Performance énergétique

Les préconisations des artisans RGE pour la rénovation énergétique ? « Du grand n’importe quoi » selon UFC-Que choisir

Mots clés : Artisanat - Démarche environnementale - Efficacité énergétique

L’association de consommateurs a réalisé une étude, publiée le 7 décembre, sur dix maisons mal isolées dans dix départements différents, auprès de 42 professionnels, en août/septembre 2016. Les conclusions sont accablantes.

En mai 2014, UFC-Que Choisir dressait un bilan « désastreux » de la politique de rénovation énergétique des logements articulée autour du dispositif RGE, « reconnus garant de l’environnement » et de l’éco-conditionnalité des aides publiques. Deux ans et une loi de transition énergétique plus tard, la situation semble ne pas s’être franchement améliorée, à en croire la dernière étude de l’association de consommateurs.

Aujourd’hui les professionnels RGE « sont toujours incapables d’avoir une approche globale du bâti et de faire des préconisations cohérentes », juge UFC-Que Choisir, qui a étudié dix maisons mal isolées dans dix départements différents, auprès de 42 professionnels, en août/septembre 2016.

Dans le cadre de l’étude, rares ont été les artisans RGE « capables d’effectuer un diagnostic pertinent: 9% contre 3% dans notre étude de 2014 et de proposer une solution à la fois sur l’enveloppe du bâti et sur la production de chaleur cohérente », dit l’association de consommateurs. Or « très souvent les professionnels se cantonnent à analyser la partie du bâtiment qui concerne la ou les compétences qu’ils maitrisent », ce qui « rend difficile voire impossible » cette approche globale.

En cause, selon l’UFC, « une formation inadaptée », trop courte (trois jours) et trop théorique, qui rend « illusoire la maîtrise de la thermique des bâtiments », dans un métier où « la formation pratique sur le terrain est essentielle », et un contrôle insuffisant des qualifications des professionnels. Car sur les 4 ans de certification, un seul contrôle est réalisé par l’organisme certificateur, ce qui est « insuffisant pour garantir la qualité du RGE », dit l’UFC.

Faux, répond Alain Maugard, le président de Qualibat, organisme certificateur : « Il est faux de dire que le label RGE est distribué facilement et que les contrôles sont insuffisants, voire inexistants. Actuellement, à Qualibat, nous refusons 50% des demandes. En 2016, nous avons radié 4000 entreprises. Et nous avons réalisé 10 000 contrôles sur ce label, en planifions 16 000 pour le début de 2017. D’ici deux ans, chaque entreprise RGE aura été contrôlée ! »

 

Prix excessifs

 

Ce qui apparemment n’est pas suffisant d’après l’étude de l’UFC, dans laquelle tous les artisans en prennent pour leur grade : « Ni les professionnels RGE spécialisés, ni ceux bénéficiant des mentions spécifiquement créées pour répondre aux problématiques de la rénovation globale Eco-artisan (Capeb), Pros de la performance énergétique (FFB) et « offre globale » ne se montrent à la hauteur », assène l’étude. Car leurs préconisations de rénovation énergétique – « du grand n’importe quoi », dit l’UFC, ne permettent de baisser, en moyenne, que « de 27% la consommation d’énergie alors que la loi Transition énergétique pour la croissance verte fixe un objectif de 75% pour l’ensemble du bâti résidentiel d’ici 2050 ».

Un argument qui n’inquiète pas outre mesure Alain Maugard : « Cette étude ne s’intéresse qu’à la partie prescription. Il n’y a rien qui concerne la qualité des travaux effectivement réalisés. Or, c’est surtout cela que nous contrôlons lorsque nous attribuons à une entreprise le label RGE. Par ailleurs, l’UFC-Que Choisir oublie une chose : seule une minorité de clients vient nous voir uniquement pour améliorer l’efficacité énergétique de leur logement. La plupart nous demandent une intervention unique qui porte sur le confort de vie. C’est l’artisan RGE qui peut essayer, dans ce cadre, d’embarquer des travaux de rénovation énergétique. Il ne faut pas oublier non plus que nos clients, le plus souvent, ont un budget limité, et n’ont donc pas les moyens de financer un bouquet de travaux ‘efficacité énergétique’. Et, si c’est le cas, ils devraient plutôt se tourner vers un ingénieriste en performance énergétique que vers des artisans ».

Des artisans qui auraient de plus, d’après l’étude tendance à pratiquer des prix « excessivement élevés et injustifiés, jusqu’à 185% supérieurs aux prix constatés sur une opération comparable optimisée ». Et la majorité ne donnerait qu’une information « minimale et générique » sur les aides accessibles aux consommateurs.

