour devenir Crédit local de France qui, en mariant son destin à celui du Crédit communal de Belgique, avait donné naissance à … Dexia.

«Sans décision rapide sur le sujet, nous assisterons à la baisse inéluctable de l’investissement des collectivités locales. L’effet sera immédiat pour nos entreprises. A minima, 10 à 15 000 emplois supplémentaires sont en jeu dans les 12 prochains mois».

 

Grands projets : ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

 

Autre sujet d’inquiétude pour les professionnels des travaux publics : la suite donnée aux grands projets. Les déclarations de Jérôme Cahuzac, ministre délégué au budget, mercredi 11 juillet, n’étaient pas rassurantes. Il indiquait que le gouvernement n’aura pas d’autre choix que d’abandonner certains projets.

«Le montant global du SNIT (Schéma national des infrastructures de transports) est important (245 milliards), rappelle Patrick Bernasconi. Mais il faut bien avoir en tête qu’il s’étalera sur 25 ans et qu’à l’heure actuelle, c’est un vaste catalogue». Le président de la FNTP a donc accueilli favorablement l’annonce du ministre délégué chargé des transports, Frédéric Cuvillier, de mettre de l’ordre dans cette liste et de hiérarchiser les projets. Mais il prévient : «le Snit, ce ne sont pas que des projets neufs. Il y a aussi un important volet « entretien des réseaux existants ». Il faudra veiller à préserver impérativement ces investissements car un pays qui laisse ses infrastructures se dégrader perd en compétitivité». Un argument auquel Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, pourrait être sensible.

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