Culture

Les mots de la construction ont aussi leur histoire

Mots clés : Architecte

Connaissez-vous les sources étymologiques lointaines des mots «architecte», «ville» ou «chantier»? L’édition augmentée du Robert historique de la langue française invite à voyager aux origines de 60 000 mots…

Brexit ou pas, l’anglomanie, si ce n’est l’anglophilie – en attendant l’anglophagie? – gagne chaque jour un peu plus de terrain chez les architectes et les ingénieurs. Nos chantiers même ne sont pas épargnés, déplorait récemment dans nos colonnes, notre journaliste Florent Lacas (cf. sa chronique «Vive le BTP français et libre!» dans Le Moniteur 5896 daté du 18 novembre 2016). Las! Dans ce même numéro, notre rédacteur en chef succombait à ce péché linguistique en intitulant son édito post-trumpien «Make France Great Again» avant de récidiver la semaine d’après avec «Very Small Business Act». Bigre! Le français serait-il à ce point imparfait qu’il ne sache exprimer toutes les nuances de la pensée journalistique, constructive, architecturale ou urbaine?

 

Bob

 

Non, bien sûr! A preuve ce cher Robert. Robert? Oui, Robert, comme Mallet-Stevens ou Venturi. Dos carré et râblé, mais on évitera tout de même de l’appeler Bob. De quoi s’agit-il? De la nouvelle édition augmentée du «Dictionnaire Robert historique de la langue française» due au linguiste Alain Rey. Et qu’y lit-on? Que «Décrire et explorer les mots de la langue française, c’est un peu faire une visite guidée d’une ville ou d’un pays riche de son histoire, avec de grands monuments anciens, certains délaissés et déserts, d’autres fréquentés, avec aussi des bâtiments modestes mais pleins de vie, des terrains vagues, des ruines, des chantiers.» Ce sont ainsi plus de dix siècles de voyage dans la langue des idées, des cultures et des sociétés qui nous sont proposés, ainsi que l’histoire détaillée de 60 000 mots, leur étymologie, leur évolution de forme, de sens et d’usage au cours des siècles…

 

Cantherius

 

Ainsi, «Architecte» se rattache t-il «à une racine indo-européenne signifiant «travailler avec la hache, construire une charpente», tandis que «Monument», emprunté au latin monere «faire penser, faire se souvenir de» contient la racine men «penser» également présente dans mental, moniteur, monstre… Quant à «Chantier», «il résulte de l’évolution phonétique du latin cantherius. Mot qui désigne un «cheval hongre, mauvais cheval de charge», et qui a reçu par une métaphore fréquente le sens technique de «chevron»… Le saviez-tu? La généalogie des mots, souvent tortueuse et alambiquée, est un véritable roman. Et c’est bien parce que chacun d’eux «raconte une histoire, souvent pittoresque, toujours révélatrice» comme l’écrit Alain Rey, que cette somme apparaît aujourd’hui plus indispensable que jamais.

Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey. Deux volumes sous coffret 21,7×32 cm, 2808 pages. 109 euros. Editions du dictionnaire Le Robert.

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