Paysage

Les parcs et jardins historiques se mettent en marche

Mots clés : Conservation du patrimoine - Manifestations culturelles

Sous le titre « Que deviennent les jardins historiques  ?», l’approche pluridisciplinaire a caractérisé le colloque proposé par le département des Hauts-de-Seine, les 15 et 16 mai au parc de Sceaux. Face aux épreuves climatiques et sanitaires, les gardiens du patrimoine vert et vivant adoptent une posture macronienne : ils puisent leur énergie dans la nature et en même temps dans la culture.

Les Pays-de-Loire montrent l’exemple : depuis cinq ans, plusieurs dizaines de gestionnaires de parcs historiques se réunissent trois jours par an, au printemps, à l’été et à l’automne. Au programme de ces sessions financées par le ministère de l’Agriculture dans le cadre du programme Fogefor, centré sur la formation à la gestion forestière : observer, planifier, mettre en œuvre. Certes, l’homogénéité facilite l’exercice : « Dans cette région, le XIXème siècle a balayé les époques précédentes, ce qui facilite le partage », remarque Pierre Bazin, animateur de ces sessions.

 

Révision douloureuse

 

La Bretagne, qui se prépare à dupliquer l’expérience, présentera une physionomie plus complexe, ce qui ne devrait pas l’affranchir de révisions déchirantes : les formations donnent aux participants l’occasion de comprendre pourquoi les replantations à l’identique ne doivent plus s’imposer, face au changement climatique ainsi qu’aux maladies et parasites provoquées par la mondialisation végétale. « Un sujet tabou : les stagiaires demandent souvent de l’éviter. Mais nous devons les y préparer », insiste Pierre Bazin. Seule cette prise de conscience douloureuse permet de sortir les jardins historiques de la paralysie.

 

Inspiration contemporaine

 

La génération de paysagistes qui, depuis les années 1990, a grandi avec la conscience des enjeux écologiques, facilite la réponse au défi, de même que  la résilience des parcs qui traversent les siècles : « Ecologiquement durables, les solutions historiques inspirent nos projets contemporains. Nous dessinons toujours avec les sols, les plantes, l’eau, l’ombre, le soleil, la pierre et le vent », a rappelé Cristina Castel Branco, l’architecte paysagiste portugaise qui a animée, le 16 mai au pavillon de l’Orangerie du parc de Sceaux, la dernière demi-journée du colloque de deux jours proposé aux professionnels par le conseil départemental des Hauts-de-Seine : une après-midi consacrée à la place du vivant, dans les jardins historiques.

 

Ecologues contre artistes

 

L’élan poétique de la restauratrice du jardin botanique national de Lisbonne, représentante de la commission internationale des monuments et des sites (Icomos) et de l’Institut européen des jardins et paysages, partenaires de l’événement, ne suffit pas à emporter l’adhésion des écologues : « Certains jardins historiques se révèlent très peu écosystémiques : sans interrelations entre les êtres vivants, il n’y a pas de biodiversité », relève Philippe Clergeau, professeur au muséum national d’histoire naturelle, tandis que son interlocutrice insiste sur la légitimité de la main humaine, dans ces interrelations.

 

Innovations ou réinventions

 

Pour sortir par le haut de l’éternel débat entre écologie et art du paysage, Jean-Pierre Gueneau, président de l’association Hortis qui fédère les directeurs des services territoriaux d’espaces verts – autre partenaire de l’événement – a invité les participants à lire les récents « Dialogues avec La Quintinie » : directeur du potager du Roy à Versailles, Antoine Jacobsohn y transcrit ses échanges imaginaires avec le fondateur de ce jardin, sur les traitements appropriés. « Le buis n’est arrivé qu’au XIXème siècle au Potager du Roy, dont le créateur ne peut pas répondre à tout. Il est impossible de recréer avec l’œil du premier concepteur, mais bien des pratiques nouvelles renouent en fait avec des traditions anciennes, comme le montre l’écopastoralisme », souligne le président d’Hortis.

 

La preuve par Sceaux

 

 

Hôte du colloque, le parc de Sceaux illustre la tension créatrice entre André Le Nôtre, créateur du parc, et ses successeurs contemporains : en 2014, l’inventaire des 5680 arbres d’alignement a révélé la nécessité d’en renouveler 16%, soit 900 sujets. La prévention des maladies passe par la diversification des espèces, notamment pour réduire la part des marronniers, soit 36 % du patrimoine, rongé par la mineuse et le chancre bactérien : « Sur le mail de la Plaine de Chatenay qui trace la perspective Est Ouest du parc, l’orme Resista, hybride constitué de gènes majoritairement européens et commercialisé depuis 2006, nous a parus approprié au remplacement des marronniers plantés en 1948 par Léon Azema », explique Thierry Martin, ingénieur chargé du label Espace végétal écologique dans le sud du département. Plus près de l’orangerie, les tilleuls commencent à remplacer les marronniers, au dam de certains spécialistes qui auraient préféré des variétés plus résistantes de l’essence d’origine…

 

Quatrième dimension

 

Au ministère de la Culture, les gardiens du patrimoine vert revendiquent leur souplesse : « Les Monuments historiques se montrent plus à cheval sur les écartements que sur les variétés, pour lesquels nous conseillons souvent la diversification. Même pour les écartements, ces sujets se travaillent monument par monument, au vu des projets », précise Jean-Michel Sainsard, expert parcs-jardin à la direction du Patrimoine. Alors que de Rome à Le Corbusier, la cité s’est construite contre la nature, la position de l’Etat prolonge une mutation de fond : « La culture s’invite en complément des trois piliers du développement durable », remarque l’architecte urbaniste Olivier Lerude, chargé du développement durable au ministère de la Culture. Tradition lancée en 2014 à l’occasion de l’année Le Nôtre, le colloque biennal des Hauts-de-Seine consacré aux jardins illustre cette mutation.

 

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