Environnement

Les négociations de Poznan piétinent

Une semaine après son ouverture, la 14e Conférence des parties à la convention de l’ONU sur les changements climatiques marque le pas. La faute à l’Europe qui peine à affirmer son leadership; à la délégation américaine qui ne sait à quelle administration se vouer ; aux pays du Sud tiraillés entre leurs exigences de développement, de maîtrise de la démographie et de protection de l’environnement. La définition d’une vision commune sur le climat relève donc encore du voeu pieux, à moins d’une heureuse surprise durant la session ministérielle des négociations.

A l’Est, rien de nouveau. Ce samedi, le Président Sarkozy n’a pu convaincre les neuf chefs d’Etat et de gouvernements des pays hostiles au «Paquet énergie climat» (PEC) de rabaisser leurs exigences. S’il est adopté, à l’issue du Conseil européen des 10 et 11 décembre et accepté tel que par le Parlement européen, l’Europe se dotera d’un arsenal climatique moins performant qu’escompté.
Et c’est l’une des premières sources de déceptions pour les participants à la conférence de Poznan. «Au lieu d’être à la pointe de la négociation, l’Europe est bloquée par ses négociations sur le PEC. Cela donne un piètre effet, car les Européens n’auront pas de réel mandat de négociation avant le Conseil européen. Ce qui est un peu tard», regrette Morgane Créach, chargée des relations internationales pour le Réseau Action Climat-France. Une vision qui n’est, bien sûr, pas partagée par les négociateurs officiels. «Les deux
discussions n’ont rien à voir. L’Europe s’est déjà engagée à réduire ses émissions de 20%. Notre mode d’emploi ne regarde personne», tonne Brice Lalonde, l’ambassadeur de France en charge des questions climatiques.

Conférence d’étape
Même si toutes les parties rappellent que la 14e conférence des parties à la convention de l’ONU sur le changement climatique (COP-MOP) n’est qu’une étape sur le chemin de l’accord-cadre qui pourrait être conclu, en décembre 2009, à Copenhague, nombre d’observateurs soulignent l’ampleur des divergences entre les principales parties à la négociation (voir encadré). Sans voix pendant quelques jours encore, l’Europe n’est pas relayée par les grands pays de l’annexe 1, tels le Japon, le Canada ou l’Australie. Paradoxe, les
Etats-Unis suscitent désormais un certain espoir parmi les participants de Poznan, alors que leur délégation reste encore celle de l’administration Bush. Mais la cacophonie n’est pas l’apanage des
pays les plus industrialisés.

Pas de vision commune
Premier émetteur mondial de CO2, la Chine n’entend pas sacrifier son rôle de locomotive de l’économie mondiale à la lutte contre le changement climatique. Du moins, pas sans contrepartie.
Su Wei, chef adjoint de la délégation chinoise rappelle qu’«une vision commune pour une action de coopération à long terme ne devrait pas être un objectif de dimension unique seulement pour l’atténuation des effets, mais un objectif de multiples dimensions, y compris l’atténuation, l’adaptation, la technologie, le financement et le développement durable». En clair, les pays les plus riches devront aider, financièrement et techniquement, les moins nantis s’ils veulent que Copenhague 2009 soit une réussite.Menée par l’Arabie Saoudite, l’OPEP entend surtout obtenir une réforme du MDP qui lui permette de faire financer, par les consommateurs de brut, d’importants projets de CCS. Considérée comme une alliée du «Nord», l’Afrique du Sud propose la constitution d’un registre mondial des actions volontaires menées par le Sud ; actions dont les bénéfices climatiques pourraient être monnayés. Les Etats-îles du Pacifique militent pour que la température moyenne ne progresse pas de plus de 1,5°C d’ici à 2100 et que les pays les plus riches les aident à s’adapter aux conséquences de la montée des eaux. Bref, alors que les centaines de négociateurs peinent à définir la fameuse vision commune («Shared Vision» dans le jargon onusien), le secrétariat de la conférence tente encore de concilier l’inconciliable. Seule note d’optimisme : le non-sacrifice de la lutte contre les changements climatiques sur l’autel de la crise financière. «Tout le monde est d’accord sur le fait que la seconde ne doit pas freiner la première», souligne Brice Lalonde.
Pour autant, les deux principales négociations semblent mal engagées. A quatre jours de la clôture des travaux, il n’est pas acquis que les présidents des deux groupes de travail sur les actions futures des pays développés (AWG-KP) et des pays en développement (AWG LCA) puissent prochainement présenter un projet de texte de négociations. «Cela étant, il y a tellement de gouvernements qui souhaitent empêcher la fixation d’objectifs qu’il vaut peut-être mieux que ces bases de discussion sortent plus tard», concède Morgane Créach. Autre sujet d’âpres débats : la gestion du fonds d’adaptation. Abondé par une taxe sur les projets MDP, ce fonds n’a toujours pas, aujourd’hui, de gérant ; Banque mondiale et Fonds mondial pour l’environnement se disputant la manne. Ce qui peut être considéré comme l’un des rares points de convergence aperçus durant cette première semaine de négociations.

Valéry Laramée de Tannenberg(enerpresse)

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