Entreprises de BTP

« Les marchés d’efficacité énergétique, un raz-de-marée qui manque d’eau !»

Mots clés : Artisanat - Conception - Efficacité énergétique - Réglementation thermique et énergétique

Le Groupe Ginger a été acheté par le Néerlandais Grontmij en 2010. En janvier dernier, l’artisan de cette vente et fondateur de Ginger, Jean-Luc Schnoebelen a cédé sa place de directeur général à Jan Bosschem. Ce dernier dévoile en exclusivité pour Lemoniteur.fr, la  nouvelle stratégie de la société d’ingénierie, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 210,8 millions d’euros en 2011 (+9,8%).

Grontmij est un groupe encore mal connu en France. Pouvez-vous le présenter succinctement ? 

Grontmij est un groupe d’ingénierie international, présent dans 27 pays qui emploie près de 10 000 personnes. Ce groupe est spécialisé en ingénierie et a l’ambition de se renforcer au niveau européen. Grontmij est l’un des leaders du secteur dans plusieurs pays (Belgique, France, Allemagne, Danemark, Suède, Pologne). La force du groupe, c’est d’être actif dans de nombreux services complémentaires répartis en quatre grands pôles : Transport et Mobilité ; Bâtiment et Aménagement urbain, qui comprend bien sûr la dimension  environnementale,  Eau et Energie, Contrôle et Essais, représenté par le CEBTP. Nous sommes également présents dans le domaine de l’industrie.

 

Grontmij a acheté Ginger en 2010 et vous en êtes désormais directeur général. Prévoyez-vous une réorganisation ?

Les différentes sociétés de Ginger vont être « intégrées » au sein de ces 4 grands pôles. J’estime qu’actuellement, leur granulométrie est trop fine.  Le pôle ingénierie, comprend de nombreuses sociétés, résultant des différentes acquisitions au cours de son histoire. Nous voulons aligner ces sociétés sur une même stratégie. Certaines d’entre elles vont être rapprochées afin de pouvoir proposer à nos clients une offre plus complète ainsi qu’un meilleur service. Cela permettra également de réduire et d’optimiser certains coûts de fonctionnement. Si l’entreprise doit conserver sa proximité avec le client, les agences doivent aussi être capables de se placer sur les grands projets.

 

Vous allez donc regrouper un certain nombre d’agences…

Nous allons effectivement réunir certaines, qui se situent dans ou tout près d’une même ville. Nous construisons des plateformes pour rapprocher physiquement les personnels du CEBTP et les ingénieristes, ce qui favorisera les échanges et les synergies. Mais il ne s’agit que de réorganisation, il n’y aura pas de diminution des opérationnels.

 

Qu’est-ce que cela implique en termes de stratégie ?

En France, nous allons axer notre stratégie d’une part sur les énergies renouvelables et d’autre part sur les infrastructures de transport. Nous ne sommes pas bien placés sur ces créneaux alors que Grontmij est l’un des leaders européens.

 

Tout le monde annonce un ralentissement des investissements publics en matière d’infrastructures de transports. N’arrivez-vous pas après la bataille ? 

Pas en ce qui concerne les voies navigables et le transport urbain (métro, TCSP). Les villes d’aujourd’hui ont d’énormes défis à relever. Il faut revoir la mobilité pour désengorger les villes. En parallèle, Grontmij a déjà développé un certain nombre d’éco quartiers en Allemagne ou au Danemark. Sur ce point, c’est nous qui avons une longueur d’avance.

 

Sur quelles phases des projets vous positionnez-vous ?

Nous nous intéressons particulièrement à la préconception et à la faisabilité des projets. Nous avons aussi la chance d’avoir Ginger CEPTB. Cette branche fait de l’analyse du cycle de vie des produits et c’est ainsi que nous voulons travailler. L’innovation dans la durabilité des ouvrages est le chemin à suivre.

 

Vous axez donc votre stratégie sur la recherche…

En Europe, Ginger est le seul à posséder ce modèle qui consiste à combiner l’ingénierie à l’expertise. Nous sommes en train de réfléchir à la meilleure manière d’exporter ce modèle. C’est dans le mélange et la combinaison des différents métiers que nous irons vers l’innovation.

 

Avez-vous des vues sur de nouveaux pays ?

Principalement en Afrique du Nord. Nous investissons ces pays par le biais de prêts de la Banque européenne d’investissement ou de nos clients que nous suivons dans ces pays. Une fois sur place, si nous détectons des opportunités,  nous pouvons racheter un petit bureau d’études et nous le développons. C’est ainsi que nous procédons. Aujourd’hui notre filiale polonaise compte 200 personnes et en Turquie nous avons 50 opérationnels.

 

Avez-vous des projets de croissance externe ?

Nous n’avons plus besoin, du moins pour l’instant, d’acquérir de nouvelles compétences. Nous sommes le 3ème groupe européen. L’objectif est maintenant de consolider tout cela et de renforcer nos équipes de développement. L’un des atouts de Ginger, c’est aussi son réseau d’agences réparti en France. Nous ne sommes pas partout, mais nous y sommes forts et proches de la clientèle. Notre métier de base reste la technicité et l’ingénierie. Cependant, de plus en plus de clients nous demandent de l’assistance à maitrise d’ouvrage (AMO).

 

Comment accueillez-vous le désengagement de l’ingénierie publique ?

C’est une bonne chose. D’ailleurs nous nous battons pour que la révision de la directive marchés publics valide ce désengagement. L’ingénierie privée a besoin de belles références à domicile pour pouvoir s’exporter. Je suis aussi satisfait que les grandes entreprises de construction se soient séparées de leurs ingénieries. Les grands groupes consacrent désormais leur matière grise au montage de grands projets. En ingénierie proprement dite ils font appel à nous, ce qui nous ouvre de nouveaux marchés.

 

Comment appréhendez-vous l’émergence des marchés d’efficacité énergétique ?

C’est un raz de marée qui manque d’eau. Cela reste surtout de l’ordre de l’intention. Les maitres d’ouvrage ne sont pas prêts à dépenser suffisamment pour que cela soit efficace.

 

Est-ce un mal Français ?

C’est un mal public. Dans l’industrie, on fait cela depuis longtemps. Chaque investissement devrait être jugé sur ses mérites jusqu’à la fin de sa vie.

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