Qualité/Sécurité

Les pathologies des installations photovoltaïques en toiture : quand l’innovation fait déraper

Mots clés : Energie renouvelable - Innovations - Toiture

L’innovation est portée au pinacle et c’est tant mieux… pour la modernisation du secteur du bâtiment. Encore faut-il que ces nouvelles technologies tiennent leurs promesses ! Retour d’expérience avec l’exemple à ne pas suivre, le photovoltaïque intégré au bâti.

« Comment traiter les produits innovants et notamment le panneau photovoltaïque, utilisé comme élément de construction ? » La question a surgi à l’occasion de l’interview de François Sonntag, experte à la direction technique de Saretec, et auteure d’un rapport sur les sinistres photovoltaïques. Rédigée à la demande de l’Agence Qualité Construction (AQC) à la suite de sinistres, l’étude présente l’état des lieux des pathologies affectant des installations de panneaux photovoltaïques, selon leur typologie et en identifie les causes.

 

La promotion (irréfléchie) de l’intégration au bâti

 

Reprenant 195 rapports d’expertises réalisées entre 2008 et 2012, portant sur des installations en toiture, l’étude (sortie en octobre 2013) montre des défauts d’étanchéité, des dysfonctionnements électriques pouvant aller jusqu’à générer des incendies, ainsi que des panneaux mal montés ou mal fixés. Les deux pathologies principales identifiées sont les infiltrations (58,5 %) et les désordres électriques (35 %). Les installations en cause sont celles qui ont été intégrées à la couverture (73 % des sinistres). « Les installateurs, sans compétence et sans formation pour des produits atypiques et innovants, sont au cœur de la sinistralité même si la défectuosité de produits [ndlr : les boîtiers Scheuten] en prend sa part » commente Françoise Sonntag.

L’experte souligne l’existence d’entreprises de plomberie ou de maçonnerie peu scrupuleuses sur ce marché extrêmement porteur, les « moissonneurs » qui ont profité de l’engouement public pour cette source d’énergie et un complément de revenus, et en ont capté les fruits avant de disparaître quelques années plus tard. Elle considère toutefois que « l’un des facteurs aggravants de risque résulte des incitations gouvernementales en matière de tarifs, de prime et de fiscalité pour intégrer les installations au bâti ». Selon elle, cette politique a conduit les industriels à innover de plus en plus en privilégiant à la fois l’esthétisme du produit et l’aspect couverture du bâtiment sans réfléchir à la production d’énergie et à la sécurité.

 

Pose intégrée ou l’innovation mal maîtrisée

 

Alors qu’elle note que les conséquences des sinistres enregistrés coûtent de 5 à 10 fois plus cher que le coût de l’installation, Françoise Sonntag relève que « les essais de sécurité et les tests de vie ont été réalisés sur des champs photovoltaïques au sol, et [que] les conditions de température et de ventilation sont très différentes en toiture ». Les évaluations avant certification des produits ont d’ailleurs été quelque peu aménagées. Pour ne pas bloquer le développement de la filière par la procédure longue et coûteuse d’un Avis technique, un Pass innovation a été mis en place, avec une instruction allégée. « Ce devait être l’antichambre de l’Avis technique, mais rien ne s’est passée après ; de plus, seule la solidité de la construction a été examinée par le CSTB, et non l’aspect électrique. » commente l’experte.

En outre, elle souligne le décalage entre la qualité innovante du produit et le soin apporté à sa pose, non conforme aux préconisations de mise en œuvre des Avis techniques, des Pass innovation ou des notices d’installation dans 56 % des cas. « L’implantation des systèmes, signale l’experte, n’a d’ailleurs fait l’objet d’aucune étude préalable ou de contrôle a posteriori par un bureau de contrôle. »

 

L’effet pervers de l’intégration au bâti

 

Le choix franco-français d’utiliser les panneaux solaires en guise de toit a une conséquence spécifique en droit de l’assurance. « Le module photovoltaïque est devenu, en assurant la couverture d’un bâtiment, un composant de la construction. Il est donc garanti dix ans au titre de la responsabilité décennale », explique Françoise Sonntag. « Mais, poursuit-elle, nul ne connaît la pérennité du système en terme de solidité, pas plus d’ailleurs que sa durée de vie qui conditionne le niveau de performance de production… » L’inconnue est grande. D’autant que, récemment confrontée à la disparition d’un fabricant, un autre enjeu émerge : celui du suivi d’un produit de grande consommation non réparable. Elle s’interroge sur l’obligation qui pèse ainsi sur l’assureur : « Que doit-il garantir pendant dix ans quand le produit n’existe plus ? Comment assurer la juste réparation s’il faut remplacer une installation de 100 m2 pour 10 m2 à réparer ? » Et plaide pour la mise en place de garde-fous face aux produits innovants, pour garantir leur pérennité et leur remplacement.

 

Rapport Sinistres photovoltaïques

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  • - Le

    Il existe de bons systémes intégrés au bâti

    Je ne suis pas en phase avec les commentaires de M.Viaut sur l’intégration au bâti. c’est une bonne solution esthétique et qui peut être sûre. Le problème est l’absence dans les normes d’exigences concernant la sécurité des biens et des personnes. Rien n’oblige à poser un système PV qui ne fuit pas, ou qui soit connecté à la masse pendant toute sa durée de vie. Je peux dresser une liste de ce qu’il serait nécessaire d’exiger. Enfin le CSTB. Couteux, aux exigences extravagantes, seules les sociétés riches peuvent être certifiées… même si le système est de mauvaise qualité. Le CSTB ne soutient pas l’innovation et encore moins les PME. Enfin, existe-t-il un système de pose photovoltaïque sûr et de qualité? Et oui: SolarStyl. Développé et fabriqué en France. Il suffit de taper SolarStyl sur internet pour voir de splendides réalisations. Où le trouver? Anthos Solar. 114 Bd Haussmann. 75007 Paris
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  • - Le

    les vrais responsables

    Pour moi le CSTB et l’Etat sont les seuls responsables. La définition de l’intégré au bati, norme Franco-Française, a été créée dans le but de protéger notre marché et donc pour faire émerger une filière française et éviter les importations massives de Chine. Nos énarques on oublié la physique des matériaux et sont seuls responsables des normes bâclées publiées et mises en application illico. Les compagnies d’assurances devraient pouvoir se retourner contre les auteurs de ces inepties et obtenir un dédommagement. Mais comme d’habitude coupable mais pas responsable.
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