Industrie/Négoce

Les sénateurs taillent la filière forêt-bois

Mots clés : Bois

Le sénateur de la Côte-d’Or Alain Houpert et son collègue des Côtes d’Armor Yannick Botrel ont présenté mercredi 8 avril un rapport très critique sur l’organisation et les modes de soutiens publics de la filière bois-forêt.

Le constat est connu depuis bien longtemps : malgré sa superficie de 16,4 millions d’hectares, ce qui représente 30 % du territoire hexagonal et fait d’elle la 4e surface forestière d’Europe, la forêt française est mal exploitée et la filière bois est déficitaire. Alors qu’elle pèse 3 % du PIB national, un chiffres d’affaires de 60 milliards d’euros et 400.000 emplois, son déficit commercial est de 6 milliards d’euros par an. En dépit des soutiens publics de l’ordre de 910 millions d’euros chaque année, la valeur ajoutée de la production de bois français est détournée vers les marchés étrangers, en raison du déséquilibre entre l’exportation de bois brut et l’importation de produits transformés. Une situation qui a poussé la commission des finances du Sénat à demander à la Cour des comptes la réalisation d’une enquête sur ces soutiens à la filière forêt-bois.

Mercredi 8 avril, les sénateurs de la Côte-d’Or, Alain Houpert (UMP), et des Côtes d’Armor, Yannick Botrel (PS), rapporteurs spéciaux de la mission « Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales » de la commission des finances, ont présenté leurs recommandations et rendu publics l’enquête de la Cour des comptes et le compte rendu de l’audition des représentants des ministères concernés par la filière bois (Agriculture, Economie et Ecologie).

 

Mauvaises espèces

 

7 raisons principales expliquent selon eux la situation de la forêt française :

– son morcellement (3,3 M de propriétaires) et son manque de variété (2/3 des arbres français sont des feuillus, des espèces qui ne correspondent pas à la demande en bois des marchés les plus porteurs, comme celui de la construction) ;

– le manque de stratégie globale pour la forêt. « La politique forestière est sans stratégie, sans pilote et sans résultats », estime Alain Houpert. Cinq ministères oeuvrent à la destinée de la filière et chacun mène sa politique. « Il manque au sommet un lieu de concertation unique et interministériel », explique le sénateur de Côte d’Or. « Et à la base les organisations professionnelles sont trop nombreuses ».

– l’Office national des forêts n’est pas suffisamment tourné vers la mobilisation de la ressource bois.

– le modèle économique choisi pour la filière engendre un déséquilibre entre l’exportation de bois brut (les grumes notamment) et l’importation de produits transformés, comme les meubles et les cartons.

– les soutiens publics (910 M€ par an) ne sont pas assez efficaces montre le rapport de la Cour des comptes.

– les incitations fiscales ne sont pas assez efficaces. « Le dispositif d’encouragement fiscal à l’investissement en forêt (Defi) et le compte d’investissement forestier et d’assurance (Cifa) vont dans le bon sens, mais ils produisent encore peu de résultats », expliquent les rapporteurs.

– les soutiens à « l’aval » sont trop hétérogènes. Ainsi, explique Alain Houpert, la filière bois énergie représente 1/3 des dispositifs de soutien (CITE, fonds chaleur, soutien à la production d’électricité) et décolle quand la filière industrielle du bois, qui représente 90 % du déficit commercial de l’ensemble de la filière forêt-bois mais aussi les débouchés les plus porteurs (construction et ameublement), peine à décoller.

 

Bois d’oeuvre

 

Pour remédier à tout cela les sénateurs recommandent en conséquence d’aller au-delà des mesures prises dans la loi de modernisation de l’agriculture (qui institue dans son article 67 comme objectif reconnu d’intérêt général « le stockage de carbone dans les bois et forêts, le bois et les produits fabriqués à partir de bois » et donc la construction bois) et le projet de loi de transition énergétique (qui encourage l’utilisation du bois dans la construction) – « leurs avancées sont trop timides », a jugé, lapidaire, Alain Houpert – et de mettre en place une stratégie globale avec des objectifs précis, pilotée par un organe de concertation interministériel sous l’égide du ministère de l’Agriculture.

Au sein de cet organe de concertation qui rapprocherait les différentes organisations professionnelles, on pourrait décider de recomposer et renouveler la forêt française pour y faire une plus grande place aux résineux. Il serait ensuite possible d’adapter l’offre à la demande et de rééquilibrer les soutiens à la filière aval en privilégiant moins le bois-énergie et plus le bois d’oeuvre.

Les débouchés dans la construction, « mais surtout dans un premier temps dans l’ameublement » insiste Yannick Botrel, devraient alors faire l’objet d’une attention toute particulière.

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X