Règles techniques

Les métiers du gros œuvre mobilisés sur les marchés liés à l’efficacité énergétique

Alors que se déroulent, ce vendredi 24 septembre, les rencontres des métiers du gros œuvre à Antibes, Franck Cotton, président de l’Union de la maçonnerie et du gros œuvre (FFB), explique que les marchés liés à l’efficacité énergétique n’alimentent pas encore les carnets de commandes.

Efficacité énergétique

Vous avez placé les marchés liés à l’efficacité énergétique au cœur des réflexions de votre assemblée générale. Comment les entreprises de gros œuvre se positionnent-elles ?

Notre contribution à l’efficacité énergétique se fait au niveau de l’enveloppe.
Notre filière domine très largement le marché de la structure et nous avons largement anticipé ces marchés. Techniquement, qu’il s’agisse de béton coulé en place, de briques, de blocs de béton ou de béton cellulaire, nous savons faire des bâtiments basse consommation voire à énergie positive. D’ailleurs, la grande majorité des bâtiments BBC construits aujourd’hui sont en maçonnerie. Pour nos entreprises, ces marchés, qui poussent à construire mieux pour économiser ultérieurement de l’énergie, constituent une vraie opportunité d’activité. Le problème est qu’il existe un surcoût technique qui doit pouvoir être absorbé par la maîtrise d’ouvrage.

L’effet des marchés de rénovation énergétique est-il déjà sensibles dans vos carnets de commandes ?

C’est prématuré. La rénovation énergétique est un marché dont on parle beaucoup et c’est certainement un marché d’avenir. Mais pour le moment, nous ne percevons pas le décollage extraordinaire que l’on nous avait annoncé. Plusieurs freins existent. D’abord la crise : les clients jouent la prudence et diffèrent leurs travaux. Mais aussi l’Eco prêt à taux zéro qui n’est pas calibré pour les copropriétés. En attendant la montée en puissance du marché, les entreprises se forment. Au niveau de la FFB, un tiers de celles qui ont engagé la démarche de « Pro de la performance énergétique » relève de notre métier.

Avez-vous constaté une évolution des métiers de la maçonnerie, notamment s’agissant de la perméabilité à l’air ?

Les maçons sont bien sûr sensibilisés à cette problématique. Mais l’étanchéité à l’air est une performance qui résulte du travail soigné de plusieurs corps d’état : le maçon qui construit le mur, le menuisier qui pose les fenêtres et les volets roulants, le plâtrier qui pose l’isolation, l’électricien qui effectue ses saignées… Et c’est la somme du travail de chacun qui permet d’apporter la performance. Comme souvent, c’est l’élément le plus faible qui définira la qualité de l’ensemble.
Dans un cadre plus général, certaines entreprises développent une offre globale. Mais ce n’est pas, bien sûr, un passage obligé. Cela relève de la stratégie de chacun.

Comment votre filière se positionne-t-elle par rapport à la concurrence, notamment le bois ?

Il ne s’agit pas de se lancer dans une guerre entre les filières. Chaque matériau a sa place. Techniquement, nous n’avons aucun complexe à avoir au niveau de l’impact environnemental de nos constructions. Nos matériaux sont produits localement, ils sont inertes et ont fait leurs preuves. Leurs performances sont éprouvées et durables. Ceci dit, nous souffrons d’un fort déficit d’image que notre filière essaye de combler avec des études techniques à l’appui. Il est insupportable de ne voir que du bois à chaque fois qu’on illustre une réalisation BBC. Le bois est à la mode. Cela s’explique car beaucoup de gens ont parlé du Grenelle de l’environnement comme d’une rupture technologique donnant l’impression qu’il fallait tout changer pour être « vert ». Au quotidien, il faut relativiser. Beaucoup de clients viennent avec des idées en bois mais sont très ouverts à la discussion.

Conjoncture

Comment les entreprises de gros œuvre abordent-elles la fin d’année ?

Difficile de généraliser tant les disparités sont fortes entre les entreprises. Il existe de grands écarts d’une part en fonction des régions (le Sud-ouest souffre bien plus que Paris, par exemple) et d’autre part en fonction des marchés. Nous constatons un léger mieux sur le logement neuf, la commande publique de bâtiments administratifs se maintient alors que la situation continue de se dégrader sur le marché des bâtiments industriels. Du côté de l’important marché de la rénovation, le recul ne se calme pas. Nous restons sur une baisse de 3% au dernier trimestre par rapport au même trimestre de l’année dernière. Au final, nous avons le sentiment d’un léger mieux mais il est encore trop tôt pour parler de reprise.

Où en sont les carnets de commandes ?

Là encore, il existe de très fortes disparités entre les entreprises. Les artisans ont des carnets beaucoup plus tendus que les grandes entreprises. Globalement, nous sentons une progression par rapport à 2009 mais les niveaux de prix restent très bas.

L’ensemble des mesures d’économies évoquées dans le cadre de la prochaine loi de finances vous inquiète-t-il ?

Si l’activité de notre secteur frémit, elle reste très fragile. Les pouvoirs publics, compte tenu des emplois en jeu, doivent être très prudents. Nous n’avons pas de grande visibilité sur ce qui se prépare donc nous sommes très attentifs à trois sujets : le maintien de la TVA à 5,5 %, l’évolution du dispositif Scellier et les crédits d’impôts pour le développement durable.

Emploi

Une étude de Pôle emploi a montré que les offres dans certains secteurs, dont le gros œuvre du bâtiment, ont enregistré des baisses importantes. Comment ont évolué les effectifs de la profession ?

Il est vrai que l’emploi a reculé : le bâtiment, tous métiers confondus, a perdu 45 000 emplois (soit plus de 3 %) en 2009. Et le gros œuvre, qui représente un tiers des salariés du bâtiment, a été le plus touché. Nous constatons aujourd’hui une décélération. La réduction des effectifs continue mais moins vite. Le recul n’a été que de 0,6 % sur le premier trimestre 2010. Naturellement, l’intérim a été le plus touché et les entreprises font tout leur possible pour préserver l’emploi. Compte tenu du rythme de renouvellement des salariés de notre secteur, il n’y a pas eu de licenciements massifs. Nous continuons même à embaucher, mais à un rythme beaucoup plus faible. Il y a moins de remplacements.

Les entreprises sont-elles toujours mobilisées pour l’apprentissage ?

Pas suffisamment. Compte tenu de la crise, les entreprises hésitent à prendre des apprentis qu’elles ne sont pas sûres de pouvoir garder ensuite. A la rentrée 2009/2010, les effectifs de première année de CAP dans les CFA (centres de formation d’apprentis) ont baissé de 16 %. De nombreux jeunes intéressés par nos métiers n’ont pas trouvé d’entreprise d’accueil. Même si nous ne disposons pas encore des chiffres définitifs pour la rentrée scolaire 2010/2011, il ne faut pas s’attendre à une amélioration significative. C’est très regrettable car la formation en alternance est un outil extraordinaire pour former des jeunes plus pragmatiques, en phase avec la réalité du terrain et donc plus rapidement opérationnels. Nous allons remobiliser nos troupes sur ce sujet.

 

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