Collectivités territoriales

Les priorités du nouvel exécutif régional d’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes

Mots clés : Conjoncture économique - Etat et collectivités locales

Sur les traces de l’ancien duché d’Aliénor, la quatrième région française (PIB et démographie), la plus grande en superficie, s’est dotée d’un exécutif copieux: 183 élus, 15 vice-présidents qui représentent les 12 départements de la région. Un nouveau mandat pour Alain Rousset, le quatrième en tant que président de région, qui affirme «il n’y aura pas de centralisme bordelais». Son premier vice-président est Gérard Vandenbroucke, ancien président du Limousin.

Innover pour construire ensemble une nouvelle région, tel aura été le slogan de presque toutes les interventions de cette session d’ouverture du conseil régional d’Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes réuni le 4 janvier 2016 à Bordeaux.

Cette première assemblée plénière a, sans surprise, porté à sa tête Alain Rousset élu président de région avec 108 voix, soit une de plus que les 107 votants de sa majorité. Les 183 nouveaux élus des trois régions ont également désigné la commission permanente de 61 membres -et les 15 vice-présidences- dans laquelle on trouve les têtes de liste ou les numéros 2 -parité oblige- de chacun des douze départements, ainsi que les deux anciens présidents de région, Jean-François Macaire, président sortant de Poitou-Charentes et Gérard Vandenbroucke, ancien président de la région Limousin.

 

Une région de 6 millions d’habitants

 

Le nouvel exécutif aura fort à faire pour faire avancer cette vaste région, 1/7e de la superficie française, au même rythme pour tous ses «pays». Militant depuis toujours pour une région innovante, le nouveau président Alain Rousset devra composer avec des départements aux tempéraments, aux démographies, aux économies plus complémentaires que concurrentes.

Ce que résumait dès l’ouverture le doyen de l’assemblée Michel Veunac, 69 ans, maire de Biarritz, éphémère président: «Au-delà nos divergences, il faudra exercer notre intelligence collective, à la mesure de ce vaste territoire, de ces 6 millions d’habitants (…) la grande région ne se construira pas sur des affrontements idéologiques mais sur nos propres chemins, notre pluralisme sera notre principal atout».

Après l’appel des 183 élus, la liste Rousset l’a emporté vers midi avec 108 voix sur 137 exprimées, la liste de Jacques Colombier (FN) faisant le plein de 29 voix. La tête de liste de droite rassemblée, Virginie Calmels ne se présentant pas, 46 bulletins blancs ou nuls ont été recensés.

Dans son discours de politique générale, largement improvisé -mais peut-on parler d’improvisation quand on démarre un quatrième mandat de président de région-, Alain Rousset a dressé les principales lignes forces du nouvel exécutif.

 

Innovation, co-construction, transports

 

Les priorités reflètent les différentes composantes historiques dans le prolongement des politiques menées par la région Aquitaine: l’innovation, l’entreprise du futur, l’aménagement du territoire, les transports, la santé. Et s’y sont rajoutées de nouvelles priorités souvent initiées par les régions limousine et poitevine: la chimie verte, l’instauration d’une «taxe carbone» régionale, un vaste programme de travaux sur la transition énergétique. Enfin, le nouveau président s’est exprimé sur deux nouvelles propositions: centraliser au niveau régional tout le service public de l’emploi. Et créer pour et avec les bailleurs régionaux un fonds d’investissement régional pour les PME.

La méthode se veut consensuelle: rassemblement et ouverture; en gage: la présidence de la commission des finances promise à l’opposition.

C’est aussi la peur de voir la métropole régionale accaparer tous les services qui lui a fait répéter comme une antienne «Il n’y aura pas de centralisme bordelais».

