Paysage

Les services d’espaces verts changent d’échelle et de sens

Mots clés : Aménagements extérieurs - Etat et collectivités locales - Matériel - Equipement de chantier - Situation économique

Ni économie, ni simplification : réunis en assemblée générale annuelle de leur association Hortis, du 1er au 3 septembre à Marseille, les directeurs de services d’espaces verts des collectivités ne cachent pas leur « perplexité » face à la réforme territoriale, selon le mot de leur président Jean-Pierre Gueneau.

Pionnier de l’application de la loi de Modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (Maptam), le Grand Lyon administre une preuve paradoxale : oui, l’intégration des anciens parcs départementaux dans le giron de la métropole s’est déroulée sans heurts. Mais face à l’enchevêtrement persistant et inextricable entre les compétences communales et métropolitaines, la réussite résulte moins de la réglementation que de l’intelligence des hommes : « Le fonctionnement repose sur des acteurs qui se parlent dans des réseaux », affirme Frédéric Ségur, directeur du service métropolitain des arbres et des paysages.

 

Enchevêtrement

 

Le duo qu’il forme avec Pascal Goubier, qui dirige les anciens parcs départementaux passés sous le giron de la métropole, a emporté les sourires des participants au colloque d’Hortis, lorsque les deux chefs de service ont détaillé les mines de conflits désamorcées le long des voies métropolitaines : considérés comme des immeubles, les arbres d’alignement font partie de la voirie intercommunale, alors que les strates végétales inférieures relèvent de l’embellissement, compétence communale. Néanmoins, la beauté des fleurs qui décorent les noues paysagées reste secondaire, par rapport à la fonction de gestion des eaux pluviales jouée par ces ouvrages, dont l’entretien relève donc de la métropole…

 

Frustrations

 

Pour l’heure, la mutualisation des espaces verts et de la nature urbaine ne concerne que 2% des établissements publics de coopération intercommunale : les communes préfèrent généralement rester maîtresses de leurs parcs et jardins, quitte à entretenir les abords des équipements intercommunaux comme prestataires de service.

La carte intercommunale qui s’annonce pour le printemps prochain va vraisemblablement accélérer le mouvement. Haut fonctionnaire en détachement au Centre national de la fonction publique territoriale, Olivier Dedieu distingue cinq voies d’accès des espaces verts à la compétence intercommunale. Le modèle dominant, qu’il appelle séquentiel, sépare la planification et la gestion, ce qui soulève la question du cloisonnement entre ces deux univers : « En éloignant les anciennes régies communales de l’ingénierie, les intercommunalités aggraveront les frustrations des petites communes », craint Emmanuel Bajard, directeur des espaces verts de Bourges.

 

Angoisse

 

A travers l’exemple de la commune de Boé, qui a impulsé un nouveau modèle de référence dans la répartition de l’entretien des espaces publics avec la communauté d’agglomération d’Agen, le colloque d’Hortis a néanmoins montré que la porte reste ouverte à des initiatives de la base communale.

Mais les participants repartiront surtout avec le sentiment d’angoisse inhérent aux incertitudes sur l’avenir à court terme, illustré par la communauté d’agglomération des lacs d’Essonne : ses deux membres – Grigny et Viry-Châtillon – se sépareront avant la fin de l’année pour rejoindre des intercommunalités de plus grande taille. Qu’adviendra-t-il alors de l’acquis communautaire ? « Nous n’en avons aucune idée, mais nous essayons d’en assurer la promotion pour le préserver au sein de nos futures structures », répond Julie Sannier, chargée de la biodiversité. A son actif, la communauté en voie de disparition s’enorgueillit d’avoir requalifié une place en déshérence, grâce à des plantations participatives encadrées par les paysagistes de Coloco. Sensibilisés à la biodiversité, les jardiniers intercommunaux ont multiplié les initiatives à vocation pédagogique, en particulier un hôtel à insectes et un potager communautaire.

 

Panne

 

Le même nuage d’incertitudes brouille la visibilité de l’avenir des trames vertes et bleues, pilotées par les régions en voie de fusion : à quelques mois de l’échéance, seules 11 d’entre elles ont approuvé leur schéma régional de cohérence écologique (SRCAE). Comment les futurs territoires fusionnés poursuivront-ils ce travail ? Les SRCAE feront-ils partie des documents opposables, au même titre que d’autres chapitres des futurs schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet) ? Une ordonnance devrait répondre à cette question non résolue par la loi sur la Nouvelle organisation territoriale de la république (Notr), créatrice des Sraddet. Cette panne, sur la voie de la cohérence écologique de l’Hexagone, s’ajoute, à court terme, aux coûts que va générer la mise en place des futures régions fusionnées.

 

Agricultures

 

Malgré ces questions sans réponses, l’enrichissement des fonctions des espaces verts continue à motiver les services territoriaux : « Les nouvelles échelles nous prémunissent contre la fragmentation des points de vue », se réjouit Jean-Pierre Gueneau, président d’Hortis. Menées par les agences Devillers, Lin et Seura pour le compte de la mission interministérielle pour la métropole d’Aix-Marseille, les études sur les agricultures urbaines illustrent un nouveau champ d’action intercommunal, susceptible de mieux intégrer à la ville une activité aux formes multiples. Mais des montagnes restent à franchir, car comme le souligne Jean-Noël Consales, enseignant à l’Ecole du paysage de Marseille, « un géant même vert ne sert à rien, s’il est porté politiquement par une souris, même verte »…

 

Saut

 

Chargée de la biodiversité au Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), Cécile Vo Van invite les directeurs d’espaces verts à resituer l’évolution en cours dans les enjeux sociétaux : « Vous contribuez au bien être humain, à l’action publique pour tous et à la ville résiliente. Jusqu’ici, vous vous intéressiez aux écosystèmes. Demain, vous construirez des socio-écosystèmes urbains, dans des espaces fonctionnels qui ignorent les frontières administratives, et où la relation avec l’autre est déterminante ». Prêts pour ce grand saut, les membres d’Hortis ne s’y engagent pas sans formuler un avertissement et un commentaire, par la voix du président Gueneau : « Sans argent, il n’y a pas de déclinaison opérationnelle. Et n’oublions pas d’évoquer le beau et le sensible, si nous voulons concilier écologie et paysage ».

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