Vie de l'entreprise

Les métiers du bâtiment commencent à s’ouvrir aux femmes

Grutière, plombière, menuisière, carreleuse: c’est la liste non exhaustive des métiers du bâtiment que ce secteur, traditionnellement très masculin, veut décliner au féminin, pour prévenir un risque de pénurie de main d’oeuvre évoqué par le patronat.

Le bâtiment représente 1,2 million d’actifs dont 95.000 femmes cantonnées aux professions tertiaires. La Fédération du bâtiment affiche l’ambition de recruter 20.000 femmes d’ici 2009 pour occuper tous les métiers du bâtiment et des travaux publics.
« Avec la mécanisation des chantiers et le changement des mentalités, c’est un objectif réalisable », a déclaré à la presse Jean-Luc Sethi, représentant de la Fédération française du bâtiment, chargé de mener à bien cette opération de féminisation.

M. Sethi ne voit que des avantages à faire embaucher des femmes: « Elles sont pugnaces, elles recherchent davantage l’excellence que les hommes, elles sont motivées. Tous ceux qui ont eu l’expérience de femmes en production, sur les chantiers, sont satisfaits ».
« Le côté machiste du bâtiment, c’est terminé. On a évolué. On n’est plus dans les années 50. Toutes les professions se féminisent y compris les nôtres et pourquoi se priver de la moitié des actifs de notre pays », a insisté auprès de l’AFP M. Sethi.
« En 2004, 3.000 femmes ont été embauchées » dans les différents métiers du BTP qui, selon M. Sethi, pratique une totale parité salariale entre hommes et femmes. Mais, reconnaît-il, « reste à convaincre les chefs d’entreprises ».

Reste aussi à convaincre les syndicats, franchement sceptiques. « Nous, on se bagarre pour que la profession s’ouvre aux femmes mais on attend toujours les 30.000 emplois femmes annoncés il y a un an alors que, c’est vrai, il y a de plus en plus de femmes passionnées par ces métiers. Ce sont des effets d’annonce », estime le secrétaire fédéral de la CGT pour le secteur, Philippe Christmann.
« Il n’y a pas de véritable ouverture, pas de véritable formation. On en parle et c’est tout ». Quant à la pénurie de personnel, M. Christmann n’y croit pas du tout: « ce qui intéresse le patronat, c’est d’avoir une main d’oeuvre précaire, intérimaire et très peu payée ».

Roselyne Platre, chef d’une entreprise de Pau, spécialisée dans le minage pour ouvrir routes ou stations de ski, confirme en tout cas qu' »il n’y a pas beaucoup de femmes sur les chantiers ».
« Mais une fois qu’une femme entre dans une équipe ça marche et les employeurs les apprécient parce qu’elles en font deux fois plus pour montrer qu’elles sont aussi bonnes que les hommes. »

La question de l’emploi dans le BTP est sensible. Confronté à des départs massifs à la retraite (80.000 en 2005), notamment grâce aux dispositions permettant le départ de ceux qui ont commencé à tavailler très jeunes, le patronat affirme avoir du mal à recruter du personnel et risquer la pénurie.
La Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) avait tiré la sonnette d’alarme au printemps dernier en annonçant une pénurie de maçons, serruriers et charpentiers.
Aujourd’hui, c’est la Fédération du bâtiment qui veut sensibiliser le grand public par une campagne auprès des jeunes et des chefs d’entreprises.

Béatrice BRETONNIERE (AFP)

Focus

Une charpentière et une couvreuse: deux parcours de femmes dans le bâtiment



Laetita démarre à 32 ans une nouvelle carrière professionnelle dans la couverture, tandis que Marie est déjà à 25 ans une baroudeuse de la charpente: toutes les deux ont choisi des métiers du bâtiment traditionnellement réservés aux hommes, par hasard ou par passion.
« J’étais éducatrice sportive dans un club de fitness: pas d’horaire, pas de week-end, pas de vie de famille. J’ai un petit garçon de 5 ans et je voulais changer sans avoir aucune idée. L’ANPE m’a mis en relation avec un centre de formation et après tout un travail d’analyse, on m’a proposé un travail de couvreuse dans le bâtiment », explique à l’AFP Laetitia Matisse.
Après s’être documentée sur internet, elle accepte un premier contrat de travail de deux semaines « en observation » dans une entreprise à Dijon de couverture et charpente. Laetitia est conquise: elle apprécie le travail d’équipe qu’elle découvre, les horaires qui correspondent à ses besoins, la vie au grand air et signe un contrat emploi-formation de deux ans.
Elle n’est pas rebutée par l’aspect physique du travail malgré ses 40 kilos et sa taille (1,55 m): « Tout est aménagé pour faciliter le travail. On ne monte rien soi-même sur les toits. Il y a un treuil, et une plaque de zinc ça se porte à deux ».
« Je suis allée là où il y a du boulot, et c’est incroyable le monde que les entreprises recherchent. D’accord le soir je rentre épuisée mais je suis contente d’aller au boulot le matin. On travaille à son rythme, on n’a personne sur le dos. Le but du jeu c’est que le travail soit bien fait et pas d’aller vite », s’enthousiasme-t-elle.

A 25 ans, Marie Utterbroeck est une passionnée de la charpente. Bonne en dessin et en maths, elle se forme d’abord en Belgique où elle est née, puis elle découvre en France les Compagnons du Devoir, cette association très ancienne de formation aux métiers à un niveau d’excellence. Après un apprentissage à Angers, elle travaille à Strasbourg et maintenant à Dijon.
Elle apprécie de pouvoir voyager avec son travail, chaque nouvelle entreprise étant conçue comme une étape d’une formation plus générale dans l’esprit des Compagnons qui traditionnelement doivent accomplir un tour de France de leur métier.
La pénibilité du travail n’est pas pour Marie un handicap spécifiquement féminin: « un garçon qui entre en apprentissage à 16 ans a les mêmes problèmes que nous au niveau de la force. Il doit se muscler et ça se fait pour tous au fur et à mesure ».
Par contre « pour une femme, il faut avoir du caractère, être dynamique et motivée et surtout montrer aux autres qu’on est capable de le faire. Conclusion on en fait deux fois plus que les hommes même si on est payée en gros pareil », estime Marie, charpentière depuis quatre ans.

Sur les chantiers, Laetita et Marie n’ont pas expérimenté de vraie difficulté dans leurs relations de travail avec les hommes pourtant réputés très machos dans un secteur où l’idée même de féminisation fait sourire.
« C’est vrai, il vaut mieux ne pas être choquée par une blague graveleuse. Le macho de base existe, plus d’ailleurs chez les jeunes que chez les vieux qui ont pris de la distance », reconnaît Marie, mais, selon elle, « les mentalités évoluent. Il y a du progrès ».

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