 

Focus

Voici quelques éléments de cette politique régionale qu’Alain Rousset a esquissée pour les six années à venir:

La méthode et le nom

«Je suis ému et fier d’obtenir cette grande responsabilité, etc. nous allons créer ensemble une nouvelle région, cela est suffisamment rare pour mesurer les responsabilités qui pèsent sur nous. Nous rassemblons des forces, des identités en les respectant, 5,8 millions de femmes et d’hommes à qui il faudra apporter notre souci du quotidien et la préparation de l’avenir, il nous faudra rechercher des majorités d’idées et de projet. Cette région est une à partir d’aujourd’hui, un groupe de travail créatif proposera un nom d’ici juin, un nom de région qui doit nous rassembler, être une marque pour nos produits, claquer auprès de tous les habitants».

 

Une méthode contractuelle

«Nous allons créer une Datar rapidement, une délégation qui va accompagner la politique contractuelle, avec une capacité d’analyse, nous appuierons sur les Universités, pour un accompagnement spécifique des territoires en situation de déprise; pour le reste des contrats de pays seront développés, contrats de territoires, réfléchir à la géographie, m’appuierait sur vos propositions, pour élaborer en co-construction des stratégies territoriales. On ne peut plus faire action publique sans que réflexion et choix soient partagés entre élus, monde culturel, associatif. Nous devrons inventer à notre échelle une nouvelle façon de vivre la démocratie, plus ouverte, collaborative, comme le pratique déjà le Ceser.

 

Vers des antennes locales

Le président propose de mettre en place le dispositif expérimenté avec succès en Poitou-Charentes, des structures locales d’accueil pour raccourcir le temps de gestion d’un dossier. Propose notamment des équipes mobiles de fonctionnaires autour des grandes compétences d’emploi et de formation qui puissent aller sur les territoires. «Une ingénierie spécifique qui ira là où les territoires en ont besoin, à coût équivalent aux structures actuelles. Nous nous adosserons aux NTIC, avec des salles immersives de vidéoconférence pour faciliter notre travail, comme l’a déjà développé l’université de Rennes, pour éviter de multiplier les déplacements.»

 

De nouveaux moyens, etc. vers un grand emprunt ?

«Soyons inventifs, essayons d’innover, comme dans l’économie sociale et solidaire, dont aura la charge un vice président. L’une de nos priorités sera de moderniser nos infrastructures, les TER, les trains du quotidien, les liaisons régionales routières déjà inscrites au CPER en Limousin et Poitou-Charentes. L’Etat doit trouver d’autres sources de financement que budgétaires, je suggère un grand emprunt, comme cela a été fait pour l’Université avec le plan Campus et pour les grandes infrastructures avec l’aide de l’Europe. Il faut rediscuter de la taxe carbone dans une région où 9000 poids lourds viennent chaque jour d’Espagne. Instaurer une taxe, c’est aider le report de la route vers le rail, soutenir la régularité, le confort, la sécurité des transports publics régionaux. Et aussi participer à l’unité de cette région.»

 

Vers un service régional de l’emploi

«L’attractivité de la région, avec l’arrivée de 13000 actifs par an, pèse également sur le chômage: le deuxième emploi du couple est un beau défi, qui rassemble attractivité, solidarité, visibilité. Il n’est pas acceptable que des entreprises qui veulent recruter ne trouvent pas à pourvoir ces emplois. Il nous faut réfléchir à un service public régional de l’emploi, que nous avons déjà mis en place pour les apprentis. La région doit piloter en totalité le service public de l’emploi».

 

Economie

«La stratégie essentielle, c’est l’innovation, l’ouverture des universités qui doivent irriguer notre tissu de PME, avec de nouvelles façons de produire, y compris dans la construction. Cette innovation sera prioritaire. Il nous faut un fonds d’investissement régional massif, car les délais actuels sont inacceptables. Nous créerons avec les banques et les investisseurs un fonds de plusieurs centaines de millions d’euros pour accompagner sur le long terme les entreprises. Eviter la décapitation de l’entreprise qui est revendue par le fonds d’investissement lorsqu’elle a pris de la valeur. Mieux structurer la chaîne de sous-traitance, le projet d’usine du futur, inventé en Aquitaine, nous allons l’étendre à toute la grande région. Nous devons doubler le nombre d’entreprises de taille intermédiaire. Pour cela, toutes nos entreprises doivent être numérisées. Le très haut débit devra se déployer sur tout le territoire.»

