Paysage

Les paysagistes conseil de l’Etat se ressourcent à Lisbonne

Mots clés : Aménagement paysager - Démarche environnementale

Les paysagistes conseil de l’Etat affirment leur rôle central, au croisement des compétences d’urbanisme et d’écologie. Le séminaire annuel de leur association les a confortés dans la conquête de ces champs d’intervention, du 25 au 28 mai à Lisbonne. Les 130 adhérents ont ovationné Lydie Chauvac, successeur de Thibault de Metz à la présidence.

« Le paysagiste mandataire demeure un oiseau rare ». L’architecte et professionnel de la communication Jean-Denis Espinas constate une certaine retenue de la profession, malgré l’intitulé un brin provocateur de l’atelier qu’il a animé, le 26 mai à Lisbonne lors du séminaire technique annuel de l’Association des paysagistes conseil de l’Etat (APCE) : « Le paysagisme comme forme alternative à l’urbanisme ? » La revendication du leadership reste timide, même quand sa légitimité ne fait pas de doute.

 

Plafond de verre

 

Comment crever le « plafond de verre » qui, de fait, place souvent les paysagistes à la remorque des architectes, des urbanistes ou des écologues ? Le séminaire a exploré des pistes de réponse dans deux des trois ateliers, consacrés à la nature en ville et à l’urbanisme. La question de l’adéquation des formations initiales a nourri les débats de la séance plénière du 27 mai : « Face à d’autres qui doutent moins qu’eux, les jeunes professionnels sont-ils assez armés ? » Le rapporteur de l’atelier affirme ne « jamais avoir autant ressenti de doutes et de manque de confiance ».

 

Coopérer

 

« Oui, nous avons besoin d’un enseignement ambitieux. Mais gardons-nous de trop spécialiser : nous sommes la mémoire du caractère inachevé de notre enseignement », s’est-écrié Jean-Marc L’Anton, qui enseigne à l’école de Versailles. Marseille explore une voie de coopération qui suscite l’espoir de Jean-Pierre Clarac, PCE dans le Val-de-Marne : « L’institut méditerranéen Ville et Territoire regroupera les paysagistes, les architectes et les urbanistes dans une culture commune où chacun gardera sa légitimité, et où tous se retrouveront autour de la priorité au projet ».

 

 

Faire système

 

L’atelier sur « la nature en ville » a confirmé les obstacles, sur la voie d’une culture commune, au point que certains paysagistes n’hésitent pas à remettre en cause la notion même de trame verte et bleue. La difficulté vient en partie de la définition de la mission : « La biodiversité invite plus à créer des conditions de nature que des formes paysagères », analyse Stéphane Letexier, directeur de la mission Ville de demain à Grenoble et rapporteur de l’atelier sur la nature en ville. « La plus-value du paysagiste consiste dans sa capacité à faire système », ajoute-t-il.

 

Atout économique

 

Pour attirer les donneurs d’ordre vers une compétence concurrencée, l’argument économique offre-t-il une piste infaillible ? Sous le titre « Le paysage rapporte », l’atelier n’a pas foncé sans nuance dans cette direction : « Soyez audible, comme tous les lobbies, sur cette question des bénéfices matériels et de leur évaluation, mais sachez que les choses ne se jouent pas complètement là. Quand ils choisissent leurs priorités, les élus cherchent surtout des idées pour changer le modèle de financement, notamment par la mobilisation de l’énergie citoyenne », plaide Sébastien Giorgis, paysagiste conseil de Paris et adjoint au maire d’Avignon.

 

Passage de relais

 

La richesse des débats n’a pu qu’encourager la présidence de l’APCE, qui change de tête à l’occasion de chaque séminaire technique annuel. Nouvelle présidente et paysagiste conseil du Morbihan, Lydie Chauvac approfondira l’action de son prédécesseur Thibault de Metz : « Notre contact permanent avec le ministère nous aide à tenir une veille du métier, en particulier dans les domaines de la Trame verte et bleue, de la recherche et des plans locaux d’urbanisme intercommunaux », rappelle ce dernier. Lydie Chauvac continuera à resserrer les liens de l’APCE avec la fédération française du paysage, pour accompagner les mutations de la profession.

Focus

L’espace public, un remède anticrise pour Lisbonne

 

Une ville pauvre peut assumer un projet urbain ambitieux : les paysagistes conseil de l’Etat l’ont vérifié en même temps qu’ils découvraient la rénovation de la capitale portugaise, les 26 et 27 mai. Sur trois km de rive du Tage âprement négociés avec le port autonome, le nouveau front urbain en apporte la preuve : dès son arrivée aux commandes de la ville en 2007 dans une situation budgétaire critique, la municipalité du socialiste Antonio Costa (Premier ministre depuis 2015), a piétonnisé la place du Commerce, au centre de cette nouvelle promenade. Pour aller de la colline du Chiado à celle du château en passant par le quartier construit après le séisme de 1755 par le marquis de Bompal, le piéton empreinte les nouveaux passages publics creusés dans les immeubles existants. « Moins chers que les bâtiments, plus faciles à améliorer, les espaces publics constituent un levier puissant pour attirer l’investissement privé », justifie Samuel Salgado, qui a abandonné sa carrière d’architecte pour devenir premier adjoint au maire de la capitale portugaise, en charge de l’urbanisme.

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