Entreprises de BTP

Les tensions chez Terreal pourraient se répercuter sur le marché de la tuile

Depuis jeudi, suite à un appel à une grève illimitée, la production tourne au ralenti dans la plupart des 14 usines du numéro deux français des tuiles en terre cuite. Sur un marché tendu où les délais d’approvisionnement sont de plusieurs semaines, la situation pourrait devenir critique, mais les responsables de Terreal se veulent rassurants.

Entre 60% et 70% des 1.700 salariés des 14 usines françaises de la société Terreal, cédée en août au fonds d’investissements LBO France, étaient en grève jeudi et ont reconduit le mouvement pour vendredi afin d’obtenir notamment des garanties sur l’emploi, a affirmé Force ouvrière. Bernard Gire, délégué syndical précise que dans la zone Centre (quatre sites et environ 600 salariés), 95% du personnel était en grève.
A l’usine de Roumazières (Charente), les camions des négociants en matériaux sont contraints de faire demi-tour sans même pouvoir entrer dans la cour de l’usine. « On bloque les camions et l’entrée de toute personne autre que les salariés », a affirmé M. Gire.
La direction n’a pas souhaité commenter ces chiffres mais a souligné « un taux de participation très inégal d’un site à l’autre ».

Vendredi soir, la situation restait critique. « Nous avons proposé de rencontrer les syndicats dans la mesure où seront levés les blocus de certaines usines » a expliqué Hubert de la Villeon, secrétaire général de Terreal. « Cette proposition a été refusée aujourd’hui mais elle reste néanmoins ouverte ».

Chaque jour de grève chez cet industriel qui détient 35% du marché français de la terre cuite va se ressentir chez les professionnels. Depuis la tempête de 1999, les approvisionnements sont tendus, le boom des mises en chantier de logement ayant pris le relais à partir de 2002.
« Les industriels nous font vivre des moments difficiles avec des pénuries de produits depuis deux ou trois ans », expliquait dernièrement au journal Négoce Christian Paressant, directeur du marché Couverture de Point.P. « Ils n’ont pas pu répondre à la forte augmentation de la demande. Les investissements industriels sont tardifs et nous n’en bénéficierons réellement qu’à partir du second semestre » poursuivait-t-il.
Avant même cette grève, le journal spécialisé notait que cette pénurie de produits allongeant les délais de livraison conduisait les enseignes à être placée sous un véritable régime de quotas ; « les fournisseurs livrant aux agences, mois par mois, des volumes calculés selon les achats de l’année précédente ». Nul doute que si la crise se poursuit chez Terreal, la situation pourrait devenir encore plus critique.

Chez l’industriel, on se veut rassurant. « Le bon sens va l’emporter » assure Hubert de la Villeon. « Les salariés ont profité eux aussi de l’embellie de la société » explique-t-il en rappelant deux récentes propositions : une ouverture du capital aux salariés dans le cadre d’un plan d’épargne groupe et une prime de 200 euros dans le cadre de la loi Breton.

Mais au fait, quel est le motif réel de cette grève ? « Nous demandons des garanties de LBO concernant le salaire, l’emploi, et les investissements », explique Bernard Gire. Sur l’emploi, Hervé Gastinel, Pdg de Terreal, rappelle avoir pris « des engagements en CCE pour développer l’activité de l’entreprise en France et à l’étranger », ajoutant que le nouvel actionnaire LBO « s’est engagé auprès des élus » dans ce sens et que 114 emplois avaient été créés sur les trois dernières années.
Mais justifiant « l’énormité des fonds engendrés lors de la cession » de Terreal (voir encadré), les syndicats demandent également l’attribution à l’ensemble du personnel d’une prime exceptionnelle de 1.300 euros contre les 200 euros proposés par la direction.

Jean-Philippe Defawe

Focus

Repères



Ce mouvement social est né à la suite d’une plus-value boursière de 346 millions d’euros réalisée cet été par les sociétés d’investissement américaines Carlyle et française Eurazeo . Ces dernières avaient vendu l’industriel français au fonds LBO France, pour 860 millions d’euros alors qu’il avait été racheté moins de deux ans avant pour 400 millions d’euros à Saint-Gobain.

Terreal emploie 2.300 personnes dans 22 sites de production de tuiles et de briques, dont 1.700 dans 14 usines en France.
Le groupe a réalisé en 2004 un chiffre d’affaires de 371 millions d’euros.


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