Performance énergétique

Les rénovations énergétiques en France, nombreuses mais pas assez performantes

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Efficacité énergétique - Réglementation thermique et énergétique

Alors que s’ouvrent à Paris les 10e Rencontres de la performance énergétique (6 et 7 juin), l’Ademe dévoile les résultats de la campagne 2015 de l’Observatoire permanent de l’amélioration énergétique du logement, qui s’est penché sur les opérations de rénovation énergétique menées dans les logements privés entre 2012 et 2014. Sur les 3,5 millions de rénovations achevées en 2014, 288 000 sont jugées « performantes » ou « très performantes ».                                      

En matière de rénovation énergétique des logements, faut-il voir le verre à moitié vide ou à moitié plein ? Faut-il se réjouir du fait que, selon les résultats de la campagne 2015 de l’Observatoire permanent de l’amélioration énergétique du logement (OPEN) de l’Ademe, 3,5 millions de logements aient connu une rénovation énergétique ?

Ou s’inquiéter que seules 288 000 de ces rénovations soient jugées « performantes » ou « très performantes », c’est à dire qu’elles ont concerné au moins deux « postes » de travaux (chauffage, eau chaude sanitaire, murs, toiture/combles, fenêtre) pour lesquels ont été mis en oeuvre des « gestes » performants (une isolation performante sur plus de 50 % de la surface des parois par exemple ou l’installation d’une pompe à chaleur Air/eau ou la pose de de double vitrage à isolation renforcée) ?

Mais peut-être que les principaux enseignements ne résident pas uniquement dans ces chiffres bruts rendus publics par l’Ademe en ouverture des 10e Rencontres de la performance énergétique lundi 6 juin.

 

Rénovation, portrait-type

 

L’étude réalisée par TNS Sofres auprès de quelques 1 500 foyers permet en effet d’identifier le type de travaux les plus réalisés, les sommes engagées, l’état de « conscience » de la population concernant les aides publiques à disposition et la position des professionnels. Bref, c’est une sorte de guide d’évaluation et d’orientation pour les politiques publiques de rénovation énergétique. Un outil important alors que l’objectif est désormais la « massification » des rénovations.

Le portrait qui se dessine donc à la lecture de cette enquête est le suivant : dans leurs opérations de rénovation énergétique menées pour améliorer le confort thermique (pour 63 % des ménages ayant mené une rénovation performante), du logement (très souvent une maison) dont ils sont dans 9 cas sur 10 propriétaires, les ménages, qui ont une assez bonne connaissance des aides financières pour la réalisation de leurs travaux (79 % d’entre eux connaissent au moins un dispositif, le plus connu étant la TVA à 5,5% avec 64 % de réponses positives), changent prioritairement leurs fenêtres : 1,2 million de logements ont procédé à un remplacement de leurs fenêtres, pour un montant moyen de 5 200 euros.

L’action sur les murs (1 072 000 logements concernés) est le deuxième poste le plus traité. Mais, note l’Ademe, « les travaux de réaménagement intérieur ou d’entretien des façades ne sont que trop rarement accompagnés par de l’isolation thermique intérieure ou extérieure. » A ce titre, la publication récente du décret « embarquement de la rénovation » devrait permettre de remédier à cette situation.

 

L’argent reste un frein

 

Mais l’argent reste le nerf de la guerre. Et les ménages en manquent. Ainsi la moitié d’entre eux, qui déclarent avoir encore des travaux de maîtrise de l’énergie à faire et ont l’intention de les réaliser, invoquent un frein financier.

Car une rénovation, surtout une rénovation performante ou très performante, demande un budget conséquent : 25 500 euros environ, contre 11 146 € pour une rénovation « moyenne », c’est-à-dire n’ayant porté que sur un seul « poste ». C’est plus de deux fois plus cher… Et les aides de l’Etat ne permettent de diminuer « que » de 17% les dépenses des ménages. Et ce, quand ces ménages savent comment les mobiliser.

En effet, les guichets uniques mis en place (Points Rénovation Info Service ou Espaces Info-Energie) s’ils sont connus de 20% du grand public (26% chez les ménages ayant fait une rénovation moyenne, 33% des ménages ayant réalisé une rénovation énergétique performante) sont très peu sollicités : moins de 10% des ménages interrogés y ont demandé conseil.

Ce sont donc les professionnels du bâtiment auxquels les ménages font appel majoritairement, à 66% (contre 18% pour l’auto-rénovation), pour leurs travaux de rénovation énergétique, qui jouent ce rôle. 74% des artisans interrogés mettent en avant la TVA à taux réduit et 63% le CITE.

Enfin, il apparaît que le diagnostic de performance énergétique (DPE) peut avoir un effet déclencheur fort pour des travaux de rénovation. Si seulement 29% des logements qui ont bénéficié de travaux de rénovation ont fait l’objet d’un DPE, les recommandations indiquées ont été suivies à 70%.

Le document de l’Ademe n’émet pas de conclusions à destination des pouvoirs publics, mais elles sont aisées à tirer : le maintien et le renforcement des dispositifs réglementaires et financiers d’incitation, le renforcement de la communication et le rôle de conseil des professionnels sont les ingrédients de base nécessaires à la massification tant espérée de la rénovation énergétique.

 

 

Focus

L'impossible comparaison

Les résultats des précédentes enquêtes OPEN ne peuvent être comparés à ceux de cette nouvelle version de l’enquête, du fait de plusieurs facteurs :

– Le périmètre temporel retenu : l’enquête 2015 retient comme périmètre temporel les ménages déclarant avoir mené au moins un geste achevé en 2014 dans leur logement, avec une prise en compte de l’ensemble des gestes achevés dans ce même logement sur la période 2012-2014. Ce périmètre particulier permet de bien intégrer les rénovations performantes qui ne se déroulent que rarement sur une seule année civile. Cette période de comptabilité est différente des précédentes enquêtes OPEN.

– La classification des gestes est différente des précédentes enquêtes. Le découpage par poste n’est pas identique, et les critères de performance peuvent varier. Ces derniers ont notamment été ajustés dans un objectif de transparence entre les niveaux de performance OPEN et les aides publiques (CIDD…).

– La classification globale des rénovations en quatre niveaux («faible», «moyenne», «performante», «très performante») diffère aussi des précédentes enquêtes et de leur qualification en trois niveaux (1 étoile, 2 étoiles et 3 étoiles).

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  • - Le

    cohérence

    Et si les épaisseurs abusives d’isolant à mettre en oeuvre étaient en cause ? Si les isolants garantissant leur performance pouvaient être installés en moindre épaisseur, peut-être cela favoriserait il certains projets !
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  • - Le

    Doux euphémisme !

    Si on regarde les chiffres clé de l’énergie éditées tous les ans par le ministère, On voit très vite que rien n’a bougé de 2000 à 2015. Nos consommations augmentent même légèrement, malgré la délocalisation massive de l’industrie, malgré les efforts dans les transports et des températures toujours plus douces en moyenne. Ce n’est pas avec des mesurettes et des réglementations écrites par les lobbies de l’énergie et des systèmes que les choses vont bouger.
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