Energie

Les Rencontres de la Performance Energétique mobilisent toute la filière du bâtiment

A la veille du début de l’examen du texte « Grenelle 1 » par les parlementaires, se tenait la deuxième édition des Rencontres de la Performance Energétique sur le thème de la rénovation des bâtiments existants. Organisée par le groupe Moniteur en partenariat avec Edf et le groupe Point.P, ce rendez-vous a fait salle comble, preuve d’une mobilisation des acteurs du bâtiment autour des objectifs d’économie d’énergie.

Quelque 250 acteurs du bâtiment (architectes, bureaux d’études, industriels, distributeurs, entrepreneurs…) ont répondu présents, le 7 octobre, à cette journée d’information et de formation. Une journée dont l’objectif était de dresser un état des lieux sur la rénovation énergétique des bâtiments existants : réglementations, techniques et solutions, coût, financement…à travers des exemples et des témoignages d’experts et de maîtres d’œuvre. Fil rouge : la réhabilitation du siège social du Gesec, groupement de 300 entreprises d’installation en génie climatique et l’une des premières rénovations d’un bâtiment tertiaire en France, conforme au standard des années 2020. Il est vrai que le sujet est d’importance. Plus de 30 millions de logements (publics et privés) ainsi que 875 millions de m² de bureaux sont potentiellement concernés. Ces bâtiments, construits pour la plupart avant 1975, alors qu’aucune réglementation thermique n’encadrait leur construction, sont aujourd’hui largement responsables des émissions de gaz à effet de serre. Il y a donc urgence à les mettre aux normes pour en maîtriser la consommation énergétique. Pour y parvenir, la politique énergétique mise en œuvre s’articule autour de trois axes : réglementer, sensibiliser et inciter.

Une réglementation encore peu connue
« La réglementation ne date que de l’année dernière et reste encore assez méconnue », souligne Françoise Chaudrier du bureau d’étude technique AET Loriot, intervenant lors de la première table-ronde sur l’enveloppe du bâtiment. La RT dans l’existant, dénommée RT « élément par élément », en vigueur depuis le 1er novembre 2007 s’applique à des surfaces inférieures à 1.000 m² et lorsque le montant des travaux est inférieur à 25 % du coût de la construction. Pour cette dernière, il n’y a aucune obligation d’effectuer des travaux, mais seulement de respecter les exigences pour les travaux décidés par le maître d’ouvrage. Parallèlement, rappelle-t-elle, la réglementation dite « RT globale » s’applique aux bâtiments d’une surface hors œuvre nette (SHON) supérieure ou égale à 1.000 m² et un coût des travaux supérieur à 25% de la valeur du bâtiment concerné.

Trouver les bons équilibres
Les travaux de réhabilitation thermique portent sur l’enveloppe, les installations de chauffage, de production d’eau chaude, de refroidissement, de ventilation et d’éclairage, c’est-à-dire tous les éléments qui ont un impact direct sur l’efficacité énergétique.
Pour éviter les déperditions de chaleur, l’isolation thermique est le premier poste à remplacer. « Le traitement de la perméabilité à l’air est indissociable des travaux de rénovation », expliquent de concert Françoise Chaudrier et Emmanuel Vaast, Directeur général de Phenix évolution (groupe Géoxia), qui, pour les programmes de rénovation énergétique et d’agrandissement de ses maisons individuelles, s’appuie sur un logiciel développé en partenariat avec le CSTB et l’Ecole des Mines.
Quant à savoir ce que signifiait « chauffer durablement », sujet d’une autre table-ronde, les intervenants ont été unanimes : c’est ne pas chauffer ou réduire au maximum les besoins de chauffage et l’effet parois froides (isolation + ventilation). Pour Nathalie Tchang de Tribu Energie, l’avenir passe par « une réduction des puissances de chauffage et le développement de systèmes à fonctions multiples, comme la micro-cogénération (chaleur + électricité), le double-flux thermodynamique (ventilation + chauffage), la PAC mixte (chauffage + ECS) ou encore la pile à combustible ». La régulation n’est pas oubliée dans cette démarche d’économies d’énergies puisqu’elle permet d’éviter les surconsommations, ni l’éclairage qui va devenir très important, selon Christian Cardonnel de Cardonnel Ingénierie. « Aujourd’hui, un bâtiment tertiaire consomme entre 7 et 8 kWh en éclairage ; par rapport aux 50 kWh visés, ce poste va s’inscrire de plus en plus dans le calcul de l’efficacité globale ». La performance énergétique dans les bâtiments existants ouvre un vaste chantier. Parmi les nombreuses pistes de réflexions, il y a celles qui concernent la récupération d’énergie, notamment sur l’électroménager et la douche, tous deux très dépensiers en énergie, 30 kWh pour le premier et 25 kWh pour le second.

Accompagnement obligatoire
Si Emmanuel Vaast est convaincu que dans cette recherche d’économies d’énergie un travail important reste à faire avec les industriels pour trouver des produits adaptés et qu’il est nécessaire de proposer des offres évolutives, il insiste sur une mise en oeuvre de qualité. Un élément repris par d’autres intervenants qui mettent en avant la formation de la filière. « Nous distributeurs, avons un rôle d’information à jouer auprès des artisans ; mais toute la problématique actuelle est de faire communiquer entre eux les différents corps d’état », évoque Yann Ditsch, Directeur de marché Aménagement intérieur du groupe Point.P. Techniques, réglementation, mise en œuvre, formation …sont autant d’éléments à prendre en compte dans la performance énergétique des bâtiments existants…. Mais ce ne sont pas les seuls. « Nous avons entrepris la rénovation de huit logements sociaux, d’une surface totale de 321 m2, qui sont passés d’une consommation d’énergie de 400 kWh/m2/an à 55 aujourd’hui, relate Stéphane Wallon, Directeur de la réhabilitation de Logirep, société anonyme d’HLM. Si le surcoût de 18% de cette réhabilitation par rapport à une opération HQE standard nous empêche de reproduire cette réalisation, nous nous sommes surtout aperçus, que nous n’avions pas tenu compte des comportements des occupants : un des logements était équipé d’un chauffage d’appoint. Nous l’avons ressenti comme un véritable échec. Depuis, nous intégrons la communication sur l’optimisation énergétique auprès des locataires ».
Un autre point abordé lors de cette journée a porté sur la garantie des résultats des travaux réalisés. Aujourd’hui, aucune réponse ne peut être apportée, sinon celle de Philippe Pelletier, Président de l’Anah et président en charge du Comop 3 (Bâtiment Existant Grenelle de l’Environnement) et le grand témoin de la manifestation : « Il faudra vendre de la garantie. Est-ce de la garantie de résultat ou de performances ? Tout reste à inventer et peut-être un nouveau métier qui mêlera techniques d’assurances et bureau d’études… ».

Frédérique Vergne

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