Droit commercial et concurrence

Les retards de paiement des 120 plus grands donneurs d’ordre pèsent près de 4 milliards d’euros

Le 11 juin à Paris, la Médiation inter-entreprises a présenté son rapport d’activité et dévoilé son premier indicateur des comportements de paiement des géants.

En France, deux entreprises sur trois payent leur fournisseurs et sous-traitants en retard. Côté grandes entreprises et entreprises de taille intermédiaire (ETI), c’est neuf sur dix (contre huit sur dix en Europe et quatre sur dix en Allemagne). Et si l’on regarde le poids des retards de paiement des 120 grands donneurs d’ordre qui achètent le plus en France (bâtiment, transport, télécommunication, grande distribution, industrie et quelques entreprises publiques), c’est pire : 4 milliards d’euros en avril 2015 ! C’est 635 millions d’euros de plus qu’il y a un an. La société experte en bases de données Altares et la Médiation inter-entreprises ont présenté ces données le 11 juin à Paris. A partir de 211 millions de factures analysées, Altares a décortiqué celles des 120 géants pour créer un indicateur de leurs pratiques de paiement. Objectif : faire prendre conscience à ces derniers de l’impact financier de leurs seuls retards de paiement.

 

Les grandes entreprises pointées du doigts

 

33 % des entreprises françaises accusent un retard de paiement de 13 jours (contre 28% en Europe) et font de la France le champion des petits retards (inférieurs à 15 jours). Ce délai est plus important dans les grandes entreprises qui avec les ETI sont moins respectueuses des dates de factures que les petites structure (10,5 jours pour les artisans et commerçants). D’une part, selon le directeur des études chez Altares, Thierry Millon, elles privilégient le paiement des fournisseurs stratégiques et sont moins assidues envers les fournisseurs de deuxième rang. D’autre part, « il leur est impossible d’honorer leurs factures dans un délai de 30 jours du fait des processus internes rigides et complexes », rapporte Thierry Millon. La solution : que les grandes entreprises donnent les consignes aux petites sur le processus à suivre pour se faire payer et que ces dernières les respectent. De plus, même dans les petites entreprises, les retards s’accroissent en fonction de la catégorie juridique : 12,5 jours pour les SARL et 14,4 jours pour les SA.

L’indicateur des retards de paiement sera réactualisé tous les trimestres afin de suivre les progrès des grands donneurs d’ordre pour améliorer le traitement des factures. La Médiation inter-entreprises et Altares vont contacter ces derniers pour voir comment les aider et pour élaborer des plans d’action correctifs. L’indicateur pourra être affiné par secteurs. « S’il est opportun, il n’est pas exclu que l’indicateur fasse un focus sur le secteur du BTP », affirme Pierre Pelouzet, le médiateur national des relations inter-entreprises.

 

Le BTP, pas si mal 

 

En termes de retards de paiement, le secteur du bâtiment ne serait pas le mauvais élève car il compte beaucoup de petites entreprises (PME, TPE et artisans). En dépit de la panne qu’il connaît (chute de l’immobilier, moins de chantiers, baisse des dotations des collectivités, etc.), les retards restent en dessous de la moyenne nationale avec « seulement » 10 jours. Ils sont deux fois moins importants que dans le secteur des services. « Les petites entreprises artisanales payent généralement mieux leur fournisseurs car leurs dirigeants se sentent personnellement engagés », explique Thierry Millon. En cas de problèmes de trésorerie, ils trouvent des solutions pour tenir leurs engagements financiers. Par exemple, ils peuvent être prêts à prendre sur leur fonds personnels.

Par ailleurs, Thierry Millon estime que « les grandes entreprises des travaux publics résistent mieux à la crise car elles ont moins de risques d’impayés » du fait de leur clientèle essentiellement publique.

Focus

Les actions de la Médiation inter-entreprises en chiffres

A l’occasion de ses cinq ans, la Médiation inter-entreprises a fait le bilan de ses actions. Depuis sa création en 2010 :

– 1 000 cas de médiations par an : son activité a été multipliée  par 10

– 75% de taux de réussite en moyenne

– 17% des demandes de médiations émanent du secteur de la construction

– 89% des demandes de médiations émanent des PME-TPE

– Motif de saisine n°1  (25% des cas) : le non-respect des délais des paiements (paiement au-delà du délai légal, délocalisation des services achat à l’étranger, retard volontaire de facturation, etc.).

– 800 signataires de la Charte relations fournisseur responsables de 2010 dont le premier engagement est le respect des délais de paiement

– 26 entreprises labellisées pour leurs relations durables et équilibrées avec leurs fournisseurs

– Nouveaux champ d’intervention en plus de l’industrie : les services (2012) et les problématiques entrepreneuriales liées à l’innovation (2014)

– Nouvelles mission : développer l’affacturage inversé collaboratif

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