Ce que confirme Lidwine Mure, propriétaire d’un appartement de 70 m² (3 pièces) à Nanterre qui a changé sa chaudière pour en installer une à condensation, dans le cadre du programme Habiter Mieux piloté par l’Agence nationale de l’habitat (Anah). « Pour faire installer une chaudière à condensation dans mon logement, je ne me voyais pas sélectionner un artisan sur l’annuaire, alors je suis tournée vers les listes de professionnels qualifiés comme RGE ou Qualigaz », interrogée par Le Moniteur. « Au final, j’ai demandé un devis à 12 ou 15 artisans parce qu’il y avait une grande incohérence entre le discours tenu par chaque professionnel. Aucun artisan ne disait la même chose que son concurrent ! Un professionnel a même assuré qu’il était impossible d’installer une chaudière à condensation dans mon logement, alors qu’au final, j’en ai fait poser une. Et côté devis, les tarifs affichés allaient du simple (5 000 euros) au triple. Cela n’avait pas de sens et m’empêchait de sélectionner l’artisan qui allait intervenir chez moi. J’ai fini par sélectionner un artisan qui m’avait été conseillé par des proches, il s’avère être qualifié RGE. »

 

« Y réfléchir à deux fois »

 

L’UFC-Que Choisir estime qu’au bout du compte, tous les surcoûts ne permettent pas aux consommateurs de rentabiliser les opérations de rénovation énergétique, et peuvent même les rendre « financièrement inaccessibles ». Et ces prix excessifs « trop largement subventionnés », font « peser un surcoût sur les finances publiques », souligne l’UFC, pour qui « clairement, la qualification RGE ne répond pas à l’objectif de montée en compétence que se sont fixés les pouvoirs publics et la profession ».

Pour s’attaquer à ces difficultés, l’association de consommateurs préconise de « promouvoir une nouvelle filière d’experts indépendants, capables de coordonner les travaux et d’accompagner les consommateurs tout au long de leur démarche de rénovation énergétique ». Elle souhaite aussi que soit « instaurée une obligation de résultat », que les consommateurs pourront invoquer dès lors que les allégations de performance énergétique faites par les professionnels n’auraient pas été atteintes. Enfin, elle souhaite que les banques soient responsabilisées dans le cadre d’un « crédit affecté », afin qu’elles vérifient la prestation réalisée, ainsi que la solvabilité et les capacités du professionnel partenaire.

« A l’heure actuelle, nous conseillons aux ménages d’y réfléchir à deux fois, avant de se lancer dans des travaux de rénovation énergétique », conclut l’UFC.

 

 

Focus

Patrick Liébus, président de la Capeb : "on mélange tout"

Je me rappelle la charge sévère que l’UFC-Que Choisir avait menée il y a deux ans. Cette fois encore, l’étude est partiale et instruit uniquement le mauvais côté des choses en faisant d’une toute petite minorité, une généralité. Le journaliste, qui est un militant de l’auto-construction, soit dit en passant, se permet en plus, de citer le nom des entreprises, ce que je ne supporte pas. Qu’on fasse un constat pourquoi pas, mais qu’on dénonce nommément les entreprises, non.

Cette étude mélange tout : une formation RGE n’est pas une formation au métier de la rénovation. Les différences de prix elles peuvent s’expliquer de plusieurs façons que l’enquête ignore : est-ce que l’artisan se fournit dans une grande surface de bâtiment ou chez un professionnel ? Quelle est la taille de son entreprise ? Quelles sont ses charges ?

Pour trouver des entreprises compétentes et en savoir plus sur les aides, le client peut se tourner vers les plateformes locales de rénovation énergétique qui informent sur les aides et ont un annuaire d’entreprises. Ensuite, en ce qui concerne les devis, ils doivent être complets et détaillés avec l’assurance clairement identifiée.

Cette enquête mélange tout. Les choux et les navets. Ca fait une bonne soupe mais de mauvais comptes.

 

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  • - Le

    Un seul recours : les espaces info-énergie

    Dommage que votre article insiste sur les problèmes, les postures d’acteurs et non les (la?) solutions. Je cite la fin de l’article de l’UFC-Que Choisir : La seule bonne démarche, cette nouvelle enquête grandeur nature le confirme, c’est de prendre rendez-vous avec l’Espace-Info-Energie le plus proche de chez soi. Un conseiller énergie analyse […] gratuitement et en toute objectivité puisqu’il n’a aucun intérêt commercial à l’affaire. A quand un article dans le Moniteur pour faire connaître ces espaces ? François Sivardière – Grenoble.
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  • - Le

    Changement de chauffage

    Oui, quand j’ai voulu changer mon chauffage il y a quelques années, j’ai été confronté aux mêmes problèmes, autant de solutions et de prix différents proposés que de sociétés et artisans contactés. Les organismes ne donnaient que des infos générales, comme la distribution spécialisée et les fabricants. C’est impossible de s’y retrouver. Les soi disants experts ne se déplacent pas et demandent des sommes importantes pour donner que des conseils généraux. En général, ils sont très proches d’un groupement d’artisans ! J’avais vraiment l’impression que les aides financières de l’état ne permettaient que de financer tout ce monde et de faire grimper les prix. C’est a priori toujours le cas !
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