 

Un budget de 2,8 milliards attendu

 

Cap sur l’investissement

« En 2009 et 2010, nous avons construit en Aquitaine 30% des logements «jeunes» réalisés en France. Il faut poursuivre cet effort. Soyons ensemble pour choisir nos priorités, dans la rigueur budgétaire et la croissance du budget d’investissement. Nous étions à 44% du budget consacré à l’investissement, cette année nous étions à 40%, la troisième région de France, il nous faudra remonter à la première place: il y a des CFA à construire, des investissements sur les ports. En matière de transition énergétique, nous allons favoriser et aider l’isolation des maisons, la méthanisation, la pose de cellules photovoltaïques sur les fermes, développer le potentiel d’énergie des hydroliennes, des piles à hydrogène» évoquant la construction possible à Lacq d’une entreprise européenne de fabrication de batterie. Et, bien sûr, la priorité aux transports collectifs. Et à la formation: «aider les jeunes, rassembler nos moyens, ne pas disperser les actions, mais avoir des priorités dans le cadre de nos compétences, créer un effet de levier sur actions fortes et lisibles».

 

Une évaluation des politiques et une opposition attentive, etc.

Si l’exécutif peut tabler sur une stabilité du budget de fonctionnement «dans le respect des hommes et des femmes qui travaillent», le président évoque aussi la nécessité d’évaluer l’efficacité des politiques menées: «nous allons créer une commission d’évaluation des politiques publiques». Et de conclure que «tout cela ne peut se faire qu’en équipe».

Logiquement, la tête de liste FN Jacques Colombier évoque une opposition non systématique mais claire «nous voterons les dossiers en faveur des citoyens de cette région, chaque euro doit profiter exclusivement aux habitants de cette région».

Virginie Calmels, chef de file de l’opposition de la droite (Les Républicains, UDI, Modem) évoque un «esprit constructif et pragmatique, au nom intérêt général et régional que nous conduirons notre action dans la mandature. Nous vous pousserons dans vos retranchements pour la vision créative, ne pas imposer un modèle aquitain, mais retenir les meilleures pratiques de tous les territoires.» Et d’évoquer également les priorités qui manquent de résultats «l’attractivité, la politique d’innovation, la formation et l’apprentissage ne portent pas toujours les fruits attendus. Il faut déployer dans un délai très court le numérique pour tous, notamment le très haut débit, outils indispensables de l’aménagement du territoire».

Tous semblent prêts, le travail des commissions va démarrer. Les prochaines semaines serviront à préparer l’organigramme des 8000 agents, la méthode de travail collaborative, le budget primitif qui sera débattu en avril et voté le 23 mai prochain.

 

Focus

Qui sont les quinze vice-président(e)s et leurs attributions ?

1er VP: Gérard Vandenbroucke, Aménagement du territoire, politique contractuelle et «très haut débit». Ancien président de la région Limousin.

2e VP: Nathalie Lanzi: Jeunesse, sport, culture et patrimoine. Tête de liste Deux-Sèvres.

3e VP: Jean-François Macaire: Finances, budget. Ancien président de la région Poitou-Charentes. Tête de liste de la Vienne.

4e VP: Françoise Coutant: Transition énergétique. Elue EELV de Charente.

5e VP: Bernard Uthurry: Développement économique et économie numérique. Tête de liste Pyrénées-Atlantiques.

6e VP: Nathalie Delcouderc: Economie territoriale, économie sociale et solidaire. Elue de la Corrèze.

7e VP: Jean-Louis Nembrini: Education et lycées. Ancien recteur de l’Académie de Bordeaux. Elu de Gironde.

