Collectivités territoriales

Les politiques urbaines à l’épreuve du numérique

Mots clés : Matériel - Equipement de chantier

A l’échelle de la ville française, les technologies du numérique ne connaissent pas le même engouement qu’au niveau du bâtiment. Une conférence organisé par le club Mines Aménagement & Construction mettait en lumière les nombreux freins existants.

En cette soirée du 8 avril, André Santini est en représentation. Le club Mines Aménagement & Construction l’a invité à prendre la parole lors d’une conférence consacrée à la construction de la ville connectée. Sur l’estrade du grand amphithéâtre de l’École des Mines de Paris, devant un parterre d’anciens élèves de la vénérable institution, le député-maire d’Issy-Les-Moulineaux n’hésite pas à recourir à un vocabulaire fleuri. « Il faut être couillu ! » tonne-t-il au moment d’aborder ses relations avec les technologies du numérique.

La sentence d’André Santini a le mérite de définir clairement la situation des collectivités aujourd’hui. Car plutôt que l’aménagement d’une cité informatisé, la tribune des Mines a avant tout mis en avant les changements en cours dans l’exercice du pouvoir. Les élus auront besoin d’une certaine dose de courage pour s’adapter aux nouvelles formes de la politique. « Ils devront avoir l’audace de s’impliquer dans ces mouvements », affirme François Cuny, délégué général du pôle de compétitivité Systematic.

L’extension du numérique dépasse les prévisions des pouvoirs publics. Une bonne part de la société civile et les entreprises maîtrisent les subtilités d’internet. Cependant, dans l’Hexagone, le processus d’intégration de ces technologies dans l’espace urbain semble en retard. À tel point qu’un fossé pourrait apparaitre entre les individus et la ville. Jusqu’à quel point les habitants peuvent-ils accepter un retard technologique entre l’environnement public et leur vie privé ou professionnel ? Il est sans doute impossible d’apporter une réponse universelle à cette question. Mais les collectivités ne peuvent ignorer ce phénomène. La gestion de la cité doit prendre en compte l’émergence d’une population familière du numérique. Des acteurs qui n’affichent pas les mêmes attentes que leurs ainées.

 

La ville et le numérique, une rencontre retardée


Riches de leurs expériences, les collectivités locales disposent en général des outils pour définir ces nouveaux citoyens. Par contre, les compétences manquent pour traduire ces exigences en termes de produits ou de services informatiques. « Les inventions fusent aujourd’hui. Peut-être serait-il nécessaire de créer de nouveaux métiers, des ingénieurs capables de rapprocher les besoins et les technologies ? », s’interroge François Cuny. Le pouvoir se tourne donc vers plus de technicité. Certaines municipalités commencent ainsi à constituer des services d’ingénierie informatiques internes, d’autres font appel à des bureaux d’études.

Les ralentissements ne sont pas seulement le fait des collectivités. Focalisées sur d’autres marchés, les recherches publique ou privée peinent à se conformer aux demandes des politiques urbaines. « Auparavant, au sein du pôle de compétitivité Advancity, nous travaillions en silo. Néanmoins, un regroupement d’intelligences ne fait pas une cité », constate Florence Castel, directrice générale du pôle dédié à la ville et à la mobilité durable. « Nous avons donc bouleversé notre approche pour partir du territoire. Ainsi, pour chaque projet, nous essayons de trouver une collectivité prête à jouer le jeu », ajoute-t-elle.

 

Construire avec un portefeuille vide

 

Les incompréhensions entre la filière privée et les institutions publiques ne sont pas l’unique obstacle. Les collectivités doivent aussi composer avec des finances réduites. « Équiper une ville requiert des travaux importants, et les budgets ne sont pas extensibles. Ces chantiers offrent néanmoins des possibilités inédites aux élus en matière de collecte d’informations. Ils peuvent ainsi devenir une source d’économie », analyse François Cuny.

Dans ce contexte de crise, la mutualisation des projets s’impose comme une solution au manque de moyens. Le politique adopte alors un rôle similaire à celui du lobbyiste. Il cherche à rassembler plusieurs acteurs privés autour du développement d’infrastructures ou de services dans sa municipalité. « Au sein de ces consortiums, la collectivité devient un tiers de confiance entre les entreprises. Elle garantit le bon usage des données fournies par chaque participant avec cette organisation, il y a peu d’argent à investir, mais des gains l’ensemble des partis prenants », observe Marie-Laure Papaix, économiste au Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema).

Cependant, ce type d’associations exclut les petites structures, ou bien les assujetties aux décisions de plus grands groupes. « La ville connectée n’a pas encore trouvé un modèle financier efficace, mais nous y réfléchissions », conclut Florence Castel.

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X