8e VP: Sandrine Derville: Tourisme. Elue des Pyrénées-Atlantiques.

9e VP: Gérard Blanchard: Enseignement supérieur, recherche. Président de l’Université de la Rochelle. Elu de Charente-Maritime.

10e VP: Isabelle Boudineau: Europe et international. Elue de Gironde.

11e VP: Jean-Pierre Raynaud: Agriculture, agroalimentaire, forêt, mer et montagne. Elu de Dordogne. Retrouve sa délégation antérieure à l’Agriculture.

12e VP: Catherine Veyssy: Formation professionnelle, apprentissage et emploi. Elue de Gironde. Numéro 2 de la liste Rousset.

13e VP: Renaud Lagrave: Infrastructures, transport, mobilités. Tête de liste des Landes.

14e VP: Geneviève Barat: Ruralité, «vivre ensemble», vie associative et citoyenneté. Elue de la Creuse. Eleveuse de chèvres.

15e VP: Nicolas Thierry: Environnement et biodiversité. Elu EELV de Gironde.

 

Focus

Les autres membres de la commission permanente, qui en compte 61, dont les 15 vice-présidents:

– 37 élus «PS-PRG-EELV»: Andréa Brouille, Mathieu Berge, Martine Alcorta, Stéphane Delpeyrat, Sandrine Laffore, Henri Sabarot, Françoise Jeanson, Jean-François Daure, Naïma Charai, Pierre Chéret, Laurence Harribey, Lionel Frel, Reine-Marie Waszak, Mathieu Hazouard, Maryline Simone, Pascal Duforestel, Maryse Combres, Benoît Biteau, Béatrice Gendreau, Jérôme Orvain, Elisabeth Bonjean.

– 15 élus «Les Républicains-UDI-Modem-CPNT»: Virginie Calmels, Olivier Chartier, Françoise Beziat, Yves d’Amecourt, Sally Chadjaa, Guillaume Guérin, Marie-Françoise Nadau, Cyril Victor, Nathalie Fontaliran, Marc Oxibar, Véronique Marendat, Jean Dionis du Séjour, Nathalie Delattre, Joan Taris, Monique Semavoine.

– 9 élus «Front national»: Jacques Colombier, Edwige Diaz, Christian Houdet, Agnès Tarraso, Jean-Romée Charbonneau, Claudie Cheyroux, Thierry Rogister, Aurélie de Azevedo, Etienne Bousquet-Cassagne.

 

Focus

Quels moyens pour la grande région ?

Si l’on additionne les trois budgets 2015 des conseils régionaux d’Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, on arrive à un total de 2,854 milliards d’euros environ. Le vote du budget primitif 2016 de la nouvelle région est prévu pour le 23 mai prochain.

Dans le détail, le BP 2015 du Limousin s’établissait à 678,6 millions d’euros. En moyenne, depuis cinq ans, le budget d’investissement limousin se maintient autour de 150 millions d’euros.

Pour la région Poitou-Charentes, le budget primitif 2015 s’élève à 754,8 millions d’euros dans le budget consolidé et 455 millions d’euros de crédits de paiement en investissement.

Pour l’Aquitaine, le budget primitif 2015 s’élève à 1,421 milliard d’euros, sensiblement au même niveau que les années précédentes, dont 652,3 millions de dépenses d’investissement, en crédits de paiement/autorisation de programmes.

Chaque région a voté une décision modificative en fin d’année pour commencer l’année 2016, autour de 30 millions d’euros dont 12,9 millions pour l’Aquitaine. Cette décision modificative permet de fonctionner durant les premiers mois de 2016. La nouvelle région va fixer ses orientations budgétaires le 4 avril prochain et votera son budget primitif le 23 mai 2016.

L’agence de notation Standards & Poors estime que la fusion des trois régions aura un impact positif sur le budget et la capacité d’investissement.